La tentation bonapartiste d’Emmanuel Macron

Le bonapartisme, c’est ce processus historique par lequel une classe dominante, politiquement exténuée, s’en remet à un homme pour conjurer l’hydre de la révolte ou de la révolution sociale et garantir ses intérêts. Son usage n’apaisera en rien la colère du peuple, une colère que l’équipe présidentielle ne comprend pas et à laquelle elle n’a de ce fait aucune réponse crédible à proposer.

Emmanuel Macron a donc renoué avec les pratiques de l’ « ancien monde » qu’il avait voué aux gémonies. Comme ses prédécesseurs, il reçoit en son bureau une poignée de journalistes qu’il a cooptés et auxquels il prodigue ses confidences. Mais pas au point de reprendre la tradition, autrement périlleuse, des grandes conférences de presse dans lesquelles le général de Gaulle excellait. Or, un passage de cet entretien, rapporté par Alain Auffray de Libération, dans son édition du 1er février, en dit long sur la vision du monde dans laquelle s’est enfermé Emmanuel Macron.

Dans sa grande sagacité, Jupiter avait « identifié » le problème, « l’origine de la crise », confie-t-il aux heureuses plumes triées sur le volet : « l’absence de changements sensibles pour les citoyens malgré la quantité inédite de réformes entreprises dans la première année du quinquennat ». Les mots sont ceux du journaliste, non du Président. Mais, celui-ci, dument cité, précise : « Parce que la mise en œuvre est trop lente ». Et, selon le journaliste, le Président estime que « son gouvernement n’a pas suffisamment mis la pression sur l’administration ». Si « l’Etat profond n’a pas assez changé », insiste le Président, en se tournant vers son secrétaire général, Alexis Kohler, « assis, impassible, à sa droite », ce n’est pas à cause des hauts fonctionnaires – ses pairs, avant qu’il ne soit élu – mais à cause des « fonctionnaires », leurs subalternes, sans doute des Gaulois réfractaires.

Emmanuel Macron à Souillac (Lot), devant 600 maires, le 18 janvier 2019. © Reuters Emmanuel Macron à Souillac (Lot), devant 600 maires, le 18 janvier 2019. © Reuters

Tout est dit, ou plutôt redit. D’une part, les premiers de cordée savent, et ils sont irréprochables. De l’autre, les Jojo de l’administration sont obtus ou ne travaillent pas assez, sans que Jupiter puisse imaginer qu’ils ne sont plus assez nombreux et n’ont plus assez de moyens pour mettre en œuvre les « réformes », ni que celles-ci, si elles étaient appliquées, aggraveraient peut-être « le problème » plutôt que de le résoudre tant elles sont contraires aux intérêts de leurs bénéficiaires supposés.

En outre, le terme d’ « Etat profond » qu’utilise le chef de l’Etat est curieux. Il désigne généralement non l’administration de base – l’équivalent bureaucratique du « pays profond » – mais les réseaux occultes qui œuvrent dans l’ombre de l’Etat, à l’interface des services de sécurité et des milieux criminels, pour contrer l’opposition et mener des « stratégies de la tension », comme dans l’Italie des années 1970 ou, de manière quasi systématique depuis le Comité Union et Progrès (1908-1918), en Turquie. En France, l’ « Etat profond », ce serait plutôt celui qu’a révélé l’affaire Benalla ! Et il ne s’agit pas d’une « affaire d’été », comme ont voulu le faire accroire certains commentateurs complaisants et pressés de se débarrasser du sparadrap qui s’était collé à la main de Jupiter  mais bel et bien d’une affaire d’Etat (profond), ainsi que l’ont révélé les enquêtes de Mediapart, et établi le rapport de la commission d’enquête du Sénat, rendu public le 20 février.

Cette dernière donne d’ailleurs à la question sa juste portée politique. Car le contraste est grand entre l’arrogance réformatrice et millénariste du souverain et de sa garde rapprochée, et leur incompétence gouvernementale concrète.

