L'énergie nucléaire, un rêve terroriste

A l'heure de la COP21 et quelques jours après de très graves attentats terroristes, il importe de mettre les pendules à l'heure en matière d'énergie nucléaire.

Je suis choqué d'avoir vu hier soir sur la principale chaine privée francophone en Belgique, à savoir RTL-TVI, une publicité qui vantait les mérites du "nucléaire contre le réchauffement climatique". Une telle publicité est immorale à plus d'un titre. C'est vraiment prendre les gens pour des cons. Quelque part, une telle publicité mensongère peut faire jubiler les groupes terroristes.

Juste après avoir vu cette publicité, j'étais effrayé en suivant sur France2 l'excellent documentaire expliquant les origines d'Al-Qaïda et sa filiation avec Daech.

Le contraste de ces deux contenus télévisuels m'incite à remettre une couche sur le billet précédent de ce blog qui vante les mérites des énergies renouvelables indispensables pas seulement pour éviter le réchauffement climatique, mais aussi pour répondre au terrorisme et le prévenir.

En matière nucléaire, avant d'évoquer l'argumentaire d'un risque terroriste, il importe de contraster la publicité du forum nucléaire en Belgique et l'argumentaire du réseau « Sortir du Nucléaire » en France.

Nucléaire et réchauffement climatique © Forum nucléaire belge Nucléaire et réchauffement climatique © Forum nucléaire belge

Nucléaire et réchauffement climatique © réseau Sortir du Nucléaire Nucléaire et réchauffement climatique © réseau Sortir du Nucléaire
Cela étant dit, tout porte à penser que l'énergie nucléaire est un jouet de rêve pour les terroristes.

Pensons d'abord à ces dictateurs nord-coréens qui réussissent à se transmettre de père en fils le flambeau de la terreur en brandissant régulièrement la menace nucléaire, comme pour narguer ceux qui voudraient se débarrasser de leur dynastie criminelle. Tout porte à penser que cette dynastie dictatoriale se joue du nucléaire comme d'une arme terroriste ultime. Si un jour le dictateur nord-coréen se sentait vaincu, son ultime acte de désespoir consisterait sans doute à lancer une bombe nucléaire chez son voisin du sud, ou bien sur le Japon, voire même de l'autre côté du Pacifique, chez les américains qui entretiennent une base militaire permanente de 25 000 hommes en Corée du Sud.

Sans doute la jeune dictature de Daech peut-elle envier la vieille dictature nord-coréenne qui réussit depuis des décennies, grâce au nucléaire, à maintenir un équilibre de la terreur, sans être inquiétée par des frappes aériennes.

Imaginons que Daech, au lieu de mettre la main sur des champs pétroliers, ait mis la main sur des centrales nucléaires. Après tout, ils ont déjà mis la main sur des centrales électriques. Ce n'est pas en piratant quelques logiciels à distance (comme cela fut fait en Iran) que les services secrets réussiraient à infléchir les intentions terroristes.

Le contrôle de l'arme nucléaire deviendra, sans doute, un objectif majeur pour Daech s'il en a les moyens ou l'opportunité.

Les moyens, Daech en a bien plus que la dictature nord-coréenne. Daech profite de la manne pétrolière des territoires conquis en Syrie et surtout en Irak.

L'opportunité Daech en a aussi bien plus que la dictature nord-coréenne, car Daech n'est pas  isolé. C'est un réseau terroriste avec des bases dans de nombreux pays.

Dès lors, multiplier les centrales nucléaires revient à multiplier les chances pour Daech de prendre un jour le contrôle d'une de ces centrales pour faire du chantage cataclysmique et pour progresser vers la maitrise de la bombe nucléaire.

Je me souviens avoir entendu Jacques Attali dire sur un plateau de télévision que les déchets nucléaires retraités (déchets émanant des centrales classiques), comme le mox d'Areva, sont bien suffisants pour occasionner un cataclysme nucléaire aux conséquences redoutables. Répandre des déchets nucléaires nucléaires est encore plus pernicieux (mais moins spectaculaire) que de faire exploser une bombe nucléaire, car la radioactivité des déchets agirait pendant des milliers d'années. Le mox contient du plutonium dont la demi-vie est de 24 mille ans, soit 12 fois la distance qui nous sépare de Jules César… et ce n'est que sa demi-vie.

Et même si Daech ne réussit pas à prendre le contrôle d'une installation nucléaire, il peut rêver d'un attentat terroriste contre une centrale, un attentat dont les conséquences seraient infinies dans l'espace et dans le temps. Après tout, une centrale française pourrait envier la soudaine notoriété de ses consœurs à Tchernobyl ou à Fukushima. Imaginons l'explosion d'une centrale sur le sol français. En plus des morts immédiats, ce serait l'économie française qui serait anéantie. Le tourisme en France s'effondrerait. L'agriculture serait sujette à caution. Le bonheur des gens en France se mesurerait avec des dosimètres.

Il y va du nucléaire comme des kalachnikov : si Daech n'avait pas réussi à prendre le contrôle de telles armes, ses actions terroristes n'auraient pas été possibles. Tout comme il importe que la communauté internationale cesse d'accepter la prolifération des armes, il importe d'éviter la prolifération des embryons d'armes d'extermination massive que constituent les centrales nucléaires.

Les intérêts économiques du lobby nucléaire ne peuvent ni duper les consommateurs ni faire courir des risques incommensurables et encore aggravés par la menace terroriste dont il apparait qu'elle ne pourra jamais être totalement éradiquée.

Aux grands enfants qui s'amusent de l'énergie nucléaire, il convient de dire une fois pour toute que c'est fini de jouer avec des allumettes à l'échelle de la planète ! Dors et déjà, les acteurs du lobby nucléaire apparaissent comme de potentiels terroristes en cols blancs.

Pour l'heure, il est simplement odieux et irresponsable de présenter le nucléaire comme une solution au réchauffement climatique.

La solution au réchauffement climatique, ce sont les énergies renouvelables avec au centre l'hydrogène renouvelable qui doit remplacer les énergies fossiles (le pétrole, le charbon, le gaz et le nucléaire), chaque fois que le stockage d'énergie est indispensable.

P.S. En terminant la rédaction de ce billet, j'apprends que la Belgique vient de recevoir un bonnet d'âne, le Prix Fossile décerné par les ONGs qui suivent la COP21. Et oui, la Belgique n'a toujours pas réussi à se mettre d'accord sur une politique climatique et elle continue à discuter du prolongement d'activité de ses vieilles centrales nucléaires de DOEL1 et DOEL2... et c'est sans parler de l'éclairage des autoroutes aussi omniprésent qu'inutile et pour lequel la Belgique mériterait un second bonnet d'âne. Alors, en tant que belge, il m'est permis d'ajouter que c'est parce que la  Belgique politique est empêtrée dans de médiocres querelles linguistiques qu'une chaine nationale peut encore tenter de vendre aux citoyens belges les bienfaits du nucléaire.

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