Nomenclature hydrogène: nucléaire, carboné, naturel et renouvelable

En France et en Europe, il est question maintenant de "garantie d'origine" et de nomenclature d'origine en matière d'hydrogène. Ça parle de "vert", de "bleu" et de "décarbonné". Comme cette nomenclature ne me convient pas, j'en propose une autre moins colorée, mais plus transparente, plus honnête et plus didactique.

Petite parenthèse: bravo à Edwy PLENEL, pour son intervention engagée, passionnée et passionnante, ce samedi 22 décembre dans ONPC à propos des Gilets Jaunes face à MACRON. J'écoutais ça en rédigeant le présent article. Edwy PLENEL a merveilleusement expliqué en quoi l'égalité est un prérequis à la liberté. Par ailleurs, parlant de l'illusion d'un ruissellement financier entre hyper riches et pauvres, Edwy PLENEL a expliqué que MACRON, en diminuant les retraites, réduit ou annule le débit du ruissellement financier entre grands-parents et petits-enfants. C'était une sorte de scoop sur le plateau d' ONPC! Ça me rend fier d'avoir choisi Mediapart.

Il est de plus en plus question, et c'est une bonne nouvelle, de produire de grandes quantités d'hydrogène. C'est une bonne nouvelle si le but visé est d'atteindre la production d'hydrogène renouvelable. Ça c'est l'idéal et le but ultime qui doit se généraliser. Mais en attendant, il faut distinguer l'hydrogène renouvelable, favori de ce blog, de l'hydrogène produit à partir de sources non renouvelables.

Concernant l'hydrogène non renouvelable, il faut distinguer au moins 3 sources possibles: carboné, naturel et nucléaire.

Si je comprends bien ce que je lis ici, la tâche titanesque wink de création d'une nomenclature d'origine de l'hydrogène a été confiée à divers comités en France puis en Europe. Apparemment, cette tâche est à l'étude depuis 2016. J'avoue ne pas comprendre en quoi le sujet serait complexe. Mais c'est sans doute un sujet très porteur pour les gens qui souffrent de réunionite aiguë.

A mon avis, il importe de distinguer 4 sortes d'origine pour l'hydrogène: "renouvelable", "naturel", "carboné" et "nucléaire".

Commençons par le plus inquiétant, à mon sens, l'hydrogène nucléaire, c'est-à-dire l'hydrogène d'origine nucléaire. Il est fabriqué par électrolyse en utilisant les surplus d'électricité nucléaire.

Ceux qui décrient l'intermittence des sources renouvelables oublient toujours de décrier l'aberration de l'énergie nucléaire dont les centrales produisent sans arrêt, sans pouvoir tenir compte du niveau de la demande en électricité. Alors la nuit, en Belgique, depuis 40 ans, on inonde les autoroutes vides d'électricité nucléaire. Une meilleure solution est celle du stockage par pompage-turbinage (ou STEP), sans doute la solution la plus rentable au plan du rendement énergétique.

Une solution prometteuse de stockage de l'électricité nucléaire est la production d'hydrogène par électrolyse. Il semble que cette solution soit en préparation chez EDF qui vient d'investir dans McPhy, fabriquant d'électrolyseurs. C'est sans doute une bonne chose de stocker sous forme d'hydrogène les surplus inévitables de la production nucléaire. Mais attention: garbage in garbage out, il ne faudrait surtout pas que le besoin en hydrogène devienne finalement une raison pour maintenir et rafistoler les centrales nucléaires ou pour en construire de nouvelles. Ce serait une absurdité éminemment dangereuse made in France. Pour ma part, je suis d'abord un anti-nucléaire devenu pro-hydrogène renouvelable, mais pas pro-hydrogène nucléaire.

A court terme, d'ici la fin du nucléaire qui doit cesser, l'hydrogène nucléaire peut avoir seulement 2 raisons d'être:

  1. les surplus de l’électricité nucléaire peuvent être transformés en hydrogène au lieu d'être gaspillés et
  2. le nucléaire déclinant peut servir de rampe de lancement pour amorcer la filière hydrogène renouvelable.

Cela fait maintenant plusieurs années que j'ai proposé sur ce blog, l'expression hydrogène renouvelable pour désigner simplement l'hydrogène produit à partir de sources d'énergies renouvelables.

Mais depuis longtemps, la plus grande part de l'hydrogène produit dans le monde sert à "nettoyer" le pétrole au cours du raffinage. Cet hydrogène est produit par reformage du gaz naturel (méthane). Par conséquent, c'est un hydrogène carboné provenant d'énergie fossile. C'est notamment Air Liquide qui est spécialisé dans la production d'hydrogène à partir de gaz naturel, mais si j'ai bien compris Total serait un des plus gros producteurs au monde d'un tel hydrogène carboné, produit pour répondre aux besoins de ses raffineries.

Étant donné la COP21 et du principe garbage in garbage out, l'hydrogène carboné est à proscrire comme solution définitive. Actuellement on peut l'admettre, car, tout comme pour l'hydrogène nucléaire, la raison d'être de l'hydrogène carboné est d'amorcer la pompe de l'hydrogène renouvelable, en quelque sorte.

Enfin, moins connu, il existe un hydrogène naturel, dont parle le scientifique Alain PRINZHOFER, avec à ma connaissance une seule société d'extraction au monde, à savoir Petroma qui appartient à Aliou boubacar DIALLO et qui extrait de l'hydrogène naturel au Mali. Le qualificatif "naturel" pour l'hydrogène est choisi par similitude avec le gaz dit "naturel". Il ne faut pas le confondre avec l'hydrogène produit à partir du gaz naturel, qui est de l'hydrogène carboné. Au lieu d'hydrogène naturel, on pourrait l'appeler aussi d'hydrogène géologique.

Si une nomenclature simple est utilisée par les vendeurs d'hydrogène, à savoir H2 nucléaire, H2 carboné, H2 naturel ou H2 renouvelable, alors le consommateur pourra facilement s'y retrouver et savoir exactement ce qu'il achète en faisant son plein d'hydrogène à la pompe, par exemple.

Joyeuses Fêtes!

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