Unir nos forces pour combattre la censure et la surveillance

Depuis 2008, le 12 mars est la Journée mondiale contre la cyber-censure pour l'ONG Reporters sans frontières. Et depuis 2015, l'Internet Freedom Festival en Espagne se mobilise aussi contre la censure et la surveillance.

Depuis 2008, à l'initiative de l'ONG Reporters sans frontières, le 12 mars, c'est la Journée mondiale contre la cyber-censure (à l'origine appelée Journée internationale pour la liberté d’expression sur Internet). 

Pour cette occasion, Reporters sans frontières a publié son rapport « Censure et surveillances des journalistes : un business sans scrupules », dénonçant par exemple «  le vide juridique qui permet à des sociétés expertes en cyber-surveillance de fournir du matériel à des régimes, adeptes de la surveillance en ligne et de la censure ». 

RSF tient la « triste liste des journalistes et net-citoyens (voulant informer) tués ou emprisonnés. Dans celle des net-citoyens emprisonnés, quelques pays se distinguent tout particulièrement, comme en tête la Chine (81 prisonniers), le Vietnam (15), l'Arabie Saoudite (8) et Bahreïn (6) » explique l'Obs. Voir aussi cette liste des pays ennemis d'Internet selon RSF.

Grâce à son opération Collateral Freedom, RSF a aussi annoncé avoir  remis en ligne cinq sites censurés en Turquie, Turkménistan, Azerbaïdjan, Qatar et en Arabie saoudite.

RSF dénonce aussi l'opacité du réseau social Facebook qui en décembre dernier avait « bloqué la page du site ARA News, qui publie des informations sur la Syrie, l’Irak, la Turquie et le Moyen-Orient, pendant plusieurs jours et sans donner d’explication » dit Numerama.

En décembre dernier, RSF a annoncé que 74 journalistes avait été tués dans le monde en 2016 dans le cadre de leur profession.

Amnesty International a documenté « 55 pays où des personnes ont été arrêtées pour des manifestations pacifiques en ligne ». L'ONG s'est également associée pour cette journée à la société ProtonMail, fournisseur de messagerie cryptée et qui a lancé dernièrement un service sur Tor.

Actuellement au Cameroun, le pouvoir prive les anglophones d'un accès à Internet depuis le 19 janvier. Et 25 gouvernements ont coupé leur réseau internet ces dix dernières années selon l'ONG Access Now

Le 6 mars dernier s'est ouvert à Valence en Espagne l'Internet Freedom Festival avec comme slogan-manifeste « Unir nos forces pour combattre la censure et la surveillance » rapporte le journal Libération. Cet événement accueille près « de 1 300 participants avec 114 pays représentés, du Brésil au Vietnam, de la Suède à l’Afrique du Sud ».

A savoir que 47% des participants de ce festival étaient des femmes « coordinatrices, responsables et membres d'organisations qui luttent pour la défense de la sécurité et de la vie privée sur Internet » explique le journal espagnol El Diario.

Il y avait aussi le Nord-Coréen Jung Gwang-il qui fut arrêté, emprisonné et torturé par le régime de Pyongyang. En 2009, Gwang-il a commencé à graver sur DVD des films et émissions diffusés en Corée du Sud pour les faire passer au Nord avec comme objectif de casser le « lavage de cerveau » qu'y subit la population. Et maintenant avec son organisation « No Chain », il envoie ses contenus numériques avec des drones hélicoptères qui larguent des clés USB et des cartes SD : l'imagination au pouvoir contre la censure !

Étaient présents aussi des développeurs informatiques de projets comme Tails (un système d'exploitation basé sur Linux dont le but est de préserver votre vie privée et votre anonymat quand vous utilisez Internet) ou encore des militants d’Amnesty International, de Reporters sans frontières et de l'Electronic Frontier Foundation. Pour rappel, suite aux révélations du lanceur d'alerte Edward Snowden en 2013, EFF avait participé avec 84 ONGs à la campagne aux USA contre la surveillance massive « Stop Watching Us ».

Et d'ailleurs, la surveillance de masse fonctionne-t-elle ? Rien ou presque ne le prouve selon le rapporteur spécial de l'ONU pas convaincu de l'efficacité ni de la proportionnalité « de certaines des mesures extrêmement intrusives qui ont été introduites par les nouvelles lois de surveillance » comme celles votées en France. Il explique aussi que les enregistrements collectés en masse risquent notamment d'être « piratés par des gouvernements hostiles ou par le crime organisé ».  Et que si une partie du public soutient ces mesures, c'est que ces lois voulues par nos gouvernants sont avant tout « fondées sur la psychologie de la peur ». Et il conclut par cette belle formule : « Les droits de l'homme sont universels et la cyber-loi devrait exister non seulement pour protéger la vie privée, mais aussi pour protéger les droits fondamentaux de l'homme ». 

IFF IFF

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