Alleluia : "Neurotribus" (Steve Silberman) est chez votre libraire

La traduction du livre de Steve Silberman - "Neurotribes" - est en librairie ce 4 juin. Un souvenir personnel en relation avec le premier patient d'Hans Asperger.

Je suis passé (sans mon masque, horreur) chez mon libraire de proximité pour lui commander "Neurotribus" de Steve Silbermann, traduction de "Neurotribes", publiée par un éditeur suisse. Et à ma grande surprise, il me dit qu'il vient de le recevoir pour mise en vente demain 4 juin.

Comme ce sont des libraires sympas, je n'ai pas eu besoin de me rouler par terre ou de me prostituer pour l'acheter. Il a suffi que je le paye.

neurotribus
Vous trouverez des articles dans Steve Silberman : Je voulais essayer de changer le discours mondial sur l’autisme.

L'introduction est disponible ici : https://www.epflpress.org/produit/972/9782889153480/neurotribus.

Quand je suis arrivé au chapitre 3 : "Ce que savait Soeur Viktorine", je savais que ce chapitre allait parler d'Hans Asperger, qui s'appuyait sur cette damnée bonne sœur.

Gottfied K. entre à neuf ans et demi dans le service d'Asperger, et il va être suivi par Anni Weiss. Pour ceux qui ont suivi, c'est la future compagne de Georg Frankl. Et ces deux-là émigreront aux USA suite à l'Anchsluss pour échapper à l’antisémitisme. Léo Kanner les recrutent, et ils analyseront/évalueront Donald Triplett, le cas numéro 1 de Léo Kanner.

Pp.100-101, je tombe sur cette description du comportement de Gottfried :


"La relation complexe de Gottfried avec les règles et les attentes s’était notamment révélée à l'occasion d'un test d'association libre. Comme toujours, Weiss l'y avait préparé en lui présentant comme une sorte de jeu: « Ferme juste les yeux et dis-moi et qui te passe par la tête. Juste des mots, de simples noms communs ; ne te soucie pas de créer des phrases complètes. »

Voyant le garçon tenter de formuler des réponses conformes à ce qu'il pensait qu'on attendait de lui (avec lenteur et beaucoup d'hésitations, faisant de longues pauses entre chaque réponse), Weiss a rapidement compris qu'elle avait fait erreur en lu suggérant de se concentrer sur des noms communs. Il ne faisait aucune association libre ; il examinait mentalement chaque terme pour s'assurer que c'était bien un substantif avant de l'énoncer. I  était tellement concentré sur cette tâche qu'il oubliait sans cesse de fermer les yeux comme elle le lui avait demandé. A ce test, Gottfried a obtenu un score à peine moyen alors qu'il avait travaillé bien plus dur que la plupart de ses pairs. Mas Weiss était trop fine observatrice pour prendre le résultat médiocre du garçon pour argent comptant. «Nous ne devons pas tant nous intéresser au résultat (même s'il est moyen) qu'à la direction particulière qu'il a imprimée à sa performance au test», a-t-elle écrit. «Connaissant la manière de penser et d'agir de l'enfant, nous ne pouvons croire que ce choix soit le fruit du hasard. Nous savons à quel point les lois et les règles sont importantes pour son équilibre psychique. Il semble donc naturel qu'il s'y attache tout particulièrement. »

Elle a ensuite présenté au garçon une série d'images dans le désordre dépeignant la capture et le dressage d'un ours dansant, en lui demandant d'inventer une histoire correspondant aux illustrations et de les mettre dans l'ordre. La plupart des enfants s'amusaient avec ce test, convaincus qu'ils avaient une chance de découvrir ce qu'il était réellement advenu de l'ours. Gottfried, lui, s'est plaint de ne pas pouvoir ordonner correctement les images tant qu'on ne lui avait pas raconté l'histoire. «G. est incapable de se départir de son attitude logique », a observé Weiss. « Il peut identifier les éléments du récit, mais pas imaginer ce qui pourrait les relier entre eux. De nombreux enfants plus jeunes et plus simples d'esprit s'en sortent nettement mieux. Pour eux, les images sont immédiatement évocatrices, comme un conte de fées. Ils commencent à les interpréter sans se soucier de ce qu'elles représentent véritablement, ni des détails qu'il faut y ajouter.

Pour G. , en revanche, l'image est soit réelle en l'état, soit inintelligible.

Cette tendance au littéralisme dictait ses réponses dans presque tous les tests que Weiss lui faisait passer. Si elle lui demandait de rapporter une histoire qu'il venait de lire, Gottfried répétait le texte presque mot pour mot, sans embellir le récit au gré des fantaisies de son imagination.

Alors que l'épreuve se passait bien (Weiss a décrit son orthographe comme «particulièrement régulière»), il a fini par se préoccuper des règles de grammaire et de la présence d'un pli dans sa feuille. Il était extrêmement sensible aux détails que d'autres enfants ne percevaient pas et laissait souvent l'arbre lui cacher la forêt.

En déchiffrant son comportement, Weiss a compris pourquoi tant de personnes pensaient que le garçon était lent et stupide alors que sa grand-mère le savait très intelligent. Gottfried était en effet brillant, mais d'une manière qui ne répondait pas aux tests standardisés de la clinique. Le mois passé à la clinique a permis à Weiss de mieux le connaître. Elle a commencé à entrapercevoir le véritable enfant de neuf ans qui bataillait derrière le masque d'indignation qu'il affichait pour survivre à des situations sociales absurdes à ses yeux. Lorsqu'on lui demandait de comparer des paires de mots comme «buisson» et «arbre» ou «échelle» et «escalier», par exemple, il commençait toujours par répondre, de manière un peu hautaine : « Eh bien, bonté divine ! » Weiss, gênée au départ par cette expression, a fini par saisir que Gottfried ne cherchait pas à lui manquer de respect. L'exercice de comparaison entre des échelles et des escaliers lui semblait tout simplement inutile.

Gottfried, bien que précoce, ignorait apparemment nombre de choses que la plupart des enfants savent d'instinct. Il voyait clair dans les politesses de façade et les jeux sociaux qui se déroulaient autour de lui, mais il ne savait pas comment les tourner à son avantage."


Je retrouve tellement ma fille.

La petite section de maternelle, çà allait. Peut-être aussi la grande section puisqu'elle était habile pour lire. Mais dès la moyenne section, il y avait l'injonction de la médecine scolaire que la mère devait se soigner.

Comme elle était née un 22 mars, c'était normal qu'elle fasse un sit-in le premier jour de la rentrée en primaire [22 mars 368, Nanterre, Cohn Bendit etc ...].

Après son intervention en 2005 - avec Georges Huard - dans une conférence de l'association Asperansa, les langues se sont déliées.

Les instits ont dit à ce moment là combien elle avait été "difficile", "hors normes".

Le dernier instit du primaire était réputé pour ses compétences pédagogiques. Et il n'arrivait pas à comprendre comment Lila, qui l'étonnait sans cesse par ses compétences, rendait des copies blanches lorsqu'il s'agissait d'écrire à partir d'un dessin de visage censé montré une émotion.

C'est pour cela que je retrouve Lila dans Gottfried K.


Dossier Hans Asperger et le nazisme

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