Comment les Jojo, avec leurs gilets jaunes, pourraient-ils accorder leur confiance à une équipe qui n’est même pas capable de gérer convenablement l’administration, somme toute modeste, de l’Elysée, mais qui entend porter aux nues du capitalisme la start up nationale ? Les lycéens ont décidément un mot pour cela, qu’ils empruntent à la langue classique tout en lui donnant un sens différent : « Bouffon ! ».

« Bouffons », en effet, ceux qui préparent la privatisation des aéroports de Paris ô combien profitables à l’Etat alors même que le scandale de celle des autoroutes, non moins rentables, apparaît au grand jour. « Bouffons » ceux qui ont détruit l’hôpital, les maisons de retraite, la Poste, le réseau classique de la SNCF, l’école, l’Université, et qui continuent de vouloir tailler dans la dépense publique alors que ces services sont à l’os et que jamais leur contribution à la richesse nationale n’est prise en considération dans les Grands Livres du néolibéralisme.

« Bouffons » ceux qui ont promu pendant des décennies les partenariats public-privé et la tarification à l’acte dans le secteur de la santé, doivent aujourd’hui admettre l’inanité de ces dispositifs, mais ne voient d’avenir que dans leur reconduction sous un autre nom. « Bouffons » ceux qui ont bradé le patrimoine immobilier de la République à des intérêts privés, parfois étrangers, pour éventuellement le racheter au prix fort comme dans le cas de l’Imprimerie nationale.

Tant et si bien qu’il faudrait se demander quelles sont les parts respectives de l’incurie et des compromissions financières dans cette politique aberrante de libéralisation économique à tout crin poursuivie depuis quarante ans de manière outrancièrement idéologique et bien peu pragmatique – une interface lucrative entre les tenants de l’Etat et les opérateurs privés qui est bien documentée à propos de l’ancienne Union soviétique et de son « bloc » européen, de la Chine, des anciens régimes socialistes d’Indochine, des pays africains soumis à ajustement structurel dans les années 1980, mais qui échappe à la curiosité dès qu’il s’agit des démocraties libérales ouest-européennes.

La disjonction entre l’ambition réformatrice néolibérale d’Emmanuel Macron et l’exiguïté de sa base électorale était patente dès le premier tour de l’élection présidentielle de 2017, même si les résultats du second tour l’ont dissimulée pendant une petite année (lire Pourquoi je voterai Macron par défaut, mais sans état d’âme et regarder Quelles perspectives pour Emmanuel Macron ?). Bien sûr, le bon peuple de France est confus, assez inconséquent, sinon schizophrène. Ses suffrages se sont en majorité portés sur des candidats qui promettaient la baisse des impôts – Emmanuel Macron, François Fillon – et adhèrent à la thèse du « ras le bol fiscal » qu’a théorisée un chantre du Parti socialiste, Pierre Moscovici.

Mais, « en même temps », les gilets jaunes protestent contre le retrait de l’Etat et le démantèlement des services publics, quitte à réclamer le rétablissement de l’ISF et, pour certains d’entre eux, à approuver l’idée de l’assujettissement à l’impôt de tous les revenus, y compris les plus modestes, au nom de la croisade contre l’ « assistanat », non sans oublier que les premiers « assistés » de la République sont les riches auxquels cette dernière consent un investissement public plus élevé qu’aux pauvres, par exemple dans l’enseignement ou l’aménagement urbain.       

A court terme, Emmanuel Macron, à l’image de ses prédécesseurs de l’ « ancien monde », peut dribbler en tirant avantage de cette ambivalence ou de cette immaturité civique. A plus long terme, c’est une autre histoire, que nous écrivent précisément les gilets jaunes. Il semble bien que le projet néolibéral, dont le président de la République est le fondé de pouvoir, dans la pure continuité de ses prédécesseurs qu’il entend jeter dans les poubelles de l’Histoire, soit exsangue parce qu’il n’est plus socialement et politiquement supportable, « soutenable » comme on dit maintenant, tout en se soldant par un échec économique complet.

