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Billet de blog 30 juil. 2022

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Le fiasco du Grand Roissy : en dix ans (2012-2022), deux projets réalisés sur 25

Depuis 40 ans, la politique de développement du Val d'Oise se focalise sur l’aménagement du Grand Roissy. En 2012, l’EPA Plaine de France programme 25 projets, censés générer 132 000 emplois. Dix ans après, bilan dérisoire : seuls 2 projets achevés, avec 5000 emplois… Malgré la déroute, les élus - appuyés par l’État - s'entêtent à voter 3 autres projets le 8 juillet 2022. Analyse sans concessions.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Source de cet article : J. LORTHIOIS, « Actualisation des impacts sur l’Emploi des 25 projets du Grand Roissy », 40 pages, 25 fiches et illustrations, Collectif pour le Triangle de Gonesse, avril 2022

https://ouiauxterresdegonesse.fr/wp-content/uploads/2022/04/Etude-ECODEV-revue.pdf

 N.B. Sauf indications contraires, les chiffres indiqués ici sont issus du recensement de 2016, afin d’assurer une cohérence avec la dernière enquête INSEE de déplacements domicile-travail disponible à la date de parution de l'étude.

Un entêtement coupable

Malgré la multiplication de tous les signes témoignant du caractère « daté et dépassé »[1] du modèle de « Ville aéroportuaire » promue par John Kasarda il y a plus de vingt ans [2] - un grand aéroport comme moteur d’une « entité urbaine puissante »[3] - et qui a prévalu dans la politique d’aménagement dit du « Grand Roissy » portée par le Val d’Oise et soutenue par la région Ile-de-France, les élus s’entêtent à miser sur le seul pôle aéroportuaire pour booster l’ensemble du développement économique de l’Est-95… alors qu’on enregistre depuis une quinzaine d’années un découplage entre le trafic aérien qui continue à croître - ainsi que les nuisances qui l'accompagnent - et l’emploi qui a cessé de profiter d’un effet d’entraînement et a entamé son déclin [4], accéléré avec la pandémie (Figure 1). Ignorant cette tendance désormais bien installée, le Conseil départemental vient de ratifier, le 8 Juillet 2022, le rajout [5] de trois nouveaux projets du Grand Roissy qui devraient s’implanter sur le Triangle de Gonesse : une Cité scolaire, une administration d’État et le volet agricole d’Agoralim [6] porté par la SEMMARIS, société gestionnaire du MIN de Rungis. Les projets soutenus se situent dans la droite ligne du discours de Jean Castex en mai 2021, annonçant à Gonesse « Un plan pour le Val d’Oise », sans intégrer les changements radicaux du contexte politique, socio-économique et climatique survenus depuis. ­Ce trio - qui s’additionne à la vingtaine d’autres actuellement en veilleuse – est une nouvelle fois accompagné de la promesse de « milliers d’emplois » (encore du déclaratif sans preuves !) censés justifier la gare du Triangle et la ligne 17 Nord. Le projet s’appuie sur un dispositif porté par Grand Paris Aménagement intitulé « SPLA-IN »[7], une Société Publique d’Aménagement d’Intérêt National : un système dérogatoire qui permet de passer outre les règlements d'urbanisme locaux. Un mode de gouvernance simplifié et centralisé qui permet de s’abstraire des procédures habituelles et d’intervenir en direct sur des projets d’aménagement considérés comme majeurs, tout en limitant les risques financiers pour les actionnaires. La gouvernance, les risques et les bénéfices sont ainsi partagés entre l’État et la Région (Grand Paris Aménagement) et les collectivités locales (ici le CD 95 et la Communauté d’agglomération Roissy-Pays de France, CARPF).

