Justice 36 : les personnes autistes victimes de violences

Revue de différentes violences dont sont victimes les personnes autistes : le harcèlement surtout scolaire, les agressions sexuelles, les violences policières, la maltraitance en institution, les meurtres par des parents.

Dans un post précédent, je répercutais un document de l'ASAN suivant lequel "les personnes handicapées en général sont 2,5 fois plus susceptibles d'être victimes d'un crime violent, comme un vol ou une agression sexuelle."

En y réfléchissant, j'ai pensé à plusieurs types de situations - non exhaustifs et non classés par ordre d'importance :

  1. le harcèlement surtout scolaire
  2. les agressions sexuelles
  3. les violences policières
  4. la maltraitance en institution
  5. les meurtres par des parents

Marques de coup © yanous Marques de coup © yanous
Le harcèlement est très peu réprimé. Que ce soit à l'école ou au travail, il faut la plupart du temps changer d'école, de service ou d'employeur. Les harceleurs arrivent à faire jouer l'effet de groupe et transforment la victime de harcèlement en harceleur présumé.

La personne autiste aura du mal à se confier. Voir Pourquoi il est impératif d'interroger les adolescents autistes sur le harcèlement.


"Le collège sera pour Lila une torture au point de vue relationnel. L'arrivée en 6ème est particulièrement terrible, ce ne sera que le commencement d'un harcèlement qui durera, avec des variations, jusqu'à la terminale. Exemples : on essaie de lui enflammer les cheveux, de lui percer les mains avec crayons ou compas … bref, de la pousser à bout. Elle ne se plaint qu'exceptionnellement, et encore, il faut lui arracher les mots de la bouche. Par contre elle m'a avoué depuis, que son fantasme, à l'époque, était de faire tomber ses « tortionnaires » dans les escaliers." (témoignage)

Les agressions sexuelles et viols sont désormais pris en compte, notamment grâce à l'action de l'AFFA (association francophone des femmes autistes). Il ne faut pas oublier pour autant que les hommes autistes (majoritaires) peuvent être l'objet d'agressions sexuelles, que ce soit du fait d'hommes ou de femmes.

Dans le cadre de ce dossier "Justice et autisme", j'ai publié des documents sur le sujet des violences policières.

Un exemple épouvantable de maltraitance en institution est récemment connu, parce qu'il a été filmé, alors que jusqu'à présent, la difficulté de communication des résidents avait entravé toute poursuite malgré les signes physiques de la maltraitance (bleus, fractures etc). Malgré mes réticences initiales, j'en arrive à penser que la présence de caméras de surveillance dans les établissements seraient un progrès. Et comme dirait un interlocuteur, le degré de "panne" des caméras serait un indicateur "significatif".

Le juge avait dit : "voilà le problème avec vos enfants, ils ne parlent pas normalement, ne répondent pas forcément à la question qu’on pose. C’est pour cela que les plaintes n’aboutissent pas, à cause de leur parole, leur élocution. "

En ce qui concerne les meurtres de personnes autistes par un parent, c'est un sujet difficile à aborder. Je suis parent, et je n'ai jamais eu à me poser ce genre de question. Je pense que nous sommes un peu dans une situation proche de celle des "drames passionnels", qui étaient la classification par la presse des meurtres par conjoint.


Le meurtre de Charles-Antoine Blais Lundi, 6 Novembre, 2006 - Michelle Dawson

Charles-Antoine Blais a été tué à Montreal il y a 10 ans aujourd'hui. Il avait 6 ans. Il avait été diagnostiqué autiste lorsqu'il avait 5 ans.

Il fut tenu fermement sous l'eau et noyé dans la baignoire par sa mère, Danielle Blais. Elle fut accusée de meurtre au premier degré, Puis cela fut réduit à une accusation moins forte, pour laquelle elle plaida coupable.

Le meurtre de Charles-Antoine reçut une importance couverture médiatique. Les associations officielles en charge de l'autisme de Montréal et d'ailleurs s'exprimèrent partout. Elles voulaient que tout le monde sache combien il est dévastateur d'avoir un enfant autiste, et combien il est compréhensible qu'un parent puisse aller jusqu'à tuer un tel enfant. Elles disaient que la vie de Danielle Blais avait été un cauchemar et qu'il était injuste de la punir.

Des parents d'enfants autistes arrosèrent Mme Blais de lettres de soutien. Ils collectèrent de l'argent pour Mme Blais. Ils organisèrent une manifestation pour la soutenir et pour demander la mise au point d'un traitement spécifique de l'autisme, nombreux prétendant que c'était le seul moyen d'empêcher que d'avantage d'enfants autistes soient tués par leurs parents. Carmen Lahaie, Présidente de la société de Montréal de l'autisme, déclara dans les médias que Charles-Antoine était "heureux maintenant" qu'il était mort. les médias publièrent de nombreuses histoires sur la "tragédie" de l'autisme. aux informations, il fut annoncé que les parents d'enfants autistes voulaient Mme Blais pour les représenter.

A la cour, Mme Lahaie témoigna en faveur de Mrs Blais. Selon le jugement signé par la juge Jean B. Falerdeau, Mme Lahaie

...expliqua combien c'est un fardeau pour les parents de prendre soin d'un enfant autiste...

Aussi, Mme Lahaie

...voudrait engager l'accusée 21 heures par semaine à la fondation de la Société de l'autisme, quand l'accusée serait libérée.

