De la lettre au Président de la République des chefs de service de pédopsychiatrie

Tous les chefs de service de pédopsychiatrie se sont fendus d'une lettre au Président de la République. Sans tenir aucun compte des besoins exprimés par les usagers.

Les chefs de service de pédopsychiatrie écrivent au Président de la République: Pour une pédopsychiatrie digne de ce nom en France!(22/03/2021). Seraient-ils radins ? car le courrier même en recommandé à l’Élysée bénéficie de la franchise postale.

Mais pourquoi n'écrivent-ils pas d'abord à leur ministre de tutelle, Olivier Véran ?

Aïe ! le Dr Olivier Véran est neurologue. Donc consubstantiellement incapable, sans doute suivant ces sommités, de comprendre la "souffrance psychique".

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Les partenaires de la pédopsychiatrie ...

En effet, qui sont les partenaires de la pédopsychiatrie suivant cette lettre : "psychologues, orthophonistes, psychomotriciens, ergothérapeutes, diététiciens, services sociaux, services judiciaires, éducation nationale, secteur médico-social, associations,"?

La lettre ne mentionne pas les généticiens - alors qu'un conseil génétique est souvent nécessaire -, ni les pédiatres, les neuropédiatres ou les neurologues. N'est-il pas temps de remettre en cause la séparation dans les études médicales entre la neurologie et la psychiatrie instaurée en 1968 ?

Voir par exemple :

"A l’hôpital Universitaire Robert-Debré, plusieurs services sont impliqués dans le dépistage, le diagnostic et le soin des enfants présentant un trouble du neuro-développement :

Parmi les partenaires de la pédopsychiatrie, ne sont pas non plus mentionnées les plate-formes de coordination et d'orientation des troubles neurodéveloppementaux (PCO TND). Elles concernaient jusqu'à présent les enfants de 0 à 7 ans, et elles vont s'étendre aux 7-12 ans. Ce sont des moyens supplémentaires qui sont attribués par l’État pour les diagnostics et les interventions précoces. Qui ne s'en réjouit pas ?

Quelle évolution de l'offre de soins ?

Il est très difficile aux associations d'usagers de soutenir cette lettre tant qu'il n'y a pas d'évolution de l'offre de soins.

Parmi les signataires, il y a par exemple Mme Rolland, présidente du CNU de pédopsychiatrie [qui nomme les universitaires en pédpsychiatrie], qui pratique le packing en dehors de tout PHRC [programme hospitalier de recherche clinique] - malgré les recommandations 2012 de la HAS - et bien que l'étude menée par bien des signataires de la lettre ouverte ait déjà conclu à son inefficacité.

Le Président de la Société Française de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent et Disciplines Associées (SFPEADA) soutient cette tribune, mais son association, membre de l'ESCAP (Société européenne de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent), ne publie pas sur son site le Guide pratique de l'ESCAP pour l'autisme : une synthèse des recommandations fondées sur des données probantes pour le diagnostic et le traitement. L'ESCAP regroupe les associations nationales de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent de 34 pays européens. Une exception française dont nous avons raison de nous plaindre. Le moins qu'on puisse dire, c'est que la pédopsychiatrie française ne cherche pas à rejoindre sur ce plan "l'immense majorité des pays de l'Union Européenne" et à "s'approcher des standards européens", si ce n'est internationaux.

Le Pr Cohen s'est largement exprimé contre le fait que les associations d'usagers se mêlent de la formation des médecins : « Je regrette aussi que sur son initiative soit discuté un statut spécial pour la formation continue des médecins dans l’autisme laissant une large part aux associations de parents. Pourquoi ne pas demander aux « opérés de l’appendicite » de former les chirurgiens viscéraux ? » Aucune prise de conscience des dégâts que peuvent provoquer les théories de Bettelheim et cie, pourtant enseignées.

A aucun moment, la lettre ouverte ne mentionne la nécessité que les soins en pédopsychiatrie soient basés sur les recommandations de bonnes pratiques professionnelles de la HAS quand elles ont été définies. Et pas seulement pour l'autisme. Il y a des recommandations pour le TDAH, les problèmes somatiques et les phénomènes douloureux, les troubles "dys", les troubles du développement oral, . Elle est en cours pour le trouble du développement intellectuel etc  Un arrêté précise les soins remboursés pour les psychologues, dans le cadre des plate-formes, soins basés sur les recommandations de la HAS. On aimerait que les psychologues des services de pédopsychiatrie se basent aussi sur ces recommandations : sinon, on ne voit pas pourquoi l'assurance maladie financerait ces prestations, pas plus qu'elle ne rembourse l'homéopathie ou les médicaments à service médical insuffisant. C'est quoi la déontologie médicale qui ne se base pas sur les données de la science ?

Et les associations d'usagers, dans tout çà ?

La lettre mentionne les associations comme partenaires, mais la seule association d'usagers associée à cette lettre ouverte est l'UNAFAM, dont ce n'est pas le champ de compétence. La lettre indique : "La majorité des problèmes de santé mentale débute avant l’âge de 14 ans. Ils sont d’autant plus susceptibles d’impacter l’avenir de l’enfant qu’ils ne sont pas détectés, ni traités, ce qui est actuellement le cas d’une large proportion d’entre eux comme le souligne un récent rapport de l’OMS." Presque tous les problèmes de santé mentale regroupés sous le terme de "handicap psychique", sur lequel intervient l'UNAFAM, débutent après 16 ans (limite administrative entre la pédopsychiatrie et le secteur adulte de la psychiatrie).

Je sais bien que les associations d'usagers de la pédopsychiatrie n'ont pas été approchées pour soutenir cette tribune, et je ressens cela comme une volonté des responsables de la pédopsychiatrie de mettre à l'écart autant que possible les usagers.

Les troubles neurodéveloppementaux concernent 10% des enfants :

  • TDAH et des fonctions associées (mémoire de travail, contrôle exécutif…) : plus fréquent chez les garçons. 5,9% des enfants, 2,8% adultes
  • Trouble du développement intellectuel (« handicap mental »)
  • Troubles d’acquisition du langage ou des coordinations (dysphasies et dyspraxies)
  • Troubles spécifiques des apprentissages scolaires (par exemple la dyslexie-dysorthographie)
  • Troubles moteurs (trouble développemental de la coordination, mouvements stéréotypés, tics)
  • Autres TND, spécifiés (par exemple TND associé à une exposition prénatale à l’alcool), ou non.

J'ignore comment les chefs de service de pédopsychiatrie se positionnent pour détecter et traiter ces troubles. Je suis seulement perplexe : comment est-il possible qu'ils prennent en compte ces troubles s'ils n'y font pas la moindre allusion ?

Je n'ai donc pas une très bonne opinion de cette tribune. Il ne faut pas que les professionnels de la pédopsychiatrie s'attendent à un soutien des usagers dans leurs préoccupations et revendications s'ils ne prennent pas la peine de prendre en compte les préoccupations des associations d'usagers.

Le reproche ne s'adresse évidemment pas à tous, puisque certains ont des réunions régulières qui permettent aux associations de faire remonter leurs soucis, et où les professionnels informent et discutent des problèmes rencontrés, de l'organisation de leur service et de leurs projets.


Le collectif autisme a réagi par rapport à la prise de position de la FFPP sur l'arrêté concernant les prestations remboursées dans le cadre des POC TND. Moïse Assouline a aussi pris position à ce sujet, et j'ai critiqué sa tribune.

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