Dossier Justice 13 : Violence policière à l'égard des personnes handicapées

Exemples de violences policières concernant des personnes autistes et analyse par une association des USA.

 Traduction d'un extrait d'un document de l'ASAN : Autism and Safety Toolkit:Research Overview on Autism and Safety (pp 5-16)

La question des confrontations entre personnes handicapées et les forces de l'ordre (police ou gendarmerie) se pose dans des contextes différents suivant les pays. Ce document de l'ASAN, association américaine de personnes autistes, permet d'en faire une revue.

Il y a eu récemment Iyad Al-Hallaq, jeune Palestinien autiste tué par les forces israéliennes :

  • Samedi 30 mai, Iyad Al-Hallaq sort de chez lui, tôt. De la maison de ses parents au centre spécialisé où il est accueilli chaque jour, le trajet est court, il le connaît bien, il a longtemps hésité avant de parvenir à le faire seul. Le jeune Palestinien arrive et prépare la cuisine avant les premières activités du matin. Il sort jeter les poubelles. A ce moment-là, les gardes-frontières israéliens tirent une première fois et le blessent. Ils diront plus tard avoir cru qu’il était armé.
  • « Pendant cinq minutes, Iyad gît sur le sol, blessé. Et son accompagnatrice crie aux soldats de ne pas lui tirer dessus car il est handicapé. Et après cinq minutes, un temps interminable qui leur laisse tout le loisir de réfléchir, ils tirent », raconte au Monde son cousin, Tareq Akash, choisissant avec précaution ses mots pour cacher son émotion. Juste avant de mourir, le jeune autiste articule une phrase, extrême effort pour lui qui parle peu. « Je suis avec elle », dit-il, désignant son accompagnatrice. « Ça n’a pas suffi. Notre vie ne vaut rien à leurs yeux », glisse Tareq Akash. Son regard se brouille puis il se tourne discrètement.
  • « Iyad était innocent. L’âme et le cerveau d’un enfant, dans un corps de jeune homme », poursuit-il. Le jeune autiste avait beaucoup progressé ces dernières années. Il s’habillait seul désormais, il était coquet. « Les jours de repos, il allait acheter des kaaks, des pâtisseries au sésame de Jérusalem, à ses parents », se souvient-il.

Il y avait eu Serge Partouche à Marseille (Libération 27/09/2011 - .23/09/2014 - 4/11/2014 - Le Monde 23/09/2014)

Pendant la période de confinement, Amélie Tsaag Varlen a témoigné que çà ne changeait pas tellement. Elle a cependant exprimé dans un post Facebook du 1er mai ses craintes et celles de bien de ses pairs autistes :

"Depuis le confinement, nous voyons fleurir une multitude de "ressources" prétendant nous aider à "aller mieux" durant cette sombre période.

Difficile de dresser la liste des organismes d'Etat ou de leurs subordonnés qui, subitement, se préoccupent de notre sort de pauvres autistes confinés en usant de l'impératif et de la première personne : GNCRA et différents CRA, Fondation Fondamental, Autisme info service, la liste est très, très longue.

Point commun entre ces ressources ?

Elles s'appuient sur une version d'Etat (j'ai censuré le mot "propagande") visant à faire croire que la grande majorité des personnes autistes souffriraient du confinement, vont souffrir du déconfinement, d'où le besoin urgent de manuels infantilisants pour les aider. Sophie Cluzel assène, mot pour mot, que le confinement "aggrave les troubles ou altère la santé mentale" des personnes autistes...

Cette version d'Etat ne correspond en rien aux retours de terrain. Variés, certes, mais une majorité de personnes autistes s'adaptent bien, voire très bien au confinement... appréciant de ne plus être sur-sollicitées (voir notamment : https://www.liberation.fr/…/ralentir-ce-que-dit-le-confinem… ).

Pour que les services d'Etat puissent passer pour des bienfaiteurs, il faut que nous souffrions terriblement de causes extérieures (le COVID-19), de "notre autisme", surtout pas de causes relevant de la politique intérieure (la politique handicap, le productivisme, les contrôles policiers...).

Pas un mot sur les brutalités des contrôles policiers, problème principal rencontré par mes amis autistes et moi-même, nombreux à ne plus oser sortir du domicile par peur d'un contrôle qui déraperait.

