Lille, Montreuil : ces municipalités de gauche qui chassent les pauvres

Un bel article de Carine Fouteau rend hommage à "ces villes qui ont décidé d'accueillir les réfugiés". N'oublions pas, pourtant, ces municipalités, prétendument de gauche, qui font tout pour leur rendre la vie impossible. Depuis juillet, une longue série de billets de Juliette Keating documente l'errance des Roms de Montreuil. Lille, semble-t-il, ne fait guère mieux.

Voici un témoignage d'Annie Lesage trouvé sous l'article de Carine Fouteau:

 

Une fois de plus, je ne puis parler que de ce que je connais et ici, à Lille, square des Olieux, nous avons vu s'implanter un camp de migrants subsahariens. Alors que la Maire s'enorgueillissait de recevoir cent émigrés kurdes (financé par l'Etat, rappelons-le) le sort réservé à ces malheureux migrants africains a été désastreux.

Au début, lls ont dormi à la belle étoile, recevant quelques aides des riverains. Des associations ont pris la relève, Frédéric Ozanam ou la CNT, puis ce fut la création d'un collectif de soutien.

 La municipalité n'a même pas mis de toilettes publiques à disposition.

C'est MSF qui a  apporté des toilettes sèches et des douches pour que ces personnes puissent bénéficier d'un mimimum de décence.

Une honte pour cette ville, habituée depuis des générations à une solidarité et une générosité naturelles.

Il y a quinze jours, après un échange judiciaire épique entre le Tribunal Administratif qui ne voulait pas que le camp soit démantelé sans que les resssortissants aient un encadrement sérieux, et la Métropole Européenne de Lille, des solutions ont été trouvées. Les  migrants ont été placés à Dunkerque, Cassel et Louvroil; aucun