Les « réformes » entreprises au forceps depuis les années 1980 n’ont pas empêché la perpétuation du chômage, la désindustrialisation, le recul dramatique de l’investissement public dans les équipements, l’éducation et la recherche qui était nécessaire à la préparation de l’avenir. Elles se sont soldées par une aggravation des inégalités et de la pauvreté, la stagnation de l’espérance de vie, la généralisation de la précarité, le sentiment inédit, démobilisateur et désespérant que la condition des nouvelles générations sera plus dure que celle de leurs parents. Contre toute décence, Emmanuel Macron assure lui-même que les jours du capitalisme financier sont comptés, mais qui peut prêter crédit, sinon à la prophétie, du moins à son messager ? Que ne s’en est-il pas rendu compte avant !

Comme il est peu probable que le président de la République aille à Canossa, il va continuer d’essayer de passer en force en bénéficiant de l’appui du « grand capital », ainsi que l’aurait dit Georges Marchais, et des médias qu’il détient, c’est-à-dire les principales chaînes de télévision et de radio, hormis celles du service public, les trois principaux quotidiens nationaux, l’essentiel de la presse régionale, la plupart des instituts de sondage. Emmanuel Macron va aussi s’appuyer sur la vieille peur des petits possédants, des classes moyennes, des commerçants, qu’effraye toujours la chienlit et qu’attisent la dénonciation incantatoire des casseurs, les prédictions apocalyptiques, à chaque Acte des gilets jaunes, quant à la volonté de tuer des policiers (sic !) qui animerait certains des manifestants.

Une peur qu’entretient l’organisation de véritables « opérations Villes mortes » par les pouvoirs publics eux-mêmes grâce au bouclage de leur centre historique, à la suspension des transports, à la fermeture de leurs parkings et musées, à la pression policière sur les commerçants pour qu’ils baissent leur rideau de fer, comme encore à Clermont-Ferrand, le 23 février. D’ores et déjà, l’actualité permet de réintroduire par la fenêtre de la lutte contre l’antisémitisme la question identitaire que le mouvement des gilets jaunes avait fait sortir par la porte de la question sociale et que le président de la République avait de son propre chef inscrite sur l’agenda de son grand « débat national ».

Emmanuel Macron a en effet préempté celui-ci en en dessaisissant la Commission nationale du débat public, dont les règles l’auraient contraint – telle fut la clef de l’éviction de Chantal Jouanno –, et en le transformant en one man show néo-castriste assez ridicule dans sa forme, mais bien utile pour saturer l’espace médiatique quelques semaines avant les élections européennes et un probable référendum. Dans l’affaire Benalla, l’entourage du chef de l’Etat et le Premier ministre s’efforcent de disqualifier le contrôle parlementaire de l’Exécutif en arguant, de manière constitutionnellement surréaliste, du principe de la séparation des pouvoirs.

Surtout, le gouvernement a fait le choix de recourir à une répression brutale en usant d’armes dangereuses qui mutilent, au mépris du droit, et à l’inquiétude des Nations unies, du Parlement européen et du Conseil de l’Europe, alors qu’il existe des stratégies de désescalade en matière de maintien de l’ordre en usage dans d’autres polices. Il s’apprête à faire adopter une législation scélérate qui indigne jusqu’à ses proches soutiens, tel l’avocat François Sureau, sans parler des habituelles institutions gauloises réfractaires qui défendent les droits de l’Homme et les libertés publiques.

A elle seule, la force rend impossible l’appréciation de l’audience actuelle des gilets jaunes dans le pays. Il est assez aisé de se féliciter de leur reflux quand on expose les manifestants à des tirs de balle en caoutchouc et de grenades assourdissantes qui ont blessé de manière irréversible plusieurs dizaines d’entre eux. Néanmoins, tout médecin sait que l’endiguement d’un symptôme n’est pas forcément signe de guérison de la maladie. Le court-circuitage des corps intermédiaires a débouché sur cette mobilisation massive, inédite et acéphale, ce qui n’a en rien facilité les choses. L’étouffement par la coercition de cette dernière risque fort de conduire à l’action violente de la part des desperados du mouvement.

