Enquête sur le GUD et menaces sur des journalistes: Mediapart l'emporte devant le tribunal

Après notre enquête sur des militants du GUD (Groupe Union Défense), un groupuscule d’extrême droite violent, et sur le trésorier du micro-parti de Marine Le Pen, des journalistes de Mediapart ont été visés par plusieurs tentatives d’intimidation et coups de fil malveillants. L'un de leurs auteurs, Arthur Tobitt, vient d'être condamné par le tribunal de Paris.

Après notre enquête sur des militants du GUD (Groupe Union Défense), un groupuscule d’extrême droite violent, et sur le trésorier du micro-parti de Marine Le Pen, Mediapart a fait l’objet d’une assignation en référé d’heure à heure réclamant la censure de notre article. Durant l’enquête, nos journalistes ont par ailleurs été visés par plusieurs tentatives d’intimidation et coups de fil malveillants, pour lesquels l'un de leurs auteurs, Arthur Tobitt, a été condamné le 14 juin.

Le premier volet de l’enquête, publié le 21 mars par Marine Turchi et notre confrère Thierry Vincent, révélait les détails d’une violente agression pour laquelle des militants du GUD ont été mis en examen en octobre. L’article révélait les neuf vidéos de cette scène, dans lesquelles on voyait notamment le chef du GUD à Paris, Logan Djian, et un autre Gudard, Loïk Le Priol. Nous racontions également les dessous du paiement de la caution de 25 000 euros ayant permis la libération de Logan Djian.

Le second volet, publié un mois plus tard, annonçait l’ouverture d’une enquête judiciaire sur la provenance des fonds de cette caution, enquête qui vise deux sociétés: l’une créée par des proches de M. Djian et l’autre par le trésorier du micro-parti de Marine Le Pen, Axel Loustau, ancien du GUD lui aussi.

Le premier article a fait l'objet d'une assignation en référé à la requête de MM. Djian et Le Priol, tous deux estimant que leur droit à la présomption d’innocence n’avait pas été respecté. L’audience a eu lieu le 27 mai. Mediapart, après avoir demandé et obtenu que soient visionnées les vidéos tournées par Loïk Le Priol, a fait valoir qu’il n’y avait aucune atteinte à la présomption d’innocence, les journalistes n’ayant fait que décrire objectivement et factuellement les images que ces vidéos révélaient, réquisitionnées depuis par la justice. Mediapart a demandé aux plaignants de verser à Edwy Plenel et Mediapart, à chacun, la somme de 8 000 euros, sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile. Le jugement a été mis en délibéré au 1er juillet.

Durant notre enquête, à chaque fois, l’envoi de nos questions a été immédiatement suivi de tentatives d’intimidations, de mises en garde ou de menaces tacites.

Interrogé le 7 mars par Thierry Vincent, Logan Djian s’était fait menaçant: « Cette affaire là, ça vous regarde pas. [...] Écoute-moi bien, votre boulot de mange-merde, de petite salope, on vous répondra pas. T’es une petite merde, t’es un petit chien de l’État. Écoute moi-bien, tout ce que tu vas sortir, fais bien attention. C'est pas une menace, je t'emmènerai devant les tribunaux. Donc fais bien attention espèce de petite merde. J’en ai rien à foutre, les putes, je les traite comme des putes ». Après ce coup de fil, notre confrère a reçu huit coups de fil anonymes, y compris nocturnes, mêlant mauvaises plaisanteries et menaces. « On a ton adresse », prévenait l’un des interlocuteurs.

Quatre jours plus tôt, Axel Loustau mettait lui en garde notre journaliste Marine Turchi en recevant ses questions par email: « Soyez très prudente car je vous poursuivrai SYSTEMATIQUEMENT pour chacun de vos mensonges et amalgames ». « Je ne connais que trop bien vos méthodes de diffamations par amalgames et au vu des réponses qui précède je vous suggère d’être prudente dans ce que vous écrirez », prévenait-il encore à la réception d'un deuxième email de questions.

Le 6 avril, nos questions aux différents protagonistes pour le second volet ont à nouveau immédiatement été suivies de messages malveillants. Marine Turchi a reçu 140 textos d’un même numéro, inconnu d’elle, souvent accompagnés de photos autour du thème de la musculation, avec plusieurs allusions explicites pour qui connaît l’extrême droite. Comme l’emploi du terme « Cigale » (en référence tacite au salut nazi « Sieg Heil »), nom d’un magazine gratuit créé par le cercle des anciens du GUD qui entoure Marine Le Pen. Ou la mention d’un militant des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR), groupuscule radical dissous en 2013. Ou encore la photo d’un individu faisant le salut patriote serbe. À chaque fois, l’auteur la tutoie et la somme de répondre: « commente vraiment », « commente stp », « réponds stp », « VRAIMENT STP COMMENTE ABSOLUMENT ».

Notre consœur a déposé plainte contre X à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP). L’auteur des textos, Arthur Tobitt, a été identifié, placé en garde à vue le 20 avril, et renvoyé en correctionnelle le 31 mai. Lors de l’audience, tout en contestant tout lien avec les membres du GUD et évoquant « une mauvaise blague », il a admis connaître Logan Djian, avoir lu nos emails de questions envoyés à la société liée au chef du GUD et en avoir eu marre de ce qu’il a qualifié « d’acharnement ». Il affirme avoir ensuite placé notre journaliste dans une liste de diffusion de textos à destination d'un groupe fréquentant une salle de musculation. Les policiers ont établi qu’il avait eu 46 contacts téléphoniques avec M. Djian.

Le parquet a requis deux mois d’emprisonnement avec sursis assorti d’une mise à l’épreuve d’un an avec l’obligation d’indemniser la partie civile. Me Emmanuel Tordjman, avocat de Mediapart, a demandé au tribunal de condamner M. Tobitt à verser 3000 euros de dommages et intérêts et 1000 euros au titre de l’article 475-1. Dans son jugement, rendu le 14 juin, le tribunal reconnaît M. Tobitt coupable et le condamne à verser 1500 euros d'amende.

Depuis cette enquête, Thierry Vincent et Marine Turchi ont fait l’objet d’autres “bizarreries”: une personne proposant des informations sur ce cercle du GUD en échange d’une somme d’argent; une autre se présentant sous notre identité auprès du collectif antifasciste RefleXes et demandant des informations.

Ce n’est pas la première fois que l’extrême droite cible nos journalistes. Le Front national interdit depuis 2012 l’entrée de ses événements à Mediapart (lire ici et). L’année dernière, Karl Laske et Marine Turchi ont été pris à partie par un groupe mené par les trésoriers successifs du micro-parti de Marine Le Pen, Axel Loustau et Olivier Duguet. Ce dernier avait menacé de mort notre journaliste (lire ici et).

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