Relation entre l'humanité et les micro-organismes : un basculement est en cours

Le basculement en cours concerne la manière dont l'humanité se représente les micro-organismes, et dont elle se représente sa relation aux micro-organismes. C'est un basculement d'un cadre théorique vieillissant vers un cadre théorique nouveau. Un basculement analogue est en cours au sujet la manière dont l'humanité se représente elle-même. L'humanité est en train de grandir.

Il ne s'agit pas de savoir comment sont les micro-organismes, mais comment l'humanité se les représente.
Il ne s'agit pas de savoir comment sont les humains, mais comment ils se représentent eux-mêmes.

Du point de vue de l'évolution des sciences, le basculement dont il est question est un basculement à la Thomas Khun (voir mon billet précédent : Selon l'épistémologie*, dans une science du réel, pas de certitude, pas de preuve). 

L'humanité est en train de passer d'une enfance à un âge adulte. C'est un basculement spirituel (voir mon billet : Les étapes de la gestation d'un bébé nous parlent de l'évolution de l'humanité).

Ces deux basculements sont en fait deux aspects d'une même transition.

Introduction

Je résume mon billet précédent :

On peut avoir deux regards théoriques sur un même objet. Un exemple classique est les deux théories de la lumière : la théorie ondulatoire (concevoir la lumière comme une onde), et la théorie corpusculaire (concevoir la lumière comme un flux de particules).

Il n'est pas question de savoir où est la vérité sur la lumière, il y a simplement deux regards, deux conceptions, deux représentations, deux théories de la lumière.

Karl Popper nous apprend qu'une théorie d'un objet réel est provisoire, elle décrit une conception provisoire de son objet, et il donne des outils conceptuels pour aborder la question de deux théories du même objet.

Thomas Kuhn propose de voir ainsi l'évolution des sciences : deux théories du même objet peuvent cohabiter, se compléter, ou peuvent être en concurrence : une théorie peut s'user dans la confrontation avec son objet : y a-t-il des difficultés, des échecs dans la compréhension et dans l'action sur cet objet ? Des théories nouvelles sont alors inventées et entrent en concurrence avec la théorie vieillissante pour mieux expliquer et agir plus efficacement sur l'objet.

L'objet scientifique qui nous occupe ici est l'objet "pandémie", pour lequel au moins deux théories sont en lice.

Je nomme cet objet "pandémie", et non pas "virus" ou "bactérie", pour intégrer les aspects individuels et les aspects planétaires de la propagation.

Je rappelle qu'une théorie n'est pas la vérité sur son objet, mais seulement exprime des hypothèses provisoires sur cet objet.

La démarche scientifique (bâtir des théories, puis les confronter à l'objet) commence par observer, se poser des questions, tenter de généraliser, inventer des hypothèses, puis publier ces hypothèses pour y travailler collectivement. Il faut ensuite confronter ces hypothèses à l'objet par des expériences.

 

Facette scientifique

Je propose de raconter les deux histoires, cadres des deux théories. Attention, je le répète, ce sont des histoires qu'on se raconte sur le phénomène, des hypothèses qu'on invente, des "peut-être que ...", pour comprendre et guider l'action.

La théorie pastorienne : les micro-organismes sont des ennemis mortels à expulser, à tuer, à éradiquer

La rencontre entre un terrain (un humain) et un micro-organisme est à éviter à tout prix.

Une pandémie se termine quand tous les micro-organismes sont tués, quand ils ne sont plus dans les corps : ils sont passés ou pas, ils ont disparu.

Cette histoire est très ancienne, et Pasteur s'y est intégré naturellement.

C'est une vision de combat, une vision de guerre (souvenons-nous du discours de Macron du 12 mars 2020, juste avant le début du confinement), une vision de peur de mourir.

C'est une vision de séparation, dans laquelle l'humain ressent, et se raconte : je suis séparé de la nature, je suis séparé des autres humains, je suis séparé des animaux ; le micro-organisme est capable de me tuer, il faut que je le tue avant qu'il me tue.

La théorie de la symbiose : tout le vivant vit en symbiose avec les micro-organismes, les humains aussi

La rencontre entre un terrain (un humain) et un micro-organisme à proximité est inévitable, et autant qu'elle se passe le mieux possible. L'humanité est préparée à cette rencontre depuis qu'elle existe. On constate que ces rencontres existent depuis toujours, et que l'humanité est toujours là. Quelques humains sont mal préparés, et s'en sortent plus ou moins bien. Mais l'humanité ne risque rien.

La propagation des micro-organismes de la pandémie se termine quand la symbiose s'est installée dans tous les corps, faute de corps à contaminer.

En fin de pandémie, les micro-organismes sont dans tous les corps : ils sont arrivés, ils sont restés, en paix.

C'est une vision de symbiose, dans laquelle l'humain ressent, et se raconte : je fais partie de la nature, les micro-organismes aussi ; depuis toujours, nous vivons ensemble, le plus souvent en paix, mon corps est fait pour cette vie commune ; nous faisons partie de la même nature, moi et les micro-organismes.

C'est une vision d'unité.

Entre ces deux histoires, un basculement à la Thomas Kuhn est en cours

L'histoire pastorienne de guerre est usée, et l'histoire de la symbiose est en train de s'imposer.

C'est un basculement d'une vision de guerre vers une vision de paix.

Mon billet Comment peut-on se représenter la santé ? Attaque - défense ? Intox - détox ? exprimait ces deux histoires.

 

Facette spirituelle

Je vais me référer à différents courants spirituels qui convergent, en les citant par ordre alphabétique : Annick de Souzenelle, Charles Eisenstein, Claudette Vidal, Isabelle Padovani, Jeff Foster, Sri Aurobindo.

Qu'est-ce qui converge ? Que l'humanité est en train de vivre une transition cruciale et très difficile. Les termes employés sont : une initiation, un passage à l'âge adulte, une naissance, précédée de contractions violentes.

L'aspect "naissance" est évoqué dans mon billet Les étapes de la gestation d'un bébé nous parlent de l'évolution de l'humanité.

Ce qui bascule, c'est la manière dont les humains se représentent eux-mêmes : ils se voyaient séparés, et de plus en plus, ils se voient en unité avec les autres humains, avec les animaux, les micro-organismes, la nature, avec tout le vivant.

Ce qui converge entre ces courants spirituels, c'est cette transition, cette transformation, ce basculement de la séparation à l'unité, une transition aussi brutale que celle de la chenille au papillon.

 

Cohérence du scientifique et du spirituel

Résumons :

Il y a basculement en cours entre deux cadres scientifiques de la pandémie, basculement de l'histoire les micro-organismes sont des ennemis mortels à tuer à l'histoire tout le vivant vit en symbiose avec les micro-organismes, moi aussi.

Il y a basculement en cours du point de vue spirituel : l'humanité se sentait séparée de tout, et de plus en plus, elle se sent unie à tout.

Ces deux basculements sont en fait deux aspects d'une même transition.

 

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