La rédaction de Mediapart
Retrouvez ici les actualités de la rédaction de Mediapart.
Journaliste à Mediapart

541 Billets

29 Éditions

Billet de blog 8 juil. 2021

Omission fiscale de Dupond-Moretti : manuel pour tenter d’étouffer une affaire

Comment procède un ministre, face à une information très embarrassante que Mediapart s’apprête à sortir sur lui, pour imposer ses mensonges ? Pour le savoir, il faut observer la master class de communication qu’a livrée le garde des Sceaux, mercredi 7 juillet, avec l’aide complaisante du journal « L’Opinion ».

La rédaction de Mediapart
Retrouvez ici les actualités de la rédaction de Mediapart.
Journaliste à Mediapart

Comment procède un ministre face à une information très embarrassante qui s’apprête à sortir sur lui ? Pour le savoir, il faut observer la master class de communication qu’a livrée Éric Dupond-Moretti, mercredi 7 juillet, avec l’aide complaisante du journal L’Opinion.

Au départ, il y a une enquête de Mediapart. Alerté depuis plusieurs semaines sur un possible problème dans la déclaration d’impôts du ministre de la justice, nous travaillons sur le sujet, en appelant tous azimuts les administrations, les cabinets, les institutions, pour nous faire confirmer l’information et obtenir les précisions nécessaires.

Une fois la confirmation obtenue, nous envoyons le contradictoire à son chargé de communication dès mercredi, 8 heures du matin, en donnant comme heure de publication 15 heures, dans l’idéal, le garde des Sceaux ayant peut-être besoin de plus de temps pour nous répondre.

Tout journaliste qui s’apprête à publier une information sensible doit laisser, par souci déontologique et en cas de procès en diffamation, un délai à la personne mise en cause. Mais tout journaliste sait aussi que la personne en question peut profiter de ce délai pour organiser sa riposte, tenter d’amoindrir la portée de l’information et distiller ses éléments de langage.

C’est exactement ce qui s’est produit mercredi. Le hasard faisant bien les choses, L’Opinion publie, moins d’une heure avant l’échéance fixée, un « exclusif » titré « Un “oubli” de 180 000 euros oblige Éric Dupond-Moretti à rectifier sa déclaration fiscale ». Premier plaisir qu’on peut imaginer pour le ministère : empêcher Mediapart de sortir un scoop.

Les bénéfices tombent ensuite en cascade. Car ceux qui ont donné l’information au quotidien libéral ont su réduire la portée de l’information, en la réduisant à de l’anecdotique, avec le soutien aveugle d’une partie de la presse, qui s’est contentée de prendre pour argent comptant, c’est le cas de le dire, la com’ de la Place Vendôme.

La première information publiée par L’Opinion est fausse. Alors qu’Éric Dupond-Moretti a omis de déclarer 300 000 euros, l’article fait état de 180 000 euros. Mauvaise compréhension ? Communication ambiguë du ministère ? En tout état de cause, le journal a confondu les sommes à déclarer à l’administration fiscale et l’impôt à payer dessus…

Dans la foulée de la publication de notre propre enquête, L’Opinion corrige discrètement son erreur, sans notifier à ses lecteurs et lectrices la modification. La phrase « une somme que l’ancien avocat n’avait pas déclarée » devient « une somme que l’ancien avocat n’avait pas réglée ». Celle expliquant que le contrôle fiscal dont le garde des Sceaux a fait l’objet, à son entrée au gouvernement, n’avait rien donné, reste.

Il s’agit pourtant d’un mensonge. Car si la Direction nationale de la vérification des situations fiscales (DNVSF) de Bercy n’a rien « identifié », comme l’écrit le journal, c’est tout simplement parce qu’elle n’a pas terminé ses vérifications. L’avocat fiscaliste du ministre de la justice le sait lorsqu’il « s’aperçoit d’une erreur » en mai 2021.

Dès lors, il sait aussi que ces vérifications peuvent conduire à ce que cet « oubli » de 300 000 euros soit rapidement découvert par l’administration fiscale. Dans une telle situation, on peut aisément comprendre l’intérêt à prendre les devants, le dispositif du droit à l’erreur permettant une réduction de 50 % des intérêts de retard.

Ni vu ni connu, le mal est fait. L’information sort de travers. Et les autres médias embrayent. BFMTV martèle l’idée selon laquelle « le ministre a déclaré de lui-même une erreur qui n’avait pas été repérée par l’administration fiscale ». À ce mensonge s’ajoutent ceux qui nourrissent la contre-attaque organisée par les troupes macronistes sur les réseaux sociaux.

