Comment j'ai pu "suivre" le mouvement... des Gilets jaunes

Ce billet tente de récapituler comment j'ai pu suivre le mouvement qui agite notre pays à partir d'une expérience personnelle de conflit avec une institution et au-travers des différents commentaires que j'ai postés sur plusieurs billets et articles.

Ce billet tente de récapituler comment j'ai pu suivre le mouvement qui agite notre pays à partir d'une expérience personnelle de conflit avec une institution et au-travers des différents commentaires que j'ai postés sur plusieurs billets et articles. C'est bien souvent grâce aux autres que l'on parvient à approfondir ses propres pensées. C'est ce que j'ai souvent constaté et ce billet propose une rétrospective de ces différents vécus pour en arriver à trouver la place qu'occupe le Parquet dans nos institutions.

Dans l'affaire des lycéens on comprend mieux pourquoi notre président ne souhaite pas que le Parquet soit indépendant du pouvoir, il est le 1er maillon hiérarchique policier après lui et présuppose ce qu'il se passera dans la chaîne de commandement.

Ici  on peut mieux comprendre ce que cela veut dire en comparant les différents échelons des institutions Etat et Eglise. C'est pareil pour toutes les institutions au service de l'Etat, sauf lorsque la corporation a pu s'en démarquer par des syndicats très forts, mais bien souvent ils sont alors braqués l'un contre l'autre et annulent réciproquement leur pouvoir, plus rien ne peut évoluer.

Rétrospective (partielle) des billets qui m'ont fait réagir, les autres correspondent à des réactions épidermiques que je n'ai pas conservées. Les commentaires poursuivent cette rétrospective.

 

Deux blessés graves aux Champs-Elysées: l’exécutif en accusation

Mais « la GLI-F4 sera utilisée jusqu’à épuisement des stocks », a indiqué récemment ce ministère à Libération.

Est-ce que l'on va devoir aussi subir jusqu'à épuisement des stocks des anciens de l'ENA avant de lancer une nouvelle génération de responsable qui sache vivre dans un monde pluriel et qui ne cherche pas à éliminer tout ce qui dépasse et qui dérange "la tête" d'un Etat devenu fou et incontrôlable ?

 

«Gilets jaunes»: derrière la rationalité de façade du gouvernement, une idéologie

Quand le gouvernement veut avant tout "payer" le travail, pourquoi favorise-t-il aussi "la rente" ? C'est "le travail" de quoi qui doit être avant tout payer, celui des hommes et des femmes qui travaillent une bonne partie de leur vie ou celui de "la rente" tirée de placements qui peuvent changer de mains en moins d'1 seconde ? 

En effet, il y a une idéologie derrière et ce n'est pas celle de "faire société".

A écouter même si Alain Finkielkraut n'est pas toujours en odeur de sainteté sur Médiapart

https://www.youtube.com/watch?v=8FS9NeFubCI

 

Le crépuscule du macronisme

https://www.franceculture.fr/emissions/du-grain-a-moudre/macron-est-il-lhomme-de-la-situation

Différents regards portés sur l'homme. Une émission intéressante.

 

Hier j'étais dans le train et pendant les 2 heures du trajet j'ai lu les 2 revues que j'avais achetées à la gare avant de partir : Marianne et Valeurs Actuelles ; je cherchais des points de vue différents. Et en fait les 2 se recoupaient. Pratiquement la même analyse.

Titre de Marianne : L'impasse Macron

Titre de Valeurs Actuelles : L'incendiaire, Mépris, déconnexion, manipulations... Comment Macron attise la colère - L'éditorial de Yves de Kerdrel est à lire !!!

J'ai eu la possibilité de travaillé sur les institutions et le rapprochement des structures de l'église et de l'état permet de comprendre certaines choses. Aujourd'hui nous en arrivons à un rejet aussi violent de l'état, tel que Macron l'imagine, qu'au rejet tout aussi violent de l'église qui a perdu tout crédit.

En perdant "l'idéal directif" de notre pays nous perdons ce qui fait sens pour ceux qui y vivent. Quels sont les politiques d'aujourd'hui qui nous parlent de Bien Public ou de Bien Commun, tous travaillent à leurs petits intérêts personnels ou nous font croire qu'ils feraient différemment tout en sachant qu'ils feraient de même arrivés au pouvoir. Ils n'ont rien compris.

Face à un groupe d'appartenance qui cherche à soumettre les individus nous avons promu une société d'individus qui perdent ce qui fait lien avec les autres. Ce n'est pas l'un au détriment de l'autre, c'est l'un et l'autre en fonction des situations. J'ai tenté de l'exprimer dans le schéma page 7 du document en lien : sédentaire et nomade, comme institué et instituant : chantier permanent vers la démocratie !?

 Vous avez tout à fait raison en parlant de "notre identité culturelle Française" que beaucoup de pays ne comprennent pas, elle est le fruit de nos histoires qui se frottent à l'Histoire.

 

Sur Twitter, Edouard Louis écrit sur les «gilets jaunes»

Peut-être n'y arrive-t-il pas parce que personne ne peut écrire "sur" d'autres qui sont dans ce processus de libération. Ce sont eux, "les gilets jaunes", qui ont pris la parole et ce sont leurs mots qui vont nous parler de cette liberté qu'ils sont en train de conquérir face aux dominants qui la leur refuse encore puisqu'ils cherchent à les enfermer dans leur manière de penser le monde, leur monde.

