Sur la route (sociale) du Tour

À partir de ce samedi et pendant trois semaines, Mediapart a demandé au grand reporter Jean-Louis Le Touzet d’endosser à nouveau ses habits de suiveur émérite du Tour de France. Pour nous raconter l’épreuve, un peu, mais surtout ses contours et ses bords de route, alors que la Grande Boucle, rituel estival insouciant, s’est muée cette année en une procession inquiète, traversant une rentrée sanitaire et sociale incertaine.

Cette année, Mediapart a voulu croire comme jamais le slogan éculé des commentateurs cyclistes, quand vient le temps de céder la parole à Jean-Paul Ollivier : « Le Tour de France, c’est aussi le tour de LA France. » Car cette année, point de sieste ensoleillée dans la torpeur télévisée de juillet, point de haies d’honneur caravanesques sur les bords de route, de virage hollandais à l’Alpe d’Huez ou de frénésie tricolore sur l’air des lampions à l’approche de l’étape du 14. L’édition 2020 de la Grande Boucle n’est pas celle des paysages et des beaux châteaux, mais celle du virus et des gestes barrières, des protocoles masqués et de l’incertitude sociale.

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Par le passé, notre journal a parcimonieusement consacré certaines de ses colonnes au sport cycliste et à sa grande fête autoproclamée, le Tour de France. Essentiellement au début de son histoire, dans le Club (avec l’édition participative « En chasse patate derrière le Tour » qui accueillit entre 2008 et 2010 quelques abonnés « mendiants de bon vélo » et désireux de partager leur passion enfantine, mais aussi la chronique de notre ancien et bien-aimé collègue Michel Dalloni, « L’écume du Tour »), même si les « échappées fiscales » de certains coureurs ont pu aussi attirer notre attention en 2017.

En cette rentrée 2020, après le report de la compétition pour cause d’épidémie et de confinement, Mediapart s’est donc décidé à demander à l’organisation, pour la première fois de son histoire, une accréditation pour l’un des « plus grands rendez-vous sportifs de la planète », selon l’expression benoîtement consacrée.

Jean-Louis Le Touzet, ancien grand reporter à Libération et « suiveur » assidu et talentueux du Tour pendant une vingtaine d’années, va ainsi accompagner ce rendez-vous populaire dans une France inquiète et non plus insouciante, entre le 29 août et le 20 septembre.

Jean-Louis Le Touzet. © Stock Jean-Louis Le Touzet. © Stock
Grande figure du journalisme sportif, et cycliste en particulier (les meilleures chroniques de ce prix Jacques-Goddet 2014 ont été recensées dans le livre Un vélo dans la tête, publié chez Stock), il est aussi connu des lecteurs de Mediapart, journal auquel il collabore depuis un peu plus d’un an (on peut relire ici son grand récit de Balkany-City ou là son feuilleton sensible de la vie confinée à Audresselles, petit village du Pas-de-Calais).

Autour de ce Tour, il narrera la course dans un billet de blog quotidien, ses suspicions de tricherie et sa rêverie de voir Thibaut Pinot succéder enfin à Bernard Hinault. Car, comme le disait Dino Buzzati à propos du Tour d’Italie en 1949, une épreuve cycliste est – encore aujourd’hui, malgré les nombreuses trahisons endurées – « l’un des derniers hauts lieux de l’imaginaire, un bastion du romantisme assiégé par les mornes puissances du progrès, et qui refuse de se rendre ».

Mais surtout, dans une série de reportages publiés quotidiennement, il nous racontera un premier état des lieux d’un pays convalescent, avant chaque étape, avec comme contrainte d’être géographiquement situé sur le tracé emprunté par les coureurs, de Nice à Mantes-la-Jolie. Une façon de poursuivre le travail initié depuis le début de l’été par notre rédaction autour de la crise sociale (lire tous les articles de notre dossier) qui vient percuter la France de septembre comme Philippe Gilbert un parapet de juillet

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