Nikola vs Hindenburg, vision vs nihilisme

Ça ressemble à une blague de mauvais goût : Hindenburg se venge de l'hydrogène. Une société financière du nom du célèbre Zeppelin à hydrogène qui s'écrasa en 1936 tente maintenant de faire s'écraser la start-up Nikola qui représente déjà la plus grosse capitalisation boursière en matière d'hydrogène. Pourtant une fois encore, c'est Hindenburg qui va s'écraser, car Nikola c'est d'abord une VISION !

Sur ce blog, Nikola a été présenté favorablement dès le départ.

Pourquoi ? Essentiellement parce que Nikola présente une vision ambitieuse et innovante à propos de l'hydrogène utilisé comme carburant.

Nikola a eu le courage de faire ce que les pouvoirs publics n'avaient pas le courage de faire, à savoir lancer un grand plan de mobilité basé sur des véhicules à hydrogène.

En même temps qu'il affichait une volonté de développer des camions à hydrogène, Nikola s'est associé notamment à la société norvégienne NEL-ASA pour prévoir tout un réseau de stations d'hydrogène. C'est une ambition indispensable pour sortir du paradoxe de l’œuf et la poule, quand le fabriquant de véhicules attend qu'il y ait des stations à hydrogène pour se lancer sur le marché des véhicules à hydrogène, alors que le fabriquant de stations service attend qu'il y ait suffisamment de véhicules à hydrogène sur les routes pour se lancer sur le marché des pompes à hydrogène.

Nikola est le premier a avoir eu l'audace de proposer un modèle économique qui couvre à la fois les véhicules à hydrogène et les pompes à hydrogène. A vrai dire, c'est le seul modèle économique possible pour amorcer une mobilité à hydrogène.

A contrario, malgré un effet d'annonce historique, il semble que Toyota a raté la diffusion massive de sa Mirai, en imaginant que les stations d'hydrogène allaient pousser comme des mauvaises herbes.

Cette vision ambitieuse était tellement attendue que Nikola a pu obtenir des pré-commandes de camions à hydrogène pour des milliards de dollars. Malgré le Président des USA en place qui conteste le réchauffement climatique, Nikola a déjà réussi à devenir la plus forte percée financière mondiale en matière d'hydrogène.

Maintenant, quelques années après Nikola, c'est l'Union Européenne qui vient de découvrir à coup de milliards d'euros que l'hydrogène est l'avenir des hommes.

Ce que les européens font à coup de milliards d'euros d'argent public prélevé sur une dette abyssale pour les générations futurs, une dette vertueuse il est vrai, Nikola le fait en utilisant l'argent des capitalistes qui ne croient plus au pétrole, un capitalisme vertueux en quelque sorte puisqu'il rime avec lutte contre le dérèglement climatique. Autre continent autres mœurs...

La seconde raison pour laquelle j'applaudis Nikola, c'est parce que son modèle d'affaires s'oppose à celui de Tesla. Le modèle d'affaires de Tesla est manifestement basé sur le commerce du lithium, sachant chaque voiture Tesla transporte une batterie au lithium qui pèse environ 600 kg.

Le fantasque Elon Musk a rejeté l'idée d'une mobilité à hydrogène d'un simple revers de la main et des millions de beni-oui-oui l'ont cru. En cela, Musk est responsable d'un recul en matière d'avancée écologique et technologique, sachant aussi que les voitures électriques à batteries représentent une régression fonctionnelle évidente par rapport aux voitures thermiques qui sont condamnées à disparaître. De fait, l'autonomie limitée et les temps de recharge rédhibitoires font des voitures électriques à batteries un merveilleux piège à cons pour milliardaires peu scrupuleux, car figurez-vous que cela existe wink.

A vrai dire, je suis déçu que Nikola ait cru bon de se lancer récemment sur le créneau des voitures électriques à batteries, singeant Tesla en quelque sorte tout en s'y opposant par ailleurs. Sur ce point, Nikola mérite le coup de massue d'Hindenburg. Nikola s'est assis le c. entre deux chaises, ce qui donne moins de confort à sa vision hydrogène. Il faudrait aussi que Nikola médite l'adage: "Qui trop embrasse, mal étreint."