Si nous vivons mal le confinement, ce n'est pas parce que nous aurions des "troubles psys", mais bien parce que nous craignons d'être tabassés par la police française, ce, en raison de nos bizarreries, de notre manière de bouger, de marcher, de notre élocution (ou non-élocution)... Avoir peur d'être tabassés par ceux qui ont, pendant des mois, éborgné les citoyens de notre propre pays, me semble plutôt signe d'une bonne santé mentale.

AUCUNE des ressources d'Etat spécial autisme, ou assimilées, n'aborde le problème des brutalités et injustices policières. Ce alors que nous en entendons parler, entre nous, tous les jours. Depuis les amendes dressées pour de faux motifs (panique durant le contrôle ; impossibilité de retrouver le ticket de caisse des courses ; ignorance de l'autorisation de sortie supplémentaire accordée aux personnes handicapées ; assimilation du comportement d'un adolescent autiste à du manque de respect, et j'en passe un paquet) jusqu'aux dénonciations anonymes de voisins, enjoignant de "faire taire" des enfants autistes trop bruyants, sous peine de... débarquement policier.

Encore une fois, j'ai censuré le mot "propagande" (d'Etat), mais il me démange de l'utiliser..."


Violence policière à l'égard des personnes handicapées

Points clés

  • La plupart des données officielles sur l'usage de la force par les forces de l'ordre ne sont pas très fiables. Nous avons utilisé des données provenant de sources médiatiques et de chercheurs. La plupart des données que nous avons trouvées concernent des tirs mortels d'agents de police sur des personnes handicapées.

  • La police fait souvent un usage excessif de la force contre les personnes handicapées. Les personnes handicapées sont également plus susceptibles d'être tuées par la police. Cette tendance est particulièrement prononcée pour les personnes handicapées mentales et les personnes de couleur handicapées.

  • Lorsqu'une personne handicapée a une confrontation mortelle ou violente avec la police, les médias rejettent d'abord la responsabilité sur le handicap de la personne plutôt que sur le ou les agents qui lui ont fait du mal.

  • La violence policière est alimentée par la militarisation des forces de police et la dépendance excessive des gouvernements locaux à l'égard de la police au détriment d'autres services. Cette dépendance excessive se traduit par des budgets disproportionnés par rapport aux autres dépenses de la ville.

  • Des militants de tout le pays apportent leur soutien aux campagnes nationales de responsabilisation de la police, telles que le mouvement Black Lives Matter, le mouvement Campaign Zero, le travail du Center for Popular Democracy et les campagnes locales de responsabilisation de la police. Ces campagnes organisent leur mouvement de protestation à la base, fournissent des informations sur l'absence de responsabilité de la police et la poursuite de politiques qui réduisent le risque de violence policière. Ces campagnes peuvent également inclure des campagnes de budgétisation participative, par lesquelles les membres d'une communauté obtiennent le contrôle d'une partie du budget de leur communauté et décident de la manière dont il est dépensé.

  • Les enfants handicapés, en particulier les enfants de couleur, sont renvoyés aux forces de l'ordre ou arrêtés à l'école dans des proportions disproportionnées. Ce phénomène, appelé "pipeline de l'école à la prison", constitue une menace pour le bien-être scolaire et social des enfants handicapés.

De nombreux auto-représentants autistes et défenseurs des droits des parents s'inquiètent des interactions entre les personnes handicapées et la police. Voici quelques-unes des choses que les auto-intervenants et les parents défenseurs ont dit dans nos enquêtes sur la sécurité.

  • Un auto-représentant autiste a subi "des coups et blessures, le refus de me faire accompagner d'un interprète ou de me menotter devant, la confiscation d'un appareil médical, un vol, des menaces violentes supplémentaires de recourir au Taser alors que j'étais déjà menotté et un harcèlement téléphonique".
  • Un défenseur des droits des parents s'inquiète des interactions potentielles entre la police et son fils : "Le fait qu'il ne se conforme pas à la loi leur fera croire qu'il résiste et ils pourraient le tuer ou le blesser. Il peut devenir agressif à cause d'une surcharge sensorielle ou de la peur et ils lui feront du mal".
  • "J'aurais très peur avec la police même si mon enfant n'était pas handicapé. La formation n'a pas été efficace car les policiers ont été formés à Miami lorsque l'aide-soignante a été abattue avec [Arnaldo Rios-Soto]. Ou lorsqu'ils tazent et tuent des malades mentaux. Ou lorsqu'ils retiennent les handicapés jusqu'à ce qu'ils meurent".