Figure 1 © J. Lorthiois

En bref, un fonctionnement simplifié offrant la possibilité de « bétonner tranquille » : le terme « intérêt national » permettant de s’affranchir de l’intérêt local, avec des populations qui ne sont évidemment pas consultées, au prétexte d’un sondage soi-disant favorable financé par les promoteurs - « juge et partie » - et démenti par les faits sur le terrain (plus de 1100 signatures d’habitants, collectées en deux week-ends par les militants du Collectif pour le Triangle de Gonesse à Arnouville, Gonesse et Villiers-le-Bel, à comparer à une pétition mise en ligne à l’échelle des 42 communes de l’agglomération de Roissy-Pays de France, qui a récolté un peu plus de 800 signatures en plusieurs mois). Rappelons que les mêmes taux mirifiques de soutien populaire étaient affichés dans les sondages portés par Auchan en faveur d’Europacity[8], annulé pourtant en novembre 2019 dans l’indifférence générale des habitants. Alors que Mme Cavecchi, présidente du Conseil départemental 95, menaçait quelques semaines auparavant : « les braises des émeutes de Villiers-le-Bel sont encore là »… et promettait une révolte des banlieues de l’Est-95 en cas d’abandon du projet : « Je n’ose croire qu’il puisse arriver malheur à Europacity car sinon, les gilets jaunes auront été de la gnognotte à côté de la colère que cette décision déclenchera »[9]… Rien n’a bougé pourtant : les habitants ont visiblement compris que tous ces « plans sur la comète » - Europacity et les autres - ne leur sont pas destinés.

On a beau rajouter à la liste du Grand Roissy ces 3 nouveaux projets à la faisabilité douteuse, les décideurs ne peuvent toujours pas justifier l’utilité socio-économique d’une gare située dans un désert humain : que signifie une Cité scolaire hors agglomération, avec internat dans une zone interdite à l’habitat permanent en raison des deux Plans d’Exposition au Bruit – PEB - de Roissy et du Bourget ? Une administration d’État qui s’installerait au milieu des champs, en attente d’une désignation qui tarde depuis décembre 2021 ? Une activité de production de légumes sur le Triangle de Gonesse du MIN de Rungis-Nord, en l’absence d’acquisitions foncières ?... J’ai démontré lors d’une série d’articles que ni la fréquentation des populations, ni le nombre d’emplois nouveaux desservis, ni l'accessibilité à l'ensemble des emplois, ni les gains de temps, ni la centralité urbaine, ni la balance coûts financiers/avantages (qui constituent autant de critères permettant de mesurer l’utilité ET de la gare du Triangle ET plus généralement de la ligne 17 Nord) n’étaient au rendez-vous, comme le montre le tableau récapitulatif suivant (Figure 2).

Figure 2 © J. Lorthiois

Au total, ce qu'on appelle "l'évaluation socio-économique" de la ligne 17 Nord calculée par la SGP -juge et partie - atteint une surestimation des critères pris en compte de + 747% entre 2016 et 2021, alors qu'après l'abandon des deux projets-phares du Grand Roissy (Europacity et son centre d'affaires ; l'extension de l'aéroport /T4), l'utilité de la ligne aurait due être révisée fortement à la baisse. J'ai analysé dans un précédent article de ce blog la construction savante de ces manipulations statistiques - effectuées rappelons-le par un organisme public - pour parvenir à de tels résultats, sous le titre "Les manœuvres de la Société du Grand Paris : comment positiver des critères négatifs". S'y reporter pour une analyse détaillée.

De son côté, venant entériner la poursuite d’une « politique de la falaise » à la Tex Avery (personnage bien connu des dessins animés qui après avoir franchi une falaise, continue à courir dans le vide) le département du Val d’Oise - autre organisme public - soutient de telles pratiques, totalement contraires aux impératifs des enjeux climatiques, tout en bafouant les besoins fondamentaux des populations du territoire. Rappelons une fois de plus que les « promesses » d’emplois n’embauchent pas, qu’une ligne à destination de Roissy (au Nord), ne correspond guère à la demande de la main-d’œuvre qui va travailler à Paris ou en proche couronne (au Sud), en subissant la « galère des transports du quotidien »[10] (RER D et B oubliés des investissements) dans des conditions de plus en plus dégradées. Ainsi, la décision absurde de Juillet 2022 s’inscrit dans une longue tradition des décideurs du Val d’Oise - encouragée par l’État et la Région - de faiseurs d’illusions…

