Gabriel Matzneff, l'aristocrate qui chassait les enfants...

Magnifique émission, ce matin sur France Culture. Après un entretien avec Vanessa Springora, tout en retenue, sans recherche du spectaculaire, la matinée s'est poursuivie avec un sociologue qui a particulièrement étudié la pédophilie, et a rappelé que Matzneff se considérait comme un aristocrate, auxquelles les lois communes ne s'appliquaient pas.

On peut réécouter ici l'émission de France Culture.

Vanessa Springora : "Il était bien ce qu'on apprend à redouter dès l'enfance : un ogre" © France Culture

Les aspects politiques sont particulièrement abordés à partir de la trente-quatrième minute.

Le sociologue invité, ainsi que Guillaume Erner, qui le reçoit et mène l'entretien, rappellent que Matzneff évolue, non pas dans un monde de soixante-huitards, mais bien dans un milieu d'extrême droite.

Matzneff se considère, et ses amis le considèrent, comme un aristocrate, qui n'a pas à se soumettre aux lois communes.

Le sociologue va jusqu'à parler de "racisme de classe".

Ainsi que je le rappelais dans des commentaires publiés sur médiapart, Matzneff, politiquement, se rattache, sans ambiguïtés, à la droite conservatrice, pour ne pas dire réactionnaire.

Il suffit de consulter la liste des publications qui ont rémunéré, depuis des décennies , ses écrits : aujourd'hui chroniqueur au Point, il a écrit régulièrement dans Le Figaro, dans Le Quotidien de Paris, dans la Revue des Deux Mondes ( Y croisa-t-il Pénélope Fillon ?), dans la Nation Française (un hebdomadaire royaliste), dans le Choc du Mois ( une sorte de "Minute")...

Et, hélas, pendant des années, dans Le Monde...

Parmi les plus proches amis de Matzneff, on trouve, par exemple:

 - Alain de Benoist, le principal représentant de ce qu'on a appelé, au début des années 1980, la "nouvelle droite";

- Roland Jaccard ( l'un des fondateurs de Causeur, le journal, très à droite,  dans lequel vocifère, entre autres , Elisabeth Lévy); on lira (ou pas...), par exemple, ici, un article dithyrambique de Causeur, qui se termine, sans craindre le ridicule, par cette question: " À lire Matzneff, une question s’impose : et s’il était notre Stendhal ? " ....

- Jean-François Colosimo, ex-catholique devenu orthodoxe, et nouveau patron, très à droite, lui aussi, des éditions du Cerf.

Jean-François Colosimo , un proche de Patrick Buisson, qui l'avait recommandé à Sarkozy pour en faire le directeur du Centre National du Livre, fut l'éditeur, par exemple, d'Eugénie Bastié, de Laetitia Strauch-Bonart, de Kévin Boucaud-Victoire, de Mathieu Bock-Côté...

Toute une série de jeunes essayistes ultra-réactionnaires, dont les ventes restent confidentielles, mais qui pérorent un peu partout...

Tout en se plaignant, de plateau en studio, selon les  formules désormais consacrées, qu' "on ne peut plus rien dire" et que la "gauche bien-pensante " les réduit au silence...

Matzneff est (était ?) régulièrement invité par Radio Courtoisie ( la radio de l'inénarrable Henry de Lesquen) et par RT France.

Par ailleurs, selon Wikipédia, il a été primé deux fois par l'Académie Française, ce célèbre repères de gauchistes, a été fait officier des Arts et des Lettres par le gouvernement Balladur, invité à l'assemblée Nationale par Jean-Louis Debré, à l'époque où celui-ci la présidait, pour "donner son témoignage lors du Forum sur la réussite des Français venus de loin " ( cela ne s'invente pas...)

Son opuscule "les moins de seize ans", qui fait l'apologie de la pédocriminalité, a été publié dans une collection dirigée par Jacques Chancel.

Jacques Chancel, que Matzneff remercie au début du livre.