La sociologie historique du politique a un concept pour désigner cette stratégie : celui de « bonapartisme », par référence non pas tant au Bonaparte du premier « 18 Brumaire », pour lequel le candidat Macron a d’ailleurs laissé percer une certaine sympathie sous la plume de ses thuriféraires, mais celui de son neveu Louis Bonaparte, plus connu sous le nom de Napoléon III, et dont l’aventure, au sens littéral du terme, a inspiré Marx. Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte (Paris, Editions sociales, 1969/1852) de ce dernier montre bien comment l’affaissement des élus conservateurs, la débâcle politique et morale des Républicains sociaux après l’écrasement sanglant du soulèvement populaire de juin 1848 et la menace ouvrière ont laissé le champ libre à la préemption du pouvoir par un homme, et ce qu’il faut bien nommer sa bande.

Je ne voudrais pas suggérer qu’Alexandre Benalla ou les « marcheurs » d’Emmanuel Macron sont les équivalents fonctionnels de la Société du 10 décembre, fondée en 1849, et sur laquelle s’est appuyé Louis Bonaparte pour s’emparer du pouvoir (pp. 76-77). Mais comment ne pas penser à l’actuel quinquennat quand Marx évoque « tout le génie officiel de la France condamné au néant par l’imbécillité astucieuse d’un seul individu, la volonté de la nation, chaque fois qu’elle se manifeste dans le suffrage universel, cherchant son expression adéquate chez les ennemis invétérés des intérêts des masses, jusqu’à ce qu’elle la trouve enfin dans la volonté obstinée d’un flibustier » (p. 44).

En 2017, et plus encore aujourd’hui, sur fond de la Grande Peur qu’a immédiatement suscitée l’irruption des gilets jaunes sur les ronds-points et dans les centre-ville, « la bourgeoisie n’avait alors manifestement d’autre choix que d’élire Bonaparte. Despotisme ou anarchie. Elle se prononça naturellement pour le despotisme » (p. 135). Et Marx d’analyser avec finesse tout le jeu politique qu’autorise à « Bonaparte » le fait de détenir « le pouvoir exécutif qui s’est rendu indépendant de la société » (p. 135).

Bien sûr, nous n’en sommes pas au même degré de coercition que dans la France du milieu du XIXe siècle. Néanmoins, le recours aux ordonnances, l’amoindrissement systématique des prérogatives du Parlement, l’évidement de la décentralisation, le contournement des corps intermédiaires, les restrictions infligées à la liberté d’information sous prétexte de protection du secret des affaires, les atteintes policières et judiciaires à la liberté de la presse, la monstration présidentielle pendant des heures, et jour après jour, sous prétexte de commémoration de l’armistice de 1918, puis de « débat national », l’endossement politique de la mise à genou de lycéens de banlieue par des CRS qui se félicitent de leur « classe sage » mais violent allègrement le droit, le recours à une répression policière de masse des manifestations et l’usage disproportionné de la force à laquelle elle donne lieu, la lutte sans merci contre l’immigration selon une brutalité que n’était pas parvenu à atteindre Nicolas Sarkozy et qui n’a rien à envier aux méthodes d’un Matteo Salvini, les limites croissantes apportées par la loi aux libertés publiques bien au-delà de la constitutionnalisation initiale des dispositions de l’état d’urgence, l’exercice du pouvoir par une petite clique de cinq personnes dont plusieurs en délicatesse avec la justice – et ce dès la campagne électorale de 2017, nonobstant le nuage de fumée participatif d’En marche ! – tout cela fleure l’aventurisme républicain de Louis Bonaparte bien que ni le coup d’Etat en bonne et due forme ni l’instauration d’un régime monarchique ne puisse en être l’issue.

« Cette tâche contradictoire de l’homme explique les contradictions de son gouvernement, ses tâtonnements confus, s’efforçant tantôt de gagner, tantôt d’humilier telle ou telle classe, et finissant par les soulever toutes en même temps contre lui. Cette incertitude pratique forme un contraste hautement comique entre le style impérieux, catégorique, des actes gouvernementaux, style docilement copié sur celui de l’oncle (…) Bonaparte voudrait apparaître comme le bienfaiteur patriarcal de toutes les classes de la société. Mais il ne peut pas donner à l’une qu’il ne prenne à l’autre », écrit encore Marx (pp. 136-137). Il n’empêche que c’est à un tel homme que la bourgeoisie a confié le pouvoir pour protéger ses intérêts au prix de sa renonciation au « self-government » et de l’acceptation de son « néant politique ». Le vocabulaire a vieilli. Mais l’analyse demeure lumineuse et permet de construire un chronotype qui saisit tant le basculement à droite d’En marche ! que la déréliction de la gauche social-démocrate dans la France contemporaine.

Le bonapartisme, en tant que concept, qu’idéal-type, c’est ce processus historique par lequel une classe dominante, politiquement exténuée, s’en remet à un homme pour conjurer l’hydre de la révolte ou de la révolution sociale et garantir ses intérêts. On l’observe en France, à partir de 2016, avec la percée de l’aventurier Macron à la faveur du forfait de François Hollande, de la défaite de Nicolas Sarkozy, de la trahison par les barons socialistes de Benoît Hamon, de l’échec d’Alain Juppé et du naufrage moral de François Fillon.

L’enjeu de ce hold-up électoral est la poursuite et la radicalisation de la libéralisation de l’économie française, notamment dans les domaines des retraites, du marché du travail et de la privatisation de l’Etat, qu’avaient entamée les gouvernements successifs de la droite néo-gaulliste et du parti socialiste, mais qui demeurait inachevée au regard du dogme néolibéral. Le mantra de la « réforme », le millénarisme du « nouveau monde » dont « Bonaparte » s’estime porteur n’ont pas d’autre sens. Et nous restons bien dans la triangulation national-libérale telle que je la conceptualise, cette combinatoire entre les effets hétérogènes, voire contradictoires, de l’intégration mondiale, l’universalisation de l’Etat-nation et l’idéologie identitariste qui prévaut depuis le début du XIXe siècle, sous des avatars différents (1).

Emmanuel Macron est à la croisée des chemins. La tentation bonapartiste n’apaisera en rien la colère du peuple, une colère que l’équipe présidentielle ne comprend pas et à laquelle il n’a de ce fait aucune réponse crédible à proposer, ne serait-ce que pour une raison qui est curieusement passée sous silence. Du fait de leur âge, les Macron Boys, et leur propre patron, n’ont jamais connu d’autre monde que celui du néolibéralisme et sont incapables d’imaginer ou d’entendre autre chose que sa petite musique de la nécessaire « réforme ». Leur système mental est psychologiquement pré-alternatif, leur idéologie politico-économique est historiquement post-alternative.

La Macronie est inapte à concevoir qu’on puisse exercer un choix entre deux politiques, sinon sur un mode manichéen, entre le Bien et le Mal, entre le Salut et la Chute. Quelle que soit l’issue des élections européennes et du probable référendum, il est prévisible que le « débat national », soigneusement formaté selon le logiciel néolibéral du Président soi-même, le bon peuple étant invité à choisir les services publics qu’il veut supprimer et les impôts qu’il veut augmenter, ne mènera pas à la concorde que le candidat Macron se faisait fort de ramener, du haut de sa suffisante bienveillance.

« En même temps », aucune force politique n’est en mesure, aujourd’hui, de proposer une autre voie carrossable. Les Républicains se recroquevillent et cherchent secours du côté d’un Rassemblement national dont la cheffe a déjà démontré son incompétence lors de la dernière campagne présidentielle, les socialistes ont pour ainsi dire disparu du paysage, les écologistes ne parviennent pas à sortir de la malédiction électorale qui les frappe depuis leur apparition dans le système politique français, et la France insoumise est prisonnière de l’irascibilité prophétique de son leader historique.

De ce point de vue, on peut dire, d’une part, que la France est dans une situation prérévolutionnaire, du fait de l’épuisement de l’offre politique constituée et de son incapacité à satisfaire la colère sociale, mais, d’autre part, que la voie répressive, peut-être autoritaire, l’emportera au nom du retour à l’ordre. Jusqu’à la prochaine explosion dont les caciques de la République seront malvenus de se plaindre tant ils l’auront rendue inévitable. N’oublions pas que la Commune a suivi le Second Empire saint-simonien qu’avait instauré le coup d’Etat du 2 décembre.

(1) Jean-François Bayart, Le Gouvernement du monde. Une critique politique de la globalisation, Paris, Fayard, 2004 et L’Impasse national-libérale. Globalisation et repli identitaire, Paris, La Découverte, 2017.

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