En effet, la politique d’aménagement du Val-d’Oise repose sur une amnésie coupable et trois abandons regrettables. Dans les années 70, les élus, alléchés par la perspective des richesses fiscales et des milliers d’emplois que ne manquerait pas d’engendrer l’aéroport de Roissy, ont validé son implantation et se sont attelés - toutes affaires cessantes - à faire fructifier cette manne économique et financière tombée du ciel. Dès lors, comme les chercheurs d’or de la conquête de l’Ouest, ils n’ont eu de cesse de poursuivre leur quête obsessionnelle d’un « Roissy toujours plus ». Moins ils trouvaient d’or, plus ils reconduisaient leurs explorations, plus ils réclamaient d’autres projets, dans la croyance magique que « cette fois-ci, ça va marcher ! ». Attendant tout d’une décision de l’État-sauveur, ils montraient leur incapacité à concevoir un avenir prenant appui sur les ressources du territoire local. J’ai décrit dans un article précédent comment la construction de l’intercommunalité du Pays de France s’était effectuée dans une culture de « l’entre soi », afin de partager ce butin entre le moins de partenaires possibles et surtout en différant les alliances avec les communes pauvres densément peuplées du territoire [11]. Cette quête de l’Eldorado dont les richesses seraient censées ruisseler sur l’Est-95, est parée des vocables élogieux de « grandeur » et « d’excellence »[12] : le « Grand » Roissy s’inscrivant lui-même dans la vision mondialisée de la capitale promue par Nicolas Sarkozy, à la gloire de « Paris ville-monde », le « Grand Paris », le « Grand Paris Express… » Dans une stratégie mégalomaniaque de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf, à savoir égaler les grandes conurbations de New York, Londres, Shangaï ou Tokyo.

Cette course éperdue à « l’excellence » a fait tout bonnement oublier aux élus le principal pôle urbain val d’oisien que constitue Argenteuil, 3ème ville d’Ile-et-France - et sa ville-sœur Bezons – qui atteignent à elles deux 140 000 habitants ; ils se sont désintéressés aussi de la croissance de l’agglomération de Cergy-Pontoise qui heureusement disposait de son propre organisme d’aménagement - un EPA avec ses équipes pluridisciplinaires hautement qualifiées et sa centaine de salariés - et des moyens de l’État considérables offerts par le statut de Ville Nouvelle. Ils ont également négligé le tragique destin de la Vallée de Montmorency, une « fausse vallée [13]» magnifique dominée par des buttes témoins forestières, défigurée par une urbanisation débridée qui a consisté à « boucher les trous » des espaces disponibles, sans aucune réflexion sur l’avenir d’une gigantesque zone résidentielle de 300.000 habitants sans emplois, sans services et sans infrastructures à hauteur de cette masse de populations. Ainsi, dans l’ignorance des autres entités val d’oisiennes, le pôle de Roissy et son soi-disant « bassin d’emploi » ont focalisé toute l’attention des élus du département 95, qui ne représente pourtant que 210 000 habitants sur un total de 1,217 million de Val d’Oisiens, soit 17% de l’ensemble. Et encore à l’intérieur de l’Est-95, il a été fait le choix de surdévelopper les projets dans les communes déjà bien dotées [14]. On le voit bien à la lecture du tableau ci-dessous (Figure 3).

Figure 3 © J. Lorthiois

Qu’est-ce qui justifie de vouloir rajouter des emplois à Gonesse, qui dispose déjà de près de 15 000 postes pour 10 000 actifs occupés -pour 12 000 en rajoutant les chômeurs -, alors que la ville de Sarcelles pour une population double ne possède que 0,6 emploi pour un actif et accuse un taux de chômage de 22% ? Tout comme Goussainville et Villiers-le-Bel, ces communes déficitaires mériteraient davantage la priorité pour des implantations d’activités. Ainsi, rien ne justifie que les trois projets ratifiés par le Conseil Départemental puissent mériter leur affichage « d’intérêt national », mais ces chiffres démontrent à l'évidence qu'ils ne sont aucunement d'intérêt local.