Ils ont de bonnes raisons d'être inquiets. Il existe un modèle de violence policière excessive envers les personnes handicapées, en particulier les personnes de couleur handicapées.

Il existe très peu d'études sur la violence policière contre des groupes de personnes spécifiques, comme les personnes handicapées. La plupart des informations dont nous disposons proviennent de cas spécifiques ou d'incidents rapportés dans les nouvelles nationales ou locales. Les services de police nationaux et locaux ne signalent pas tous les incidents dans lesquels ils ont fait usage de la force contre une personne handicapée.

Lorsque nous disposons de données fiables, il est plus fréquent de faire état de victimes souffrant de troubles de santé mentale que de victimes souffrant de troubles cognitifs et de développement. Il est toutefois probable qu'un certain nombre de personnes incluses dans ces données soient autistes. De nombreuses personnes autistes souffrent de troubles de santé mentale, notamment de TDAH, de troubles anxieux, de dépression et autres. (...)

Études de journalistes

  • Sarah, auto-représentante autiste : "Je me censure parfois. J'évite. Je n'aime pas la police, surtout de nos jours".

Des journalistes ont fait des études qui permettent de suivre les personnes qui ont été tuées par les forces de l'ordre.

The Guardian

L'étude du Guardian intitulée "The Counted" comprend une base de données de toutes les personnes qui ont été tuées par les forces de l'ordre aux États-Unis, que le Guardian a pu confirmer  :
(...)
Le 31 décembre 2015, The Guardian a constaté que 246 personnes, soit 1 personne sur 5 tuée par les forces de l'ordre en 2015, avaient soit un handicap mental connu, soit que la santé mentale de la personne était d'une manière ou d'une autre impliquée dans la prise de risque. Le 8 janvier 2017, The Guardian a constaté qu'une personne sur 5 tuée par les forces de l'ordre en 2016 avait soit un handicap mental, soit une crise de santé mentale au moment de sa mort .

Fatal Force

Le projet Fatal Force du Washington Post, similaire à The Guardian's The Counted, garde une trace de chaque fusillade en application de la loi qui se produit au cours d'une année donnée :
(...)
En date du 9 octobre 2017, le Washington Post a constaté que 768 personnes avaient été tuées par les forces de l'ordre et qu'un décès sur quatre était lié à un handicap mental .Il est probable que certains des morts souffraient de troubles du développement.

La Fondation Ruderman

Le Livre blanc de la Fondation Ruderman de mars 2016, sur la couverture médiatique du recours à la force par les forces de l'ordre et du handicap, émet l'hypothèse qu'un tiers à la moitié de tous les incidents de violence policière enregistrés entre 2013 et 2015 impliquent une forme de handicap. La plupart des incidents cités par Ruderman soit ne mentionnent pas le handicap de la victime, soit minimisent son handicap. Par exemple, selon Ruderman, Eric Garner, un homme de New York qui a été tué en 2014 par un policier qui l'a étranglé, souffrait d'apnée grave du sommeil, de diabète et d'asthme. Ces handicaps peuvent avoir contribué à sa mort. Néanmoins, dans la couverture médiatique de sa fusillade, les handicaps d'Eric Garner ont été minimisés.

Lorsque la victime souffre d'un handicap développemental, les médias laissent parfois entendre que le handicap de la victime était à l'origine de l'agression. Ethan Saylor, par exemple, était un jeune homme atteint du syndrome de Down qui a été tué par des policiers dans le Maryland après avoir tenté de retourner dans un cinéma sans avoir acheté un autre billet. La première couverture médiatique du cas d'Ethan Saylor a laissé entendre que son handicap était à l'origine de cette affaire et qu'il s'agissait d'un "accident tragique". Dans un autre cas, Reginald "Neli" Latson, un homme autiste de Virginie, a été atteint d'un pistolet à impulsion électrique et arrêté après qu'un policier l'ait interpellé alors qu'il était assis devant une bibliothèque. L'article de 2011 du Washington Post décrit cette situation comme une manifestation du soi-disant "côté sombre" de l'autisme. Cela stigmatise les personnes autistes et nous rend responsables de la violence que nous subissons.