Dans son résumé des preuves, lajuge Falerdeau écrit à propos de Mme Blais,

...elle ne voulait pas laisser son fils tout seul ou imposer à d'autres le fardeau de prendre soin d'un enfant autiste.

Dans son examen de la jurisprudence, il écrit à propos de Mme Blais qu'elle

...pourrait être employée à aider les parents d'enfants autistes.

Et dans son énonciation de la sentence, elle écrivit:

Il est clair que l'accusée ne représente pas un danger pour la société; elle pourrait travailler et même aider les parents d'enfants autistes.

Lors de l'été 1997, Mme Blais fut condamnée non pas à la prison, mais à passer un an dans un centre communautaire résidentiel, et elle fut employée en représentation - en quelque sorte un modèle - par la société de l'autisme de Montréal, comme promis par Mme Lahaie.

Quand j'entendis ceci aux informations nationales, estomaquée, je téléphonai à Mme Lahaie. Qu'est-ce-que vous faites, lui demandai-je. Elle répondit, vous ne pouvez pas comprendre, nos enfants ont ruinés nos vies.

En 2003, j'ai paré avec la juge Falerdeau, et avec les deux avocats impliqués dans cette affaire. Il était clair que la décision de la juge Falerdeau était basée sur l'évidence mise en place avant lui. Il n'a même pas été envisagé que le fait d'avoir un enfant autiste puisse être quoi que ce soit de moins que dévastateur. Il n'a même pas été envisagé que Charles-Antoine ait pu être quoi que ce soit d'autre que le fardeau décrit par la Présidente de la société de Montréal de l'autisme. Chacun voyait Charles-Antoine comme un fardeau. Personne ne mit en question cela. Et dans les médias, Mme Lahaie laissa entendre qu'il était mieux mort  - heureux d'être assassiné.

J'ai pensé à la vie et la mort de Charles-Antoine Blais chaque jour depuis le jour de son assassinat. J'ai honte de ne pas m'être à l'époque d'avantage exprimée sur le sujet que je ne l'ai fait. Je n'étais alors pas habituée à la défense du droit des autistes. Je pensais : et si ils avaient raison? Ils étaient en charge, après tout, de prendre toutes les décisions, de décider de notre futur. Ils étaient les autorités, les gens que vous devez aller voir, si vous êtes autiste et avez besoin d'aide et d'informations. Je ne connaissais aucune autre personne autiste, en 1996 et 1997. Il devait encore s'écouler beaucoup d'années avant que j'aille sur internet et découvre que je n'étais pas la seule personne qui pensait que ce qui s'était passé était horriblement injuste.

Charles-Antoine Blais aurait 16 ans aujourd'hui, si il n'avait pas été vu comme un fardeau et tué. Je n'ai jamais trouvé une photo de lui, à part une dans La Presse de son corps emmené hors de sa maison, dans sa ville, là où sa vie fut dévaluée et où elle lui fut enlevée. Dix ans après son assassinat , les autistes sont toujours quotidiennement décrits comme dévastateurs et comme fardeaux, y-compris par nos dirigeants politiques.

La mémoire de Charles-Antoine Blais n'a pas été respectée.

Posté par Michelle Dawson à 1:04 du matin (traduction par Ole Ferme l'oeil revue)


Meurtres d'Autistes

C'est la page la plus difficile à écrire de tout mon site. La raison pour laquelle c'est difficile est que ces atrocités arrivent toujours de nos jours - des autistes sont tués juste parce qu'ils sont autistes. J'en suis attristé, mais ces pages seront difficiles à lire pour tous ceux qui ont du respect pour la vie des autistes. Il n'y atout simplement aucun moyen de présenter ce sujet sans causer de la douleur - tout spécialement pour ceux qui peuvent s'identifier à ces morts. Mais ce sujet doit être abordé, et je dois écrire à ce propos, dans l'espoir que ne serait-ce qu'un meurtre sera évité grâce aux mots écrits ici. suite

Joël Smith

Pour Mike et Katie McCarron

Je voudrais dire quelque-chose à propos de Katie. Certains journaux ont rapportés que cela a été fait pour abréger la souffrance de Katie; Laissez moi vous assurer que “Katie n'était pas en état de souffrance”. Elle était une belle, précieuse et heureuse petite fille. Chaque jour elle était couverte d'amour et répondait à cet amour avec des câlins des baisers et des rires. Katie aimait la musique; elle prononçait quelques mots d'une chanson enfantine tandis que ma femme chantait en duo avec le CD qu'elles avaient mis en route, leur propre version d'un “karaoké” . Elle aimait danser, elle aimait faire le “hooky poky”. Elle aimait être entourée de fleurs et d'herbe haute. Elle disait “j'aime l'herbe”. Elle aimait le zoo et grâce à de nombreuses fiches et exercices elle pouvait identifier les animaux. Ce qui, je trouve était assez étonnant pour un si jeune enfant. Elle était aussi le seul enfant de son groupe de jeu non-autiste qui pouvait identifier un octogone. Ma femme et mon fils ont organisé une fête pour elle le jour où ils ont entendus cela de l'enseignant(e). suite

France, préfères-tu nous entendre vivants ou nous comprendre morts ?

Catherine Dupont Le Calvé, parent des Yvelines


Dossier justice et police

Sensibilisation aux violences sexuelles et à leurs conséquences psycho-traumatiques © Asperansa autisme Asperger
Conférence de Marie Rabatel (AFFA)

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