Des organismes publics qui ne défendent pas l'intérêt général

Avec l’implantation de Roissy, Aéroports de Paris (ADP, rebaptisé récemment Paris Aéroport) organisme public - chargé donc de l’intérêt général – s’est trouvé à la tête d’un gigantesque pactole de 3200 ha (l’équivalent de 10 arrondissements parisiens), nettement supérieur à celui d’autres aéroports de même importance (Heathrow /Grand Londres, 1100 ha). Cette manne a encouragé ADP à valoriser un tel espace disponible : alors que son cœur de métier était d’assurer la bonne gestion d’un grand aéroport, il s’est annexé de fait une activité de promotion immobilière centrée sur l’optimisation de ses considérables ressources foncières. L’organisme a d’abord engrangé de confortables bénéfices avec la location de vastes surfaces de parkings auprès des entreprises de la plateforme - stratégie qui a contribué à développer l’utilisation de la voiture pratiquée à 86 % par les travailleurs de l’aéroport – sans compter les substantielles recettes des parkings proposés aux voyageurs, touristes et autres visiteurs. Par ailleurs, oubliant toujours son statut public porteur d’intérêt général, ADP a pratiqué comme n’importe quel promoteur immobilier privé une politique d’accueil d’entreprises tous azimuts – dont une majorité sans rapport avec le trafic aérien – afin de rentabiliser au maximum la vaste réserve foncière dont il disposait. Fallait-il concentrer autant d’activités économiques sur une plateforme aéroportuaire interdite à l’habitat, générant ainsi d’énormes flux de transports/voiture et d’émissions de GES, déjà très élevés avec l’importance du trafic aérien ? ADP porte une lourde responsabilité en termes de pollution de l’air et d’explosion des déplacements routiers, s’additionnant aux ballets incessants des avions.

Le cas le plus emblématique de cette dérive immobilière est l’installation d’Aéroville - grande surface avec sa locomotive Auchan - basée sur une hypothèse qui s’est révélée fausse d’un besoin non couvert d’équipement commercial chez les 90 000 salariés de l’aéroport. C’est bien méconnaître le fonctionnement des travailleurs d’Île-de-France subissant au quotidien la galère des transports et dont l’objectif principal à l’issue de leur journée de labeur, est de rentrer le plus tôt possible au bercail. C’est pourquoi la très large majorité des usagers ne souhaitent pas « musarder après le boulot » et rechignent à effectuer des courses sur le lieu d’emploi, préférant effectuer tranquillement leurs achats en fin de semaine, à proximité du domicile. En dehors des restaurants très fréquentés qui répondent à une demande non satisfaite des salariés, Aéroville végète en semaine (le centre est surnommé d’ailleurs « Aérovide ») et s’anime le week-end avec une clientèle essentiellement localisée au sud de l’Oise, prouvant que cette offre commerciale aurait été beaucoup plus judicieusement installée dans ce département, près des populations. De même, faut-il s’enorgueillir qu’un des sites les plus pollués d’Ile-de-France (aussi bien de l’air que sonore) soit devenu le second pôle hôtelier de la région dans un désert urbain, détrônant ainsi Euro Disneyland, première destination touristique européenne ? Si quelques hôtels répondent à une fonction utile d’accueil de transit pour des passagers de l’aéroport, on peut s’interroger sur la pertinence (et la durabilité) d’une offre hôtelière dense pour un tourisme essentiellement d’affaires dans un environnement aussi repoussoir. Une question devenue brûlante aujourd’hui, avec l’effondrement du pôle hôtelier parisien qui possède un niveau d’aménités urbaines sans commune mesure avec le site de Roissy ; sans compter la baisse d’activité du tourisme d’affaires, qui a enregistré la multiplication des « salons virtuels » pendant la pandémie, accélérant ainsi la mutation de la filière vers des formes dématérialisées d’activités. Depuis deux ans, deux grands hôtels ont fermé définitivement leurs portes sur la plateforme et le projet d’extension du PIEX de Villepinte est reporté sine die (ce qui réduit encore la pertinence de la ligne 17 Nord).

L'utilisation abusive des résultats de l'étude ECODEV

En 2012, l’EPA Plaine de France avait commandité une étude réalisée par le cabinet-conseil ECODEV (consultable en ligne [15]), destinée à évaluer les retombées en emplois, filières d’activités et métiers d’un ensemble de 25 projets, programmés sur le territoire du Grand Roissy. Les analyses étaient établies à deux échéances différentes : à 10 ans (horizon 2020-2022), l’estimation portait sur la création de 104 000 emplois ; à terme (horizon 2030), le total prévu atteignait 132 000 emplois [16]. Malheureusement, l’EPA Plaine de France, les médias et les élus n’ont communiqué que sur le chiffre maximum de 132 000 postes à l’horizon 2030, comme s’il s’agissait d’un gain NET et immédiat. Les discours étaient triomphalistes, se glorifiant de ces « dizaines de milliers d’emplois » qui allaient réduire la pauvreté et le chômage du territoire, comme s’ils étaient déjà installés physiquement. Voir figure 2 de l’article du Parisien paru à cette occasion, publié dans mon article déjà cité.