Études portant sur une seule région

Il y a eu quelques études portant sur une seule région et portant sur des services de police spécifiques. Une analyse des fusillades impliquant des policiers, réalisée par le bureau du procureur du district de San Diego, a révélé que 81 % de toutes les personnes impliquées dans une fusillade policière à San Diego souffraient de troubles liés à la consommation de substances toxiques ou d'un handicap mental. En 2014, le ministère de la Justice a constaté que le service de police d'Albuquerque, au Nouveau-Mexique, avait fait un usage déraisonnable et excessif de la force et qu'un grand nombre des incidents de recours excessif à la force impliquaient des personnes souffrant de troubles mentaux.

Campagnes nationales sur la responsabilité de la police

Les défenseurs ont créé des organisations, des coalitions et des campagnes visant à réduire la violence policière excessive envers les communautés de couleur, y compris les personnes de couleur autistes et les autres personnes de couleur handicapées. Certaines de ces organisations sont locales et travaillent à mettre fin aux violences policières excessives dans des villes ou municipalités particulières. Certaines d'entre elles sont des organisations nationales. Funders for Justice a créé une liste de ces organisations, tant nationales que locales, sur son site web.

Cette section décrit quelques-unes de ces organisations et leurs priorités. Nous décrivons également les boîtes à outils et autres ressources importantes produites par certaines de ces organisations. On est loin d'une liste exhaustive de toutes les organisations ou d'une description complète du travail important qu'elles accomplissent. Des informations sur la manière de s'impliquer davantage dans ces mouvements sont disponibles dans les sections "Auto-intervenants" et "Membres de la famille" de notre boîte à outils.

Le mouvement Black Lives Matter
Le Black Lives Matter Global Network est une organisation qui s'efforce de mettre fin à la violence et au racisme systémique à l'encontre des personnes noires dans le monde entier (...)

Campagne Zéro

La Campagne Zéro a été fondée en 2015 par des membres de l'organisation We The Protesters.Les objectifs de la Campagne Zéro, comme indiqué sur son site web, sont de "mettre en œuvre les changements politiques appropriés pour mettre fin aux fusillades et autres formes de violence policière aux États-Unis". La Campagne Zéro propose d'y parvenir en préconisant un ensemble complet de politiques qui voudraient :

  • Mettre fin à la "police de la vitre cassée", ou à la politique menée depuis des décennies qui consiste à poursuivre des personnes pour des délits mineurs tels que le fait de dormir dans un parc, de troubler la paix, de flâner ou de posséder de la marijuana. Ces politiques conduisent à la sur-criminalisation des personnes de couleur et des personnes souffrant de troubles mentaux.
  • Établir des procédures de protection importantes qui empêchent la police de profiler et de fouiller les personnes de couleur, les personnes handicapées, les immigrants et les minorités religieuses simplement parce qu'elles ont l'air "suspectes".
  • Créer des équipes d'intervention en santé mentale et d'autres intervenants en cas de crise pour servir les personnes qui sont en pleine crise de santé mentale. Ces équipes constituent une alternative aux agents de police, qui ne sont pas formés pour intervenir en matière de santé mentale et qui réagissent souvent de manière dangereuse.
  • Établir une surveillance civile de la conduite de la police, y compris des bureaux d'enquête indépendants qui peuvent recevoir des plaintes pour violence policière ou usage excessif de la force. Ces bureaux auraient le pouvoir d'enquêter sur les incidents et de faire des recommandations disciplinaires au chef de la police de la ville.
  • Réécrire les lois régissant l'usage de la force meurtrière par la police, afin de restreindre l'usage de la force meurtrière uniquement dans les situations les plus extrêmes et les plus menaçantes.
  • Créer et faciliter le recours à des procureurs indépendants lorsque les policiers font un usage illégal de la force, par exemple par le biais des enquêtes du ministère de la justice sur les droits civils ou par la création d'un bureau de procureur indépendant au niveau de l'État.
  • Augmenter le nombre de policiers de couleur et de policiers handicapés.
  • Exiger que la police utilise des caméras placées sur le corps et interdire aux agents de police d'empêcher une personne d'enregistrer ses interactions avec la police.
  • Investir dans des formations efficaces pour les officiers de police sur la manière de désamorcer les situations dangereuses, de combattre les préjugés implicites et d'approcher une personne en crise de santé mentale.
  • Interdire à la police de confisquer les biens des personnes qu'elle arrête et limiter les pratiques dans lesquelles la police exige des personnes à faibles revenus qu'elles paient des amendes coûteuses pour des délits mineurs de circulation et de conduite ;
  • Démilitariser la police ; et enfin
  • Supprimer les obstacles à la surveillance civile fédérale, étatique et locale du comportement de la police, y compris les accords syndicaux injustes conclus par les policiers. (...)