Sur Twitter, les soutiens d’Éric Dupond-Moretti s’approprient tout naturellement les arguments utilisés par la droite et l’extrême droite contre Mediapart depuis presque toujours. Le premier, devenu avec le temps un classique du genre et de mauvaise foi, concerne l’interminable feuilleton de la TVA sur la presse.

Dans ce dossier bien connu de nos lecteurs et lectrices (lire ici, et encore ), nous n’avons jamais rien dissimulé de nos intentions, dans un combat de principe pour l’égalité entre presse imprimée et presse numérique, autrement dit pour la neutralité du support. Ce combat pionnier, nous l’avons gagné, d’abord en France en 2014, puis à l’échelle de l’Union européenne en 2018.

En revanche, le combat judiciaire continue s’agissant des pénalités injustifiées qui nous été imposées et que nous avons contestées devant la justice administrative. Voilà pour les faits. Mais la com’ politique et ses relais trollesques n’en ont cure. Eux cherchent à faire de la mousse pour masquer les informations qui les gênent. Et le pire, c’est que cela marche.

Rapidement, les noms de « Mediapart » et de « Plenel » ont intégré la liste des tendances Twitter, tandis que celui de Dupond-Moretti a stagné dans les limbes de l’indifférence numérique. Un mensonge répété 100 fois reste un mensonge, mais il devient une opération de com’ réussie lorsqu’il parvient à minimiser les 300 000 euros d’omission fiscale d’un ministre.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — International
Être LGBT+ en Afghanistan : « Ici, on nous refuse la vie, et même la mort »
Désastre économique, humanitaire, droits humains attaqués… Un an après avoir rebasculé dans les mains des talibans, l’Afghanistan n’en finit pas de sombrer. Pour la minorité LGBT+, le retour des fondamentalistes islamistes est dévastateur.
par Rachida El Azzouzi et Mortaza Behboudi
Journal — International
« Ils ne nous effaceront pas » : le combat des Afghanes
Être une femme en Afghanistan, c’est endurer une oppression systématique et brutale, encore plus depuis le retour au pouvoir des talibans qui, en un an, ont anéanti les droits des femmes et des fillettes. Quatre Afghanes racontent à Mediapart, face caméra, leur combat pour ne pas être effacées. Un documentaire inédit.
par Mortaza Behboudi et Rachida El Azzouzi
Journal
Un homme condamné pour violences conjugales en 2021 entre dans la police
Admis pour devenir gardien de la paix en 2019, condamné pour violences conjugales en 2021, un homme devrait, selon nos informations, prendre son premier poste de policier en septembre dans un service au contact potentiel de victimes, en contradiction avec les promesses de Gérald Darmanin. Son recrutement avait été révélé par StreetPress.
par Sophie Boutboul
Journal — Climat
Près de Montélimar, des agriculteurs exténués face à la canicule
Mediapart a sillonné la vallée de la Valdaine et ses environs dans la Drôme, à la rencontre d’agriculteurs qui souffrent des canicules à répétition. Des pans de récoltes grillées, des chèvres qui produisent moins de lait, des tâches nouvelles qui s’accumulent : paroles de travailleurs lessivés, et inquiets pour les années à venir.
par Sarah Benichou

La sélection du Club

Billet de blog
Céline, le trésor retrouvé - La révélation (1/9)
Comment, par les hasards conjugués de l’Histoire et de l’amitié, je me retrouve devant un tombereau de documents laissés par Céline dans son appartement de la rue Girardon en juin 1944. Et ce qui s’ensuivit.
par jean-pierre thibaudat
Billet de blog
Céline, le trésor retrouvé - Une déflagration mondiale (3/9)
La veuve de Céline disparue, délivré de mon secret, l’heure était venue de rendre publique l’existence du trésor et d’en informer les héritiers… qui m’accusèrent de recel.
par jean-pierre thibaudat
Billet de blog
Céline, le trésor retrouvé - La piste Morandat (5/9)
Dans ses lettres, Céline accuse Yvon Morandat d’avoir « volé » ses manuscrits. Morandat ne les a pas volés, mais préservés. Contacté à son retour en France par ce grand résistant, le collaborateur et antisémite Céline ne donne pas suite. Cela écornerait sa position victimaire. Alors Morandat met tous les documents dans une malle, laquelle, des dizaines d’années plus tard, me sera confiée.
par jean-pierre thibaudat
Billet de blog
Céline, le trésor retrouvé - L’inventaire (2/9)
Des manuscrits dont plusieurs inédits, son livret militaire, des lettres, des photos, des dessins, un dossier juif, tout ce que l’homme et l’écrivain Céline laisse chez lui avant de prendre la fuite le 17 juin 1944. Un inventaire fabuleux.
par jean-pierre thibaudat