Rappelons pourtant le contexte dans lequel était effectué l’étude : elle s’appuyait sur les déclarations des promoteurs des projets eux-mêmes, tempérées par des références à des réalisations comparables, en intégrant différents scénarios de développement des équipements (notamment aéroportuaires). ECODEV évaluait le potentiel théorique d’emplois liés à la pleine réalisation de ces 25 projets, mais n’avait pas pour objectif de remettre en cause les effectifs annoncés, dont certains étaient hypothétiques, d’autres basés sur du déclaratif sans preuve, avec des calculs de ratios d’emplois rapportés à des surfaces envisagées en m2 ou en hectares. Comme s’il suffisait de fabriquer des berceaux pour augmenter les naissances [17] ! Notons par exemple des projets concurrents entre eux : pas moins de deux enceintes sportives (le Dôme à Sarcelles et le Colisée à Tremblay-en-France) ; ou encore plusieurs ZAC de grande taille, plusieurs pôles de bureaux dans un contexte de ralentissement d’implantation d’activités, etc… Par ailleurs, les experts d’ECODEV précisaient bien - dans un avertissement mis en exergue - le champ limité de l’analyse, car il s’agissait d’identifier uniquement l’impact des nouveaux projets envisagés à cette époque, avec les emplois supplémentaires escomptés. Ceci ne préjugeait par ailleurs nullement du sort des activités existantes dans le tissu urbain, dont on pouvait craindre une récession. En témoigne par exemple la crise industrielle qui s’est abattue en 2013 sur le bassin d’Aulnay-sous-Bois, avec la cessation d’activité de PSA qui a supprimé 3000 emplois à la fermeture, sans compter une estimation de la CGT de 5000 emplois disparus dans la sous-traitance [18]. Ainsi, la conjoncture avait rajouté de fait un 26ème projet absent de la liste initiale : la réhabilitation de la friche industrielle de PSA à Aulnay-sous-Bois.

Dix ans plus tard, on s’interroge sur le manque criant de professionnalisme de la Société du Grand Paris (SGP) s’appuyant toujours sur l’étude ECODEV vieille de 10 ans non réactualisée, pour justifier la programmation en 2030 des deux gares CDG 2 et CDG 4 de l’Aéroport de Roissy (déjà desservi par le RER B et par CDG Express en construction). La SGP s’étant contentée de recopier sur son site le chiffre à terme de «132 000 emplois potentiels», sans corriger la comptabilisation erronée des deux projets-phares abandonnés qui correspondent à 53% du total : Europacity et son Centre d’Affaires (40 000 postes) et l’extension de l’aéroport de Roissy (30 000 postes - à l’époque, on ne parlait pas encore de T4 -) !! Ces erreurs grossières qui ont permis de gonfler les statistiques et de décrocher des droits à construire dans le Schéma Directeur d’Aménagement de l’Ile-de-France (SDRIF) ratifié en 2013, ne sauraient cacher la réalité : il faut une densité de 100 habitants + emplois/ha alentours pour justifier une gare, le score moyen de la ligne 17 Nord est de 6 [19] !!. Par surcroît, nous observons que ce n’est en aucun cas la bonne échelle : les projets du Grand Roissy portent sur l’ensemble du Pays de France et sont largement positionnés en dehors du tracé de la ligne 17 Nord et du périmètre de proximité des gares prévues (exemple : quelle crédibilité de s’appuyer sur des projets localisés dans des sites éloignés à Sarcelles ou au Thillay pour justifier les gares Charles-de-Gaulle 2 ou 4 ?). Voir carte Figure 3 publiée dans un autre article de ce blog.