Projet national de responsabilisation de la police

Le National Police Accountability Project est une organisation à but non lucratif qui regroupe des avocats, des juristes à but non lucratif, des assistants juridiques et d'autres défenseurs qui luttent contre l'usage excessif de la force par la police.(...)

Boîte à outils sur la justice et la police du Center for Popular Democracy

Le Center for Popular Democracy est une organisation qui se consacre à la création de partenariats entre des organisations de défense qui font avancer un programme de justice économique, raciale, pro-travailleurs et pro-immigrants.(...)
Les interdictions de profilage seraient des révisions des lois, des règlements et de la formation de la police en vigueur dans les États qui interdisent aux agents de police d'arrêter, d'interpeller ou de profiler de toute autre manière des civils sur la base de leur race, de leur origine ethnique, de leur religion apparente ou réelle et de leur statut d'immigrant. Nous suggérons également des interdictions similaires de tout profilage basé sur le handicap réel ou perçu de la personne, en l'absence d'autres signes indiquant qu'une personne peut être une menace immédiate pour elle-même ou pour autrui. Le Center for Popular Democracy prend comme exemple le travail de Communities United for Police Reform, qui a fait pression avec succès pour l'adoption d'une législation à New York qui interdit le profilage policier basé sur la race, l'ethnicité, l'âge, le statut de logement, le handicap, l'orientation sexuelle et plusieurs autres caractéristiques personnelles essentielles et permanentes.

Law for Black Lives

Law for Black Lives, le Centre pour la démocratie populaire et le Projet 100 pour la jeunesse noire ont publié conjointement un rapport intitulé Liberté de s'épanouir : Reimagining Safety and Security in Our Communities. (...)

La police dans les écoles, le "pipeline" de l'école à la prison et les enfants handicapés

Le pipeline entre l'école et la prison est un phénomène dans lequel les jeunes de couleur, en particulier les jeunes de couleur handicapés, sont sévèrement sanctionnés par le personnel scolaire et font l'objet de mesures disciplinaires et de renvois au système de justice pénale à des taux disproportionnés.Par exemple, les élèves noirs sont trois fois plus susceptibles d'être suspendus que les élèves blancs, et les élèves handicapés sont plus susceptibles d'être suspendus que les élèves non handicapés.Les élèves noirs représentent 16% du corps scolaire américain, mais constituent 27% des élèves renvoyés aux forces de l'ordre et 31% des élèves qui ont été arrêtés à l'école.

Certains des facteurs suivants peuvent contribuer au pipeline école-prison : (a) les "politiques de tolérance zéro" utilisées par les districts scolaires ; (b) la criminalisation des violations mineures des règles scolaires précédemment traitées par le système de discipline scolaire ; (c) les besoins non satisfaits en matière de comportement et de santé mentale de nombreux élèves handicapés dans les écoles ; (d) le manque de prise en compte de ces besoins par le personnel scolaire et les agents de ressources scolaires (SRO) (policiers stationnés dans les écoles) ; et (e) la latitude des SRO pour arrêter, interroger et fouiller les élèves selon des normes moins strictes que celles qui s'appliquent aux citoyens ordinaires.

Les élèves handicapés sont plus susceptibles d'être victimes du pipeline de l'école à la prison. Amanda Merkwae (2015) a déterminé, à partir des données du ministère de l'éducation, que les élèves afro-américains handicapés avaient une probabilité disproportionnée d'être arrêtés, par rapport au nombre de ces élèves dans le corps scolaire.