On découvre aujourd'hui que Matzneff occupe un appartement de la ville de Paris, situé en plein quartier latin, moyennant un loyer à prix imbattable: dix euros le mètre carré !

Appartement obtenu grâce à... Jean Tibéri.

Matzneff apprècie des auteurs aussi révolutionnaires que Montherlant, Dominique de Roux, ou Louis Pauwels...

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( Un galop d'enfer, Journal 1977 - 1978, éditions de la Table Ronde, page 275)

Dans le même ouvrage, p 206, Matzneff ne fait d'ailleurs pas mystère de ses sympathies politiques.

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Et page 189:

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Nous voilà furieusement loin de mai 1968...

Voici, d'ailleurs, ce que Matzneff écrit, à propos de mai 1968, dan son journal, à la date du 4 mai 1978:

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Il ne s'agit pas pour moi,  en rappelant ici le paysage intellectuel dans lequel évolue Matzneff, de nier qu'il ait existé , à gauche, de coupables dérives.

Certes, certains libertaires, dans les années 1970, se sont égarés, justifiant la pédophilie au nom d'une soi-disant émancipation des mineurs.

Et, pire, la pratiquant, c'est-à-dire la faisant subir à des enfants, dans certaines communautés.

Mais Matzneff n'a jamais appartenu à ce monde-là.

Lorsque Matzneff ne décrit pas, par le menu, les exactions sexuelles auxquelles il se livre sur des enfants, exactions qui vont jusqu'au viol et à la sodomie, il chante les beautés du culte orthodoxe.

Par ces aspects, il rappelle les curés intégristes pédophiles.

Il est assez piquant de constater que Matzneff évolue dans un milieu intellectuel de culs-bénis, qui ne cessent de dénoncer la décadence de l'occident chrétien...

Messe, et de temps en temps manif pour tous le dimanche, mais omerta sur les tripotages auxquels se livre le curé sur les enfants de choeur, et rires lorsque ce M. Matzneff, si élégant, si propre sur lui, si bien élevé, se vante de sodomiser des enfants...

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 Au-delà de la personnalité évidemment perverse et égocentrée de ce détestable personnage, il faudrait poser la question des complicités politiques (à droite de la droite de la droite, où se recrutent tous ses amis proches, et les journaux qui ont publié et rémunéré ses écrits) et religieuses ( Matzneff, rappelant par cet aspect les curés pédophiles, est croyant et pratiquant, de la variété orthodoxe) dont il a bénéficié.

Ce que fait apparaître l'affaire Matzneff, c'est une véritable impunité de classe.

Si Matzneff n'avait pas évolué dans un monde bourgeois qui se considérait, et le considérait, comme les aristocrates d'antan, au-dessus des lois, il aurait été depuis longtemps amené dans le cabinet d'un juge d'instruction.

Aux Molières, Blanche Gardin tacle les défenseurs de Roman Polanski © Telerama

Notons, d'ailleurs, que si l'affaire éclate enfin, aujourd'hui, c'est parce que l'une des victimes de Matzneff a acquis un statut social qui lui permet de publier un livre.

Ce que ne feront jamais, bien évidemment, les victimes de Matzneff aux Philippines.

On retrouve aussi dans cette affaire une pratique que l'on pourrait qualifier de colonialiste.

Comment ne pas penser aux Européens, qui, au temps des colonies, considéraient les femmes, les jeunes filles, et même les enfants indigènes comme des biens à leur disposition ?

Il est donc assez piquant de retrouver, dans cet entretien, un Matzneff, toujours aussi fasciné par sa propre personne,  infatué à un point inimaginable, qui se présente comme anti-colonialiste...

Son anti-colonialisme consistant, notamment, à regretter le bon temps du président Marcos, aux Philippines, et du colonel Kadhafi, autre prédateur sexuel bien connu.

Le consentement - Le Billet de Sophia Aram © France Inter

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