Sipan Mouradian : avec les copains du Conservatoire en Arménie

Le jeune acteur français d’origine arménienne Sipan Mouradian n’a connu le pays de ses ancêtres qu’à l’âge de seize ans. Sorti du Conservatoire national supérieur d’art dramatique, il rêvait d’aller dans son pays avec un spectacle. Il en a parlé aux copains, aux parents, aux élus, à la communauté arménienne. Ainsi est né « Sareri Apin ». Et le voyage se profile...

Les draps, vêtements et rares accessoires que nécessite le spectacle Sareri Apin (Au bord des montagnes) sont disposés en petits tas formant un U renversé sur la scène du POC d’Alfortville, pour une représentation unique avant le départ des sept acteurs pour l’Arménie où le spectacle va se promener cet été de villes en villages dans le nord-est du pays.

A la fin du spectacle, l’acteur Sipan Mouradian, à l’initiative de cette aventure, tient à remercier tout le monde. Et la liste est longue, de la ville d’Alfortville aux associations arméniennes en passant par Seta Mouradian (sa mère) « pour sa nourriture, sa couture et m’avoir mis au monde » et les nombreux anonymes qui contribuent à la collecte toujours en cours (lien ci-dessous) pour financer les voyages et le séjour, les acteurs étant bénévoles. La lecture souvent cocasse de cette liste par l’acteur étrange (mi-lunaire, mi-barré) qu’est Sipan Mouradian était la seule longueur de la soirée, le spectacle lui-même, Sareri Apin, étant au contraire sans temps morts, gaîment fait de bric (l’histoire de Sipan lui-même) et surtout de broc (des légendes et contes arméniens) dans un melting-pot joyeux, joueur et constamment inventif.

Comme les autres acteurs, Sipan Mouradian sort du CNSAD (Conservatoire national supérieur d’art dramatique) dont l’avenir des actuels locaux est inquiétant. La ministre de la Culture qui ne lit pas les courriers de protestation et de proposition qu’elle reçoit semble décidée à vendre les locaux à la découpe lorsque le Conservatoire s’installera dans la Cité du théâtre porte de Clichy. Honteux, infâme ! Et sot, de surcroît.

Revenons à Sipan Mouradian et aux six acteurs qui l’accompagnent  pour le premier spectacle de sa compagnie D’en ce moment, fondée cette année et implantée à Alfortville. Quatre d’entre eux jouaient dans C’est la Phèdre (lire ici) des Bourlingueurs, spectacle créé au festival Effusions en Normandie (organisé par l’un des acteurs, Théo Chédeville) aux premiers jours de septembre dernier et qui fait partie des spectacles sélectionnés pour le Prix Impatience qui se déroulera en décembre 2018. Quatre étaient aussi dans Surtout ne vous inquiétez pas, spectacle de clowns fabriqué au Conservatoire puis programmé au théâtre Déjazet (lire ici), parmi eux se trouvait Jean Chevalier qui a depuis été engagé par le perspicace Eric Ruf à la Comédie-Française. C’est ce même Jean Chevalier qui est venu en ami faire un tour aux répétitions du  spectacle de Sipan Mouradian signé collectivement.

Outre pour partie les mêmes acteurs, on retrouve dans ces trois spectacles un esprit partagé et des envies communes : un théâtre qui ne se la joue pas, si je puis dire, un amour des textes autant que du jeu, une confiance dans l’inventivité des acteurs plus que dans le diktat d’un metteur en scène et un souci constant du public. Autant d’ingrédients qui participent aux fondements du théâtre populaire, estampille renommée (méfiez-vous des imitations).

Né à Maisons-Alfort , ayant grandi en partie à Alep (Syrie), Sipan Mouradian est allé pour la première fois dans le pays de ses ancêtres à l’âge de seize ans. Sorti du Conservatoire, il n’avait qu’une envie, c’était d’y retourner avec un spectacle conçu comme une offrande. Les représentations de Sareri Apin seront gratuites, elles se donneront sur des places de village, dans des gymnases, devant des monastères ainsi que dans des orphelinats. Le spectacle partant de l’imaginaire arménien l’aborde par le jeu souvent clownesque, la danse, la romance, le gag, le mime, autant de façon d’attiser la complicité du public. On peut penser qu’elle sera au rendez-vous. Un journal de bord et un film témoigneront de cette belle aventure qui se fraie une voie quelque part entre Peter Brook et Jean-François Sivadier.

Du 20 juillet au 6 août, à travers l’Arménie. Pour contribuer au voyage :

https://fr.ulule.com/theater-sareri/supporters/

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