Les personnes autistes, en particulier les personnes autistes de couleur, ont été spécifiquement touchées par le pipeline "de l'école à la prison". Merkwae commence son analyse du phénomène en nous présentant un enfant autiste noir de dix ans qui a été arrêté pour avoir "fait des siennes en classe" et avoir grimpé à un arbre. Une autre affaire concernait Kayleb Moon-Robinson, un garçon autiste de onze ans qui a été accusé d'un crime pour s'être battu contre un agent de ressources scolaires d'une taille au moins deux fois supérieure à la sienne, comme on le voit dans la section consacrée aux cas spécifiques.

Nous recommandons aux personnes handicapées et à leurs familles de lutter contre le pipeline école-prison en s'associant à des organisations de défense axées sur la police et la réforme scolaire. Pour plus d'informations sur les moyens de le faire, veuillez vous référer à nos sections "Défenseur des droits des personnes handicapées" et "Membres de la famille".

Cas spécifiques

Comme l'illustrent les exemples suivants, lorsque la police fait un usage excessif de la force sur une personne handicapée, il y a souvent un croisement entre la race, la classe sociale et le handicap. En fait, dans nombre de ces exemples, la police a fait usage d'une force excessive en réponse à un comportement causé par un handicap.

Teresa Sheehan

L'affaire : En 2008, Teresa Sheehan, 57 ans, a été abattue de plusieurs balles par des policiers. Ses assistants sociaux avaient appelé le 911 pour demander un examen d'urgence de santé mentale. La police est arrivée, et Mme Sheehan s'est retirée dans son appartement et a refusé de les laisser entrer.

Au lieu d'attendre l'arrivée de l'équipe de crise formée en matière de santé mentale, la police a tenté de pénétrer de force dans son appartement. La situation s'est aggravée et la police a tiré sur Mme Sheehan. Mme Sheehan a survécu à l'attaque, mais a été gravement blessée et a dû subir de multiples remplacements de hanche.

Sheehan a intenté un procès à la ville pour obtenir des dommages-intérêts, arguant que le fait que le service de police de la ville n'ait pas tenu compte de son handicap constituait une violation du titre II de la loi sur les Américains handicapés (ADA), et que l'entrée dans son domicile violait le quatrième amendement. L'affaire a fait l'objet d'un appel jusqu'à la Cour suprême des États-Unis, qui l'a entendue en 2015.

La Cour suprême ne s'est pas prononcée sur la question de l'ADA en raison de vices de procédure, mais elle a statué que l'intrusion indésirable dans la maison de Mme Sheehan ne violait pas le quatrième amendement.

Ce que montre cette affaire : Une femme souffrant d'un handicap important a été blessée en raison d'un comportement essentiellement lié à son handicap, et pourtant la police n'a pas tenu compte de son handicap.

Arnaldo Eliud Rios Soto et Charles Kinsey

L'affaire : Arnaldo Eliud Rios Soto, un homme autiste de 26 ans, a quitté son foyer collectif en 2016. Charles Kinsey, son thérapeute, l'a suivi. M. Soto jouait avec un camion jouet sur le sol. Un voisin a appelé le 911, pensant que M. Soto avait une arme et qu'il était suicidaire. De nombreux agents sont venus sur les lieux. Bien que Charles Kinsey ait déclaré à plusieurs reprises aux policiers que M. Soto était autiste et désarmé, un policier a essayé de tirer sur M. Soto mais a tiré sur M. Kinsey à la place.Le policier a affirmé qu'il avait pris le camion de M. Soto pour une arme à feu, malgré les mains levées de M. Kinsey et ses tentatives de dire à la police que c'était un camion.

Ce que montre cette affaire : Si la police ne comprend pas le comportement d'une personne handicapée, elle peut le prendre pour de la violence. La police est souvent envoyée pour répondre aux appels au 911 concernant d'éventuelles crises de santé mentale, même si elle n'est pas bien adaptée pour répondre à de telles situations.

