En 2014, l'association Framasoft a lancé une initiative planifiée sur trois ans pour Dégoogliser Internet : proposer une trentaine d’alternatives « Libres, Éthiques, Décentralisées et Solidaires » (LEDS) aux services des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). Dans une interview à Next Inpact pour le lancement de cette initiative, un membre de Framasoft expliquait alors : « nous vivons dans un monde de plus en plus numérique, et la principale révélation d'Edward Snowden, ce n'est pas que vous pouvez être pistés en permanence, mais que c'était d'ores et déjà le cas  ». 

« Les services en ligne toujours plus centralisés de géants tentaculaires comme Google, Amazon, Facebook, Apple ou Microsoft (GAFAM) mettent en danger nos vies numériques » explique Framasoft qui propose donc des services « libres, gratuits, ouverts à tous (dans la limite de nos capacités techniques et financières), tels des biens communs numériques ».

En octobre 2016,  Framasoft a lancé six nouveaux services mais également CHATONS qui est un Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires.

Framasoft propose par exemple Framadrop et Framapic qui permettent de partager simplement et rapidement des fichiers et photos anonymement et de manière sécurisée. Framadate, alternative à Doodle est un service de planification de réunion et de sondages. Framapad est un éditeur de texte collaboratif en ligne. très pratique où chaque participant se distingue par une couleur. Et Framatalk (qui ne nécessite aucune installation logicielle) peut vous libérer de Skype et Framasphère de Facebook. D'ailleurs, Amnesty International a lancé une campagne demandant à Microsoft d'intégrer « le chiffrement de bout en bout pour toutes les communications sur Skype ».

Dans son discours du 5 février à Lyon (ou Aubervilliers), le candidat de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon a parlé des GAFAM les qualifiant « d'entreprises immorales qui passent leur temps à se soustraire au fisc ». Il veut « rétablir la liberté, c'est à dire le droit de posséder des bases de données personnelles et d'en être totalement propriétaires » ajoutant qu'il ne faut pas accepter que les grandes compagnies vendent ces données « à d'autres, sans nous demander notre avis ».

Il a aussi déclaré : « nous voulons un numérique en commun: protection des données privées, neutralité du net » car il « faut un domaine public de l'internet » en expliquant : « si nous emportons cette élection, j'annonce à Microsoft qu'ils peuvent passer par dessus bord tout leur programme de travail commun avec l'éducation nationale car nous ne laisserons pas Microsoft bourrer la tête de nos gosses ». Monsieur Mélenchon veut donc bannir les logiciels Microsoft des « instruments de l'indépendance de la France ne les souhaitant  ni  dans les armements ni dans aucun des moyens de télécommunications car « ce gouvernement a été assez absurde en laissant à monsieur Trump un droit de regard sur ce que nous faisons ». Et il veut donc les remplacer par des logiciels libres. Sur les contrats signés entre l'Etat et Microsoft ces dernières années, je vous en ai déja parlé ici et .  Et n'oublions pas que la commission européenne a autorisé les américains à exploiter nos données personnelles.

Par contre, l'équipe de Jean-Luc Mélenchon a choisi la plateforme américaine NationBuilder, le système de CMS et de gestion des militants pour sa campagne présidentielle plutôt que DigitaleBox, une société française qui propose aussi une solution de gestion de campagne politique numérique car cette dernière «  est beaucoup moins poussée que NationBuilder et ne correspondait pas aux attentes d’une campagne présidentielle » selon Bastien Lachaud, responsable des actions au sein de la campagne du candidat de la France insoumise.

Pour l'anecdote, à 1h10min de la vidéo du discours du 5 février de Jean-Luc Mélenchon, on peut voir que la personne qui tape les sous-titres en direct (très bonne initiative d'ailleurs) utilise le système d'exploitation Windows de... Microsoft, et pas Linux ou BSD par exemple ! Pas évident de changer ses habitudes et de migrer véritablement vers le Libre mais comme dirait Framasoft : la route est longue mais la voie est libre ! Clin d'œil

Capture vidéo JLM Capture vidéo JLM

Dans cette interview, Yannick Jadot (EELV) dit « que la question du logiciel libre, dans sa construction démocratique, dans le combat contre les rentes, est un élément important, en lien avec les valeurs européennes. Il faut aller vers davantage de logiciel libre ».

Le parti écolo EELV a toujours été sensible au numérique comme en témoigne ce site dédié. Et d'ailleurs, le seul député à encore utiliser du Libre à l'Assemblée nationale est membre de ce parti.

Par contre, pour le Parti Socialiste, il va être difficile de leur faire confiance vu le bilan de ces dernières années sous ce quinquennant de François Hollande. Déjà, parce que plusieurs ministères ont signé ou renouvellé des contrats avec Microsoft comme celui du Ministère de la Défense. Lire d'ailleurs cette enquête de Mediapart sur ce sujet.

Sur le soutien au logiciel libre dans les administrations, un engagement de campagne hors-programme du candidat Hollande, la promesse est brisée selon "Lui Président", un site créé par des étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille qui suit la réalisation des promesses de François Hollande émises pendant la campagne présidentielle ou au cours de son mandat.

Même chose pour l'engagement de campagne hors-programme du candidat Hollande sur l'nterdiction de la vente liée de matériels et logiciels informatiques : promesse brisée. Et Benoît Hamon, le candidat officiellement investi par le Parti Socialiste n'y est pas étranger. D'ailleurs, rappelons ici que le candidat socialiste avait voté la "Loi renseignement" en 2015, loi à laquelle s'étaient opposés de nombreux acteurs du numérique mais également des ONGs et syndicats.

Et pour finir, n'oublions pas la publication en octobre 2016 du décret autorisant la création d'un fichier biométrique de près de 60 millions de Français par le gouvernement socialiste. Les défenseurs des libertés numériques et publiques se sont alarmés de cette décision en parlant de surveillance de masse. Mon article sur le fichier TES dit "Fichier Monstre" Ne souriez pas, vous êtes fichés !

Pour information, dans le programme de 374 pages du parti Les Républicains, aucune mention de "Logiciels Libres" ou de "Neutralité du net".

Framasoft a récemment fait le bilan de sa campagne Dégoogliser Internet avec d'autres projets à venir. Conclusion : allez donc découvrir la totalité des alternatives proposées par Framasoft, utilisez-les, et aidez l'association financièrement. 

PS : Jeu

Dégoogliser Internet Dégoogliser Internet

 

 

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