Devant tant de promesses erronées, le CPTG a pris la décision de commanditer une étude réactualisant celle d’ECODEV 10 ans plus tard, en me confiant cette mission. Il s’agissait d’identifier, depuis 2012, l'état d'avancement – ou d’abandon/report – des 25 projets du Grand Roissy portés par l’EPA Plaine de France et d’évaluer, le cas échéant, leurs chances de réactivation [20]. Le texte de notre réévaluation (une quarantaine de pages, comprenant une fiche par projet, une analyse globale, ainsi qu’une présentation des sources et de la méthode utilisées) a été publié sur le site du CPTG [21]. Précisons que nous avons vérifié auprès de Jean-Louis Husson, principal auteur de l’étude ECODEV, la pertinence de notre démarche et la fiabilité de nos résultats. Nous avons décidé que compte tenu des retards de calendrier accumulés, l’hypothèse – calculée en 2012 – d’une première phase à l’horizon 2020-2022 devait être reportée d’au moins 10 ans, à l’horizon 2030. Et le contexte socio-économique sans visibilité que nous traversons, oblige à considérer les « 132 000 emplois à terme » comme désormais hors de portée, avec l’accélération du dérèglement climatique qui nécessite une remise à plat complète de la politique d’aménagement du territoire nationale et régionale et oblige à repenser l’avenir du trafic aérien et le tourisme lointain. Même si une embellie est constatée cette année dans la demande, elle ne saurait faire oublier un avenir sombre à long terme (désamour pour les filières d’activités et difficultés de recrutement de la main-d’œuvre, canicules et méga-feux qui diminuent l’attractivité des zones touristiques, pénurie de carburants, etc…)

Quand une politique atteint 5% de son objectif, pourquoi la poursuivre ?

EN SYNTHÈSE, les résultats de notre étude sont accablants. En 2022, 10 ans après l'évaluation d’ECODEV, seuls 2 projets sont achevés (Aéroville et Roissy Parc International), générant 5000 emplois, soit 5% de l’objectif initial atteint en 1ère phase, au lieu des 104 000 emplois escomptés. Avec l'abandon des deux projets-phares (Europacity + centre d’affaires, extension de l’aéroport /T4), 70 000 emplois se sont envolés en fumée. Restent 21 projets, dont une douzaine sont en panne ou très ralentis. On trouvera une synthèse de l’étude dans un autre article de ce blog [22]. Nous reproduisons uniquement ici le tableau récapitulatif (Figure 4), qui compare nos prévisions d’aujourd’hui avec celles établies à mi-parcours par ECODEV en 2012. En deuxième phase, nous parvenons au mieux à une prévision de 34 000 postes en 2030 chiffre « brut », puisqu’il ne préjuge pas des évolutions observées par ailleurs dans le tissu d'activités existant -. à comparer aux 132 000 emplois initialement prévus, soit 26 % de l’objectif initial atteint à terme, avec un différentiel de près de 100 000 postes de travail en moins !

Figure 4 © J. Lorthiois

Pourtant les élus du Val d’Oise, illusionnés par le conte de fées d’Europacity, s’arcqueboutent sur son irréalité. Depuis la décision d’abandon du gouvernement, ils n’ont eu de cesse de réclamer à l’État un autre « grand projet structurant » en remplacement, comme un enfant capricieux à qui on avait cassé le jouet et qu’il lui fallait à tout prix le même. Alors que probablement, Auchan qui a dû depuis quelques années réduire fortement sa voilure et supprimer 21 centres commerciaux sur le territoire national - dont 2 en Ile-de-France - aurait été dans l’incapacité de conduire jusqu’à son terme ce projet pharaonique. En se positionnant sur un créneau déjà occupé par EuroDisney - dont la notoriété, l’expérience et l’assise financière était sans commune mesure avec son rival – l’ambition du groupe Auchan apparaissait démesurée, surtout en visant un objectif de doublement du nombre de visiteurs de Disney, dans un site hostile survolé par le passage incessant des avions. Comme je l’avais déjà exprimé au moment du débat public, il paraissait impossible de « mettre deux coqs dans la même basse-cour »[23]. Quant au partenariat avec le milliardaire chinois Wanda, il aura fait long feu : le gouvernement de Pékin lui ayant intimé l’ordre d’alléger ses investissements à l’étranger et de fermer plusieurs parcs de loisirs. Auchan peut donc remercier le Collectif Pour le Triangle de Gonesse (CPTG) de lui avoir épargné un échec retentissant : imagine-t-on l'arrêt de la construction d’Europacity en pleine pandémie, alors que les avions de Roissy étaient cloués au sol et que les flux touristiques étaient au plus bas - notamment les touristes chinois qui boudent désormais la France ? Notons au passage que quand les investisseurs privés se désengagent de projets non rentables (on peut citer encore le Dôme de Sarcelles et son appel d'offres infructueux, ou le pôle d'affaires du Triangle...), l'Etat vient à la rescousse pour soutenir des projets à perte, qui ne doivent leur bilan positif qu'à des manipulations grossières...