Reginald "Neli" Latson

L'affaire : Neli Latson était assis dehors devant la bibliothèque jusqu'à son ouverture, ce qui n'est pas un crime. Certains ont estimé qu'un homme de couleur en sweatshirt à capuche avait l'air "suspect" et ont appelé la police, qui a interrogé Neli.Lorsque Neli a essayé de s'éloigner des policiers, ceux-ci ont tenté de l'arrêter.Neli a réagi par peur et un policier a été blessé.Neli a été arrêté pour avoir agressé un officier et a été maintenu à l'isolement pendant des années jusqu'à ce qu'il soit gracié par le gouverneur de l'État. Neli n'a pu bénéficier d'une grâce que s'il acceptait d'être placé en institution et, par conséquent, il reste confiné dans un établissement connu pour ses pratiques discriminatoires et abusives à l'égard de ses résidents.

Ce que montre cette affaire : Le racisme et le validisme se conjuguent lors des violences policières pour nuire aux personnes de couleur handicapées. Neli est un homme noir et portait un sweat à capuche lorsqu'il était assis devant la bibliothèque. Il est probable que la personne qui a passé l'appel concernant Neli a interprété son comportement comme "suspect" en grande partie à cause de sa race.

Kayleb Moon Robinson

Le cas : Kayleb, un Afro-Américain autiste de onze ans, a quitté sa classe pour aller parler à des amis dans le couloir. Un agent de ressources scolaires (SRO) l'a arrêté. Kayleb a été accusé d'agression pour avoir tenté de s'enfuir, même s'il ne représentait aucune menace pour l'agent de ressources scolaires.

Ce que montre cette affaire : Les enfants de couleur handicapés sont arrêtés de manière disproportionnée à l'école. Ces arrestations sont souvent motivées par des problèmes disciplinaires mineurs qui ne seraient pas normalement considérés comme des crimes dans le cas d'autres enfants du même âge.

Études de l'ASAN

Auto-représentants

Les suggestions :

La plupart des auto-représentants estiment qu'il faut faire beaucoup plus pour améliorer les relations entre les forces de l'ordre et la communauté des défenseurs des droits des personnes handicapées.

  • "Il faut rappeler aux policiers qu'ils sont des fonctionnaires. Ils ont besoin d'une formation de sensibilisation en général et sur nous en particulier. Ils doivent être démilitarisés. Des termes comme "agression" et "coups et blessures" doivent être redéfinis et redéfinis très clairement."
  • "1. tous les agents de police doivent être désarmés. 2. Les nouvelles recrues de la police doivent suivre un programme de formation similaire à celui d'un juriste en ce qui concerne son sujet, sa rigueur et sa durée. 3. Les services de police doivent avoir des quotas de diversité, y compris l'embauche d'agents handicapés, avec des contrôles réguliers et de lourdes amendes."
  • La police doit être "traitée avec respect, comme des êtres humains qui font leur travail", mais "les tendances à l'agressivité d'un agent doivent être intensifiées et traitées immédiatement et faire l'objet d'un suivi fréquent".
  • "Il doit y avoir davantage de dialogue entre la communauté, les personnes handicapées et la police pour promouvoir la sensibilisation/acceptation du handicap et les manières correctes d'approcher les personnes souffrant de divers handicaps".
  • La police doit avoir "des politiques qui incluent les personnes qui sont non verbales et qui peuvent faire des mouvements rapides de la main ou avoir une spasticité sévère, surtout lorsqu'elles sont stressées ou touchées. Ils doivent également réaliser que de nombreux handicaps imitent l'intoxication, et les politiques doivent inclure ces personnes, en particulier à des moments comme les contrôles pour les conducteurs ivres".

Enquêtes auprès des parents

Voici quelques exemples d'interactions avec les forces de l'ordre que les parents de nos enquêtes ont eues :

  • "Il a eu des interactions avec l'agent DARE de son école. Un autre agent lui a donné un badge lorsqu'il a assisté à une réunion avec moi. Jusqu'à présent, aucune des interactions n'a eu lieu dans des moments de pression ou de confrontation".
  • "Il a été plaqué et menotté pour cause de non-respect des règles.Il est incapable de me décrire l'interaction, donc tout ce que je sais, c'est ce que la police me dit".
  • Son fils a eu des contacts avec la police lors d'une "évaluation des menaces de suicide ; cet adjoint en particulier était très calme et voulait aider mon fils, bien que je ne sache pas s'il comprenait l'autisme, mais il était calme et je sentais qu'il voulait vraiment aider".