La parole est créatrice et j'aime beaucoup cette citation de je ne sais plus trop qui !

La création par la parole a pour effet de mettre de l'ordre dans le chaos.

 

Les ambiguïtés de Robinson Crusoé

Il y a plusieurs années j'ai travaillé sur l'autorité et la domination à l'occasion d'un conflit avec l'institution éducation nationale et j'ai eu la chance de trouver le site d'Hubert Houdoy qui avait décortiqué le roman de Robinson Crusoë. Ce qu'il en disait me renvoyait à ce conflit et à ce qu'il soulevait d'incompréhension, d'émotions et de révolte chez moi. Je l'ai contacté et nous avons échangé par internet 3 années durant. C'est un peu grâce à lui que j'ai pu écrire mon livre  dans lequel il a écrit cette postface. postface (pdf, 1 B)

Dans le cadre de ce qu'il se passe en ce moment, je pense que ce qu'il dit au sujet des réseaux a toute sa place et est particulièrement intéressant en tant que "nouveau paradigme".

Cycle Robinson Crusoë

mon livre

 

Les mères avec les lycéens réprimés par la police: ne touchez pas à nos enfants!

Je crois bien que l'exemple est une belle manière d'éduquer les jeunes, malheureusement parfois ils (les exemples) sont plus que regrettables et, ici, d'autres actions auraient pu être menées pour aller plus loin.

Quand la transmission est refusée, la transgression apparaît et il faut du temps pour comprendre pourquoi l'on agit de telle ou telle façon, ce n'est pas toujours aussi clair que l'on pourrait croire. J'en ai fait l'expérience, si cela intéresse. ici.

Ce n'est pas tant "le pouvoir" qui est contesté que l'abus de pouvoir, et l'institution doit tenir justement compte de l'intention posée lorsqu'elle agit. Cet extrait est intéressant pour mieux comprendre ce qui se joue : 

"Pour ne pas obéir aux hommes, les hommes ont inventé cette forme de pouvoir qui, ennoblissant l'obéissance, ne crée pas l'autorité, mais en affecte les formes. Produit de la dissociation de l'autorité et de l’individu qui l'exerce, il résulte de ce que les juristes appellent une institutionnalisation... Encore faut-il une réflexion sur le pouvoir lui-même, sur sa genèse, son évolution, son agencement, et sur les crises pouvant l'affecter car il reste au coeur du débat. Etant une idée, « il suppose des esprits prêts à le penser" (Georges Lescuyer, L'histoire des idées politiques, 2001, 14e édition).

Le pouvoir n'est légitime que lorsque nous obéissons aux mêmes règles, y compris et surtout ceux qui l'exercent parce qu'ils sont en charge de l'Autorité.

On peut aussi le dire autrement :

Tout homme est tiraillé entre deux besoins, le besoin de la Pirogue, c’est-à-dire du voyage, de l’arrachement à soi-même, et le besoin de l’Arbre, c’est à dire de l’enracinement, de l’identité, et les hommes errent constamment entre ces deux besoins en cédant tantôt à l’un, tantôt à l’autre ; jusqu’au jour où ils comprennent que c’est avec l’Arbre qu’on fabrique la Pirogue. (Mythe mélanésien de l’île du Vanuatu)

 

Gilets jaunes: une remise en cause radicale de la démocratie représentative ?

14 déc. 2018 Par Philippe Marlière

Entre la Révolution et aujourd'hui, il y a eu Freud ! Et nous nous sommes petit à petit habitués à aller un peu (parfois) regarder pourquoi nous faisions telle ou telle chose. J'ai plutôt tendance à croire que le mouvement des Gilets jaunes sort des tripes et c'est un ras-le-bol général qui met en mouvement, mouvement venant du mot émotion.

J'ai aussi tendance à penser qu'il s'agit d'un immense besoin de reconnaissance qui va permettre, peut-être, d'amorcer un certain équilibre chez les personnes entrées en révolte contre le mépris d'une certaine caste d'élus, soi-disant élite.

A partir d'un travail déjà élaboré par Patrick Viveret qui considère « les quatre grands pôles… des besoins de conservation qui permettent à l’espèce humaine de survivre et de se reproduire… le besoin de subsistance, le besoin de protection… le besoin de reproduction (de nos relations)… le besoin d’information » (in Démocratie, passions et frontières, collection « Dossier pour un débat », éd. FPH, p.22), et d'une recherche personnelle j'ai construit un schéma (ici page 7) ou en 3D (!) ici et Pyramide du Je 1 (pdf, 1 B) qui permet de mieux comprendre où nous en sommes.

Chacun, en fonction des situations part de l'un des "besoins" mais le besoin de reconnaissance touche à notre Vivre Ensemble, celui qui semble le plus sollicité aujourd'hui par certain(e)s. A partir de ce besoin qui nous met en mouvement, les 4 autres besoins seront aussi visités si nous voulons avancer vers une évolution envisageable. C'est peut-être cela qui est le plus difficile mais un "chercheur" sait que c'est le seul chemin qu'il acceptera d'emprunter. 

 

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