A l’école, cote de confiance ou cote d’alerte ?

L’« école de la confiance » se construit –t-elle patiemment dans l’écoute et le respect, ou se réduit-elle à un slogan qu’une marche forcée vide de son sens ? Les organisations professionnelles et assemblées consultatives ont donné plutôt de signaux d’alerte à ce sujet en ce mois de décembre.

L’actualité récente met en lumière la tension entre le slogan de « l’école de la confiance »  - un projet de loi présenté en conseil des ministres le 5 décembre en livre la substance- et la pratique ministérielle.

Confiance avec les chefs d’établissement, dont la responsabilité fort imminente l’est encore plus lors de mouvements lycéens ? Le 18 décembre fera date dans ce domaine.  Les trois organisations représentatives de ces personnels (SNPDEN-UNSA, ID-FO, SGEN-CFDT) « s’insurgent unanimement contre l’annonce faite ce mardi 18 décembre 2018 en CAPN, qui plus est, après lecture de leurs déclarations liminaires, de la réduction du nombre de promotions à la Hors Classe qui, pour l’année 2019, passerait de 475 à 422.
Elles constatent qu’il s’agit là d’une rupture de confiance dans le cadre du dialogue social car le ministère ne tient pas les engagements antérieurement pris sur ce point avec nos organisations.
De plus, dans un contexte actuellement extrêmement difficile pour les personnels de direction, cette mesure prend par ailleurs un caractère totalement inacceptable. Dans ces conditions, l’ensemble des représentants des trois organisations syndicales représentatives prend conjointement la décision de quitter sur-le-champ la CAPN
[1]». Il s'agit d'une première historique dans l'histoire de la commission administrative paritaire nationale des personnels de direction : jamais tous les représentants nationaux de ces personnels n'avaient ensemble quitté une séance.

Confiance au sein du conseil supérieur de l’éducation (CSE) « représentant les personnels, les usagers et les partenaires de l'État dans l'action éducative[2] » ? Réuni également le 18 décembre, il a adopté un vœu demandant un moratoire sur la réforme du lycée et du baccalauréat par 49 voix pour ; 4 contre ; 2 abstentions et 2 refus de vote. Le SNES-FSU dénonce "des réformes travaillées dans l'urgence, imposées en dépit des alertes et objections formulées", le SE-UNSA « oscille entre accablement et frustration en constatant les conditions dans lesquelles nous serons contraints de débattre des contenus de formation du nouveau lycée », le SGEN CFDT  évoque une réforme « bâclée ».

Faudrait-il considérer, par anticipation de la future loi sur l’école de la confiance, que, ce faisant, les représentants des personnels de direction et de l’ensemble des personnels ne contribuent pas « à l’établissement du lien de confiance qui doit unir les élèves et leur famille au service public de l’éducation », et que, par conséquent, ils se rendent « coupables de faits portant atteinte à la réputation du service public [3]» ? Ou ne faudrait-il pas plutôt retenir ces signaux comme les symptômes d’une crise de confiance, déjà manifestée auparavant[4] ?

On se fiera à deux données récentes de ce mois de décembre pour trouver quelques éléments de réponse.

Si l’on en croit le Baromètre Flash actu de décembre 2018 du SE-UNSA[5], « pour 73% des personnels de l'éducation, le rythme des réformes est soutenu ou précipité. Cette proportion grandit auprès des enseignants (80%) et des cadres (83% chez les IEN, 86% chez les IA-IPR, 87% chez les personnels de direction). Cette crispation auprès des personnels chargés de la mise en œuvre montre la déconnexion entre le discours délivré par l'institution et son application ».

 Si l’on se rapporte aux résultats des élections professionnelles (terminées le 6 décembre, avec plus de 436000 votants sur un peu plus d’un million d’électeurs)[6], la FSU avec près de 35% des voix, le SE-UNSA avec plus de 21% des voix, FO avec plus de 13%, le SGEN-CFDT avec plus de 8% des suffrages ont la confiance d’une large majorité des personnels qui se sont exprimés.

Le ministère ne serait-il pas bien inspiré, s’il recherche vraiment à établir un climat de confiance, d’entendre leurs alertes et objections, leur accablement, leur crispation et leur frustration ?

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[1]http://www.snpden-rouen.net/?p=607

[2]http://www.education.gouv.fr/cid56490/les-organismes-consultatifs.html

[3]Voir notre précédent billet :

https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-veran/blog/171218/engagement-exemplarite-faire-confiance-aux-personnels-ou-les-corseter

[4]Voir notre billet du 5 novembre :

https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-veran/blog/051118/la-confiance-l-ecole-depuis-condorcet-de-quoi-parle-t

[5]Ce sont 12 194 personnels de l'éducation qui ont pu s'exprimer lors de ce Baromètre FlashActus, organisé du 30 octobre au 15 novembre 2018.

http://www.unsa-education.com/spip.php?article3704

[6]https://resultats.elections2018.education.gouv.fr/

 

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