Les suggestions

"La formation à l'interaction avec tous les membres du public doit a avoir lieu dans les écoles de police. Les écoles de police semblent préparer une force de police militarisée et enseigner les choses d'une manière plus noir et blanc que la réalité quotidienne. La formation à l'intervention en cas de crise (c'est ainsi que j'ai fini par former des officiers) est proposée à certains officiers dans un commissariat tous les deux ans. Tous les agents doivent la suivre. Les officiers de carrière (ceux qui ont entre 5 et 25 ans de service) ne devraient pas apprendre par moi sur le fait de battre des bras, de faire les cent pas et de devenir soudainement muet ou d' éviter le contact visuel comme signes normaux qu'une personne est autiste".

"La police devrait toujours utiliser des stratégies de désescalade en premier lieu, à moins qu'elle ne soit activement en train de se protéger des balles. Chaque cas où la police tue un civil doit faire l'objet d'une enquête approfondie par le ministère fédéral de la justice, la charge de la preuve incombant à la police. Les conséquences d'un recours excessif à la force doivent être lourdes.En outre, les écoles de police devraient toutes exiger une maîtrise avérée des compétences en matière de diversité avant l'obtention du diplôme, notamment la compréhension des divers troubles du développement et des problèmes de santé mentale, afin que la police puisse reconnaître les comportements atypiques et utiliser les techniques appropriées pour assurer la sécurité de tous. Il devrait également y avoir une formation obligatoire à la lutte contre le racisme, avec des tests de préjugés implicites avant que quiconque puisse devenir policier".

Il devrait y avoir "des services de police coordonnés avec les mêmes systèmes de communication". Elle a également mentionné que dans la zone métropolitaine où elle vit, "chaque shérif et chaque service de police ont leur propre façon de faire les choses et leur propre technologie".


Dépliant (en anglais) Qu'est-ce que la violence policière ? Une brochure en langage simple sur le racisme anti-noir, la violence policière et ce que vous pouvez faire pour y mettre fin

Document pour auto-représentants

Document pour membres de la famille

Vidéo pour formation de sensibilisation :

We Can't Breathe: The Deaf & Disabled Margin of Police Brutality © National Council on Independent Living


link.springer.com  Interactions Between the Police and the Autistic Community in Australia: Experiences and Perspectives of Autistic Adults and Parents/Carers
Interactions entre la police et la communauté autiste en Australie : Expériences et perspectives des adultes autistes et des parents/soignants

Vicki Gibbs & Kaaren Haas - Journal of Autism and Developmental Disorders (29 avril 2020)

Résumé

Cette étude visait à décrire les expériences de personnes autistes qui avaient eu des contacts avec la police en Australie au cours des cinq années précédentes. Cinquante adultes autistes et 61 parents/tuteurs ont rempli un questionnaire et 30 participants ont participé à un entretien. Les participants ont le plus souvent eu des contacts avec la police dans le cadre d'une demande d'assistance ou en tant que victimes d'un crime. Les adultes autistes étaient largement insatisfaits de leurs interactions et peu enclins à révéler leur autisme. Les parents/tuteurs ont déclaré être nettement plus satisfaits que les adultes autistes et les incidents impliquant des enfants ont été mieux notés que ceux impliquant des adultes. Parmi les suggestions pour améliorer les interactions, on peut citer une plus grande sensibilisation à l'autisme parmi les policiers et le recours à des aménagements appropriés. Les domaines de recherche future en relation avec l'évaluation de la formation de la police sont abordés.


Autisme : quand la police arrête un adolescent ayant des besoins particuliers

  • 23 mars 2020

Un article du New York Times sur les contacts avec la police pour prévenir les risques de bavure dont pourraient être victimes les personnes autistes. Le point en France.

Justice 5 : confinement, contrôles d'identité, cartes de personnes autistes

  • 3 mai 2020

La nouvelle dérogation au confinement pour les personnes handicapées doit être validée par les préfets. De l'utilité des cartes de personnes autistes, et les initiatives de la police londonienne.

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