Quant à l’EPA Plaine de France, il ne s’est intéressé qu’à la partie foncière des projets du Grand Roissy et des potentialités de plus-value offertes par la spéculation. Il s'est comporté comme un promoteur immobilier privé, oubliant son statut d’« Établissement Public » chargé de l’intérêt général des populations. Grand Paris Aménagement qui a pris désormais le relais continue sur la même lancée.

CONCLUSION

Le constat est sévère : il s’agit d’un cuisant échec de la politique de développement économique et d’aménagement du « Grand Roissy », dont l’Est du Val d’Oise et le Conseil Départemental s’enorgueillissaient. La médiocrité des résultats prouve bien l’erreur stratégique de continuer à miser sur « Roissy, moteur du développement économique » du territoire, alors que le pôle ne contribue que pour 5,6 % (4,7% en rajoutant les chômeurs) à fournir des postes de travail à la main-d’œuvre résidant alentours. Contrairement à la Région et au département 95, le gouvernement a fait preuve ici d'une certaine lucidité. Il est bien regrettable qu'il se soit ensuite laissé embourber sous la pression des élus locaux dans le projet de gare du Triangle et de la ligne 17 Nord. Alors que le secteur privé se désinvestissait de projets risqués, l’État prend désormais le relais et porte à bout de bras 3 projets appelant à la rescousse l’Éducation Nationale, une Administration centrale et une SEM pour que le secteur public défende un aménagement non rentable ? En prenant en otage des enfants assignés aux décibels des avions, dans une localisation du bout du monde ?

Au vu de ces résultats catastrophiques, la création de la SPLA- IN du 8 Juillet dernier accompagnée de 3 nouveaux projets - qui s’ajoutent aux 3 abandonnés et à la douzaine en léthargie - est en décalage total avec la réalité, traduisant une nostalgie des 30 glorieuses inacceptable… Ce n’est en tous cas pas LA réponse économique et « surtout sociale » (!!) aux besoins du territoire du Pays de France, comme s’est plu à le prétendre le rapporteur Philippe Sueur, lors de sa présentation au Conseil Départemental du Val d’Oise. Seul, un élu écologiste appuyé par la maire de Bezons socialiste ont sauvé l'honneur en votant CONTRE. Les autres élus socialistes ont voté POUR !! Pourtant, constatons que les seuls chantiers qui progressent rapidement en Ile-de-France sont « d’Intérêt Métropolitain », comme le Grand Paris Express et/ou les équipements des Jeux Olympiques pour le plus grand bénéfice du lobby du BTP (Bouygues, Eiffage, Vinci et leurs filiales), mais aucunement pour l’intérêt des populations locales et au prix d’une destruction irréversible de leur patrimoine naturel (sacrifice des Jardins ouvriers d’Aubervilliers, de l’Aire des Vents du parc de la Courneuve, sans oublier les terres agricoles menacées du Triangle de Gonesse). Voilà qui ne risque pas d’améliorer le très mauvais classement de la France dans l’Union Européenne, épinglée par la justice pour « inaction climatique ».

En ce qui concerne le Nord-Est de l'Ile-de-France (Est-95, Plaine de France du 93 et Nord-Ouest seine-et-marnais), cette surestimation pour le territoire du rôle de l'aéroport a été reprise intégralement dans le Schéma Directeur de la Région (SDRIF) de 2013. A l'heure où ce document d'urbanisme est mis en révision, il serait grand temps de réorienter complètement la politique d'aménagement du territoire mise en œuvre ici. Au Sud de l'Ile-de-France, la question se pose également pour le bassin d'Orly et surtout l'urbanisation débridée du plateau de Saclay.

NOTES

[1] D’après les propos d’Elisabeth Borne qualifiant le projet Europacity, lors de son abandon, le 7 novembre 2019

[2] John Karsada, Aérotropolis, la Ville aéroportuaire, voir site http://aerotropolis.com/

[3] Selon les termes de l'EPA Plaine de France, Document stratégique de référence, Déc 2005

[4] J. Lorthiois, les deux courbes de l’évolution du trafic aérien et de l’emploi sont extraites d'un article de ce blog :

"Le mirage des emplois de Roissy : une récession dès 2008, aggravée par la pandémie"

https://blogs.mediapart.fr/j-lorthiois/blog/011121/le-mirage-des-emplois-de-roissy-une-recession-des-2008-aggravee-par-la-pandemie

[5] Un 26ème projet s’étant entretemps rajouté (friche PSA à Aulnay), il s’agit donc des 27ème, 28ème et 29ème projets du Grand Roissy.

