Qu'est-ce que la sagesse ?

L’Hôpital et la Charité ! Le paltoquet pyromane Macron, apprenti sorcier tendance Voldemort, jeteur de phrases-tisons, se permet de donner des leçons de sagesse à une militante pour la paix septuagénaire. Eh ben grâce à lui, j’ai corrigé une erreur que je commettais depuis toujours !

 « sagesse », « science », « sapience », « sapiens » et « savoir », n’ont pas même étymologie, ne viennent pas du même latin ! Grâce au Littré, que décidément je ne consulte pas assez souvent, et grâce à Manu, qui vient de placer le mot « sagesse » en pleine lumière, désormais, je sais : 

« science » vient de scio, scire qui signifie « savoir », tandis que « savoir », « sage », « sagesse », « sapience », « sapiens » viennent de sapio, sapere, qui signifie :
1) avoir un goût : petroleum male sapit.
2) avoir du goût, au propre comme au figuré. Ce qui a donné aussi « avoir de l’intelligence », « du jugement », et ensuite « se connaître en quelque chose », « comprendre », « savoir ».

« sapience », et « sapiens », ne sont pas cousins de « science » ! Ils sont cousins de « sapide » et « insipide », de « saveur » et « savoureux » ! Homo sapiens n’est pas homme scient, mais homme goûtant, comprenant !
D’après Émile Littré, l’orthographe ancienne « sçavoir » est erronée ! Les grammairiens patentés de la Renaissance ont fait cette confusion : « sapience » ressemble tellement à « science » ! Gras, mais rien. Je n’avais jamais pensé à cette proximité de « saveur » et de « savoir ».

Vous voyez comment on peut se tromper : le génie de la langue a fini par construire une autre version de la notion de savoir, en partant de celle de goût. Par métaphores successives, « goûter » (aimer) devient « connaître », « savoir ». (Soit dit en passant, on est toujours aussi incapable de montrer aux enfants que savoir est agréable, que les idées ont une saveur, que notre esprit est apte à apprécier les connaissances, et c’est peut-être la principale raison de l’échec scolaire.)

poindi

Ça me fait penser à un conte canaque, La tourterelle et le corbeau. Poindi est allé chasser avec son fils, mais une bande de corbeaux qui les suivent en croassant comme des cons font fuir le gibier. Leur chasse est foutue. Poindi décide de ne pas s’en faire et de se taper un bon kaï-kaï (repas). Pendant que ça cuit, le chasseur et son fils observent que les corbeaux s’amusent à laisser tomber des noix de bancoul sur un rocher pour qu’elles s’ouvrent. Alors Poindi raconte à l’enfant comment une tourterelle a pu connaître et révéler le secret des noix de bancoul aux autres oiseaux.

Voici le début :

Autrefois, corbeaux et tourterelles ignoraient que la noix de bancoul est bonne à manger. Jamais ils n'avaient vu la bonne chair qui est à l'intérieur du fruit. En ces jours, tout comme aujourd'hui, les noix mûrissaient sur les arbres, puis, elles tombaient. Protégées par leur grosse enveloppe verte, elles ne se brisaient pas dans leur chute. Quand l'enveloppe extérieure se desséchait et s'ouvrait, les oiseaux ne voyaient que la coque de la noix, qui est dure et lisse comme la pierre. Ils pensaient que ce n'était pas meilleur à manger que les cailloux ronds du creek et cherchaient ailleurs leur nourriture.
Vint une saison où tous les arbres, toutes les plantes, donnèrent leurs fleurs, mais point de fruit. L'eau du ciel ne voulait pas tomber. La terre était devenue si sèche qu'elle se fendillait en grandes crevasses. L'herbe jaunissait et mourait, des incendies s'allumaient partout, détruisant d'immenses étendues de brousse.
La nourriture devint très rare pour les oiseaux. Les vers et les insectes s'enfonçaient dans le cœur de la terre pour y chercher plus de fraîcheur.
Beaucoup de tourterelles vivaient dans cette région.
Elles avaient plus à souffrir de la faim que les autres oiseaux, car tout ce dont elles faisaient habituellement leur nourriture avait presque disparu.
Près de ce creek, disent les anciens dont la parole est juste, aux alentours de cette cascade, vivaient deux tourterelles. Elles en avaient recueilli une troisième, vieille, faible, déplumée, qui ne pouvait presque plus voler et était tout à fait incapable de pourvoir elle-même à sa nourriture. Certains disent que ce vieil oiseau était la mère de toutes les tourterelles. La plus vieille de la race. La jeune tourterelle qui l'avait recueillie et la traitait comme un oisillon au nid s'appelait Joli-Bec, et sa compagne, Rusée.

Joli-bec va entreprendre toute une odyssée pour trouver la mère des anguilles : elle a promis dans leur jeunesse à la mère des tourterelles, en récompense d’un service rendu, de lui révéler un secret qui mettrait définitivement le peuple des oiseaux à l’abri de la famine !

Savoir, c’est savoir ce qui est bon à manger ! Ce qui a bon goût.

Si vous connaissez pas Fred Sochard, allez voir ça : 

https://blogs.mediapart.fr/fred-sochard/blog/250319/sois-sage-et-tais-toi-le-retour

https://blogs.mediapart.fr/fred-sochard/blog/250319/sagesse

Si vous aimez les contes non-occidentaux où l'on parle des jeunes et des vieux, allez voir ça :

https://blogs.mediapart.fr/jean-max-sabatier/blog/151218/eloge-de-la-vieillesse

Si vous aimez quand Manu donne des leçons, allez voir ça : 

https://blogs.mediapart.fr/jean-max-sabatier/blog/111218/quelle-honte

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