Le trésorier de Marine Le Pen perd son procès contre Mediapart

Trésorier du micro-parti de Marine Le Pen et ancien du GUD, Axel Loustau poursuivait en diffamation le directeur de Mediapart, Edwy Plenel, à propos de violences de proches du Front national à l’encontre de notre journaliste Marine Turchi. Le tribunal correctionnel de Paris lui a donné tort, suivant les arguments de notre avocat, Me Emmanuel Tordjman.

Le 30 janvier 2015, alors qu’ils enquêtent ensemble sur le financement du Front national, Karl Laske et Marine Turchi se retrouvent face à un groupe de militants d’extrême droite, parmi lesquels Axel Loustau, trésorier de « Jeanne » le micro-parti personnel de Marine Le Pen et devenu depuis conseiller régional d’Ile-de-France. L’un des membres du groupe, Olivier Duguet, prédécesseur d’Axel Loustau à ce poste de trésorier, profère à l’adresse de Marine Turchi, chargée du suivi du Front national à Mediapart, les menaces suivantes : « Je vais te tuer !… Je vais te retrouver !… Je vais t’attendre en bas de chez toi ! »

Le 6 février 2015, sous le titre « La violence du FN contre la liberté de la presse » (lire ici), le directeur de Mediapart, Edwy Plenel, informe nos lecteurs de ces faits. La veille, invité du Grand Journal de Canal Plus, il les avait évoqués brièvement, au détour d’une question sur le Front national, en ces termes : « On a déposé une main courante au commissariat du 11ème arrondissement de Paris. Marine Turchi qui suit le Front national et qui révèle encore des choses sur le parti de Marine Le Pen, eh bien, Monsieur Loustau, le trésorier, a dit avec un autre, ils lui ont dit : “On va te tuer, on va t’attendre chez toi” ».

Ce sont ces brefs propos oraux que Axel Loustau a poursuivi en diffamation, se gardant bien de poursuivre le billet écrit qui narrait les faits avec plus de précision. Toutefois sa plainte les déformait, comme nous en donnera acte le tribunal, sur la foi d’un constat d’huissier produit par notre avocat, Me Emmanuel Tordjman : la plainte omettait les quatre mots « ils lui ont dit » de façon à faire croire qu’Edwy Plenel attribuait les menaces proférées au seul Axel Loustau. 

A l’audience qui s’est tenue le 8 avril dernier (lire ici le compte-rendu d’audience d’Ellen Salvi), Edwy Plenel expliquera que ses rapides propos oraux résumaient l’agression verbale venue d’un groupe militant dont Axel Loustau était partie prenante, dont il ne s’était pas désolidarisé et dont il était à l’évidence le leader ainsi que la personnalité publique la plus notoire. Karl Laske, dans une attestation écrite reprenant ce dont il avait déjà témoigné sur son blog le 9 février 2015 (lire ici ce billet qui ne fut pas plus poursuivi par M. Loustau), et Marine Turchi, entendue à la barre comme témoin, confirmeront avec moult détails que le groupe dont faisait partie Olivier Duguet, l’auteur des menaces de mort, était « mené par M. Loustau », lequel leur avait demandé de ne pas appeler la police car « si on n’appelle pas la police, il va tenir ses amis ».

« Dans ces conditions, ont donc jugé les magistrats de la dix-septième chambre du tribunal correctionnel de Paris, Edwy Plenel pouvait légitimement non seulement faire état de menaces de mort dirigées contre la journaliste Marine Turchi, mais aussi mettre en cause Axel Loustau, les éléments évoqués ci-dessus caractérisant à la fois un épisode de menaces de mort et montrant aussi, à tout le moins, le rôle actif de la partie civile [Axel Loustau] dans cet épisode – direction de groupe, volonté que la police ne soit pas appelée, fin de l’incident par son intervention et revendication dans un SMS [adressé à Karl Laske] d’un “boulot fait” dans la soirée des faits dénoncés. […] Il faut enfin relever que le ton employé par l’auteur des propos n’apparaît pas avoir dépassé les limites de la liberté d’expression, au regard des termes “ils lui ont dit”, précision apportée immédiatement après la mention du nom de la partie civile ou, dans la suite de l’expression, de l’usage des expressions “vieille extrême droite assez brutale, assez violente” ».

« Au regard de l’ensemble de ces éléments, Edwy Plenel peut, à juste titre, faire valoir sa bonne foi », conclut le tribunal qui le renvoie des fins de la poursuite.

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