[6] Le projet Agoralim, porté par la Semmaris, est une extension du MIN de Rungis, au nord de l’Ile-de-France. Jean Castex l’a défini comme «une plateforme de distribution alimentaire, mais aussi un projet de développement des circuits courts et de la production locale. »

[7] VOnews, le 8 juillet 2022, « Triangle de Gonesse : une société d’aménagement va être créée »

https://vonews.fr/2022/07/08/triangle-de-gonesse-une-societe-damenagement-va-etre-creee/

[8] J. Lorthiois, article de mon Bêtisier sur un sondage truqué

https://blogs.mediapart.fr/j-lorthiois/blog/071019/betisier-d-europacity-n-9-pub-douteuse-sondage-truque-manifestation-parachutee

[9] « Europacity : à côté, les gilets jaunes auront été de la gnognotte », in Libération, 4 octobre 2019

https://www.liberation.fr/france/2019/10/04/europacity-a-cote-les-gilets-jaunes-auront-ete-de-la-gnognotte_1755470/?redirected=1

[10] Jade Lindgaard in Mediapart.fr : "Triangle de Gonesse : les transports doivent passer dans les quartiers", 14 fév 2021.

[11] J. Lorthiois, article de ce blog, Bêtisier n° 6. Gouvernance : l'impossible envol d'un papillon sans tête".

https://blogs.mediapart.fr/j-lorthiois/blog/210921/betisier-grand-roissy-n-6-gouvernance-l-impossible-envol-d-un-papillon-sans-tete

[12] J. Lorthiois, article de ce blog sur l’excellence

https://blogs.mediapart.fr/perso/contributions/blog/billets/902803/editer

[13] Fausse vallée de Montmorency : dépression en forme de val, mais non irriguée par un cours d’eau

[14]J. Lorthiois, article de ce blog : "Betisier du Grand Roissy n° 3 : un territoire non pas pauvre, mais inégalitaire"

https://blogs.mediapart.fr/j-lorthiois/blog/310321/betisier-du-grand-roissy-n-3-un-territoire-non-pas-pauvre-mais-inegalitaire

[15]J.L. Husson, S. Chassigneux, J.F. Thouvignon, Estimation quantitative et qualitative des nouveaux emplois sur le territoire du Grand Roissy, ECODEV-Conseil, commanditaire EPA Plaine de France, 2012 http://docplayer.fr/12173839-Estimation-quantitative-et-qualitative-des-nouveaux-emplois-sur-le-territoire-du-grand-roissy.htlm

[16]J. Lorthiois, article de ce blog, « Ligne 17 - Intox 3 - 100 000 emplois fictifs pour justifier les gares de Roissy »

[17]Voir J. Lorthiois, illustration Figure 5, in "Bêtisier d'Europacity, n° 8 - L'imposture des 10 000 emplois prétendus"

[18] Précisons que les emplois des sous-traitants n’avaient pas à être pris en compte, puisque l’estimation ECODEV portait uniquement sur ce qu’on appelle les « emplois directs ».

[19] Score de 100 habitants + emplois /ha pour justifier une gare de métro : source Jean Vivier

[20] J. Lorthiois, article de ce blog, Ligne 17 - Intox 3 - 100 000 emplois fictifs pour justifier les gares de Roissy 

[21] J. LORTHIOIS, « Actualisation des impacts sur l’Emploi des 25 projets du Grand Roissy », Collectif pour le Triangle de Gonesse, avril 2022

https://ouiauxterresdegonesse.fr/wp-content/uploads/2022/04/Etude-ECODEV-revue.pdf

[22] J. Lorthiois, Voir autre article de ce blog sur les 25 projets du Grand Roissy

https://blogs.mediapart.fr/j-lorthiois/blog/010422/ligne-17-intox-3-100-000-emplois-fictifs-pour-justifier-les-gares-de-roissy

[23] Citation de J. Lorthiois " Il n'y a pas de place pour deux coqs dans la même basse-cour " in Reporterre, article du 7 nov 2016

https://reporterre.net/Un-multimilliardaire-chinois-derriere-le-projet-Europacity

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