Pour sa part, Hindenburg n'en a manifestement rien à cirer d'une vision hydrogène avec un projet industriel vertueux, comme celle que l'Europe est en train de mettre en œuvre, favorisant la ré-industrialisation locale et la création de millions d'emplois à terme. Que des sociétés comme Bosch, General Motors et bien d'autres s'associent fièrement à Nikola pour faire émerger une révolution industrielle majeure, Hindenburg n'en parle évidemment pas, sauf pour insinuer que ces sociétés se seraient laissés duper par Nikola, ce qui semble présomptueux.

Ce qui compte pour Hindenburg, c'est d’amasser des millions de dollars en faisant du "short selling", une manipulation boursière légale aux USA (mais pas en Europe) consistant quand tout va bien à

  1. prêter des actions (de Nikola en l’occurrence) à une banque (ou autre "broker") qui détient dans ses coffres les actions de ses clients,
  2. vendre ces actions à un prix élevé,
  3. attendre que le cours de ces actions baisse pour racheter ces actions en les restituant à la banque, en gardant un bénéfice proportionnel à l'ampleur de la chute du cours. Le risque est grand (et le stress aussi), car si jamais le cours s'envole au lieu de baisser, les pertes peuvent être nettement supérieures à l'investissement initial.

Tel un prédateur à l'affut, Hindenburg a attendu un moment propice pour déverser en public un rapport incendiaire à propos de Nikola. Le moment propice, c'était le moment où l'action Nikola a flambé de 40% à la suite de l'annonce d'un investissement de 2 milliards de dollars de la part de Général Motor. Manifestement, le "coup" de Hindenburg est d'abord un coup spéculatif peu reluisant qui est bien peu crédible pour montrer du doigt une autre entreprise.

Mais surtout, la question de fond, c'est : qu'est ce que Hindenburg propose pour s'attaquer au réchauffement climatique ? La réponse, c'est : rien, absolument rien ! Alors c'est facile de montrer du doigt une société qui essaye de contribuer à un avenir meilleur pour les générations futures, sans rien proposer en contrepartie.

Bien sûr, Nikola n'est pas irréprochable, mais au moins cette société ose secouer le lobby pétrolier qui continue à mettre le feu à notre planète.

Hindenburg s'attache à des mesquineries de marketing excessif de la part de Nikola. En fait, Nikola a su parler aux américains pour leur raconter une vision et les impliquer dans cette vision. Alors, de temps en temps, Nikola en a sans doute fait un peu trop pour dissimuler l'ampleur de la révolution que représente le remplacement du diesel par l'hydrogène pour les camions.

Pour être constructif, on peut espérer que l'attaque d'Hindenburg forcera Nikola à éviter pareil dérapage et à se focaliser sur sa vision hydrogène au lieu de se disperser sur tout ce qui bouge en matière de véhicules électriques. Tout au plus, les véhicules électriques à batteries ont le mérite d'être une étape technologique intermédiaire pour préparer l'avènement des véhicules électriques à hydrogène dont la technologie est plus complexe.

Au final, je me dis que Hindenburg obtiendra au final l'effet inverse de celui escompté. Hindenburg va forcer Nikola à défendre encore mieux sa vision et à produire des avancées tangibles.

Nikola n'a pas encore vendu un seul camion à hydrogène, alors que Hyundai vient de livrer ses 10 premiers camions en Suisse et en aura sans doute vendu un millier avant que Nikola sorte son premier camion. Il reste que c'est Nikola et pas Hyundai qui a osé exposer et développer publiquement une vision ambitieuse de l'hydrogène, une vision qui est connue dans le monde entier par ceux qui s'intéressent à l'hydrogène.

Grâce à Hindenburg, Nikola va devoir comprendre qu'il ne suffit pas de vendre une vision vertueuse et qu'il ne faut pas se laisser enivrer par cette vision au point de "vendre la peau de l'ours qu'on ne l'ait mis par terre", comme disait La Fontaine.

Par contre, la crédibilité de Hindenburg, le spéculateur mesquin, risque d'être mise à mal, puisqu'il est incapable d'apprécier une vision d'avant-garde dont l'avenir dira qu'elle était essentielle.

Concrètement, en guise d'épilogue, on attendra d'apprendre qu'un premier camion Nikola soit utilisé au quotidien par un client pour ses besoins propres en remplacement d'un camion Diesel.

En attendant, les vidéos suivantes sont déjà impressionnantes :

Hardyment vôtre.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.