Hydrogenics phagocyté par Cummins, champion des gaz à effet de serre "scope-3"

La société canadienne Hydrogenics représente un fleuron des technologies énergétiques à base d'hydrogène. En 2019, elle a été absorbée par Cummins, une société Etats-unisienne spécialisée notamment dans les moteurs diesel. Un article récent de Bloomberg vient d'épingler Cummins comme la championne en matière de gaz à effet de serre "scope-3".

C'est un article bien intéressant de Bloomberg qui explique une distinction entre 3 niveau de portée ("scope") en matière de pollutions générées par des sociétés.

Le 1er niveau (scope-1) est celui des pollutions directes, occasionnées par les opérations de la phase de production des produits ou services. Par exemple, la production de ciment va occasionner des émissions de C02.

Le 2e niveau (scope-2) est celui des émissions provoquées par l'achat d'électricité ou de chaleur.

Le 3e niveau (scope-3) est celui des émissions induites par l'utilisation des produits et services.

Et là, surprise ! Cummins est le champion du niveau 3.

 © Bloomberg, janvier 2020 © Bloomberg, janvier 2020

Alors que penser du phagocytage de Hydrogenics par Cummins en 2019 ?

Hydrogenics, nous en avons souvent parlé sur ce blog et notamment il y a un an à propos d'un électrolyseur géant acheté par Air Liquide. Hydrogenics, un fleuron de la filière hydrogène, se retrouve absorbé par une société championne des gaz à effet de serre.

Il y a deux scénarios possibles.

Soit, Cummins va museler Hydrogenics tout en se pavanant de son acquisition vertueuse.

Soit, Cummins va progressivement abandonner sa production de moteurs diesel pour favoriser des moteurs à hydrogène. Mais, si tel est le but, on peut rêver tout en se demandant si Cummins n'aurait pas mieux fait d'absorber un spécialiste des piles à combustibles, plutôt qu'un spécialiste de électrolyseurs.

Ne comprenant pas bien les vertus de l'acquisition, je suis sceptique. Je me dis que c'est paradoxal et triste qu'un fleuron de la filière hydrogène ait été absorbé par un champion des gaz à effets de serre. J'espère me tromper.

J'espère aussi que les autres fleurons de la filière hydrogène vont refuser de se retrouver phagocyter par les champions du réchauffement climatique. Ce sont surtout les acteurs financiers qui peuvent empêcher cela (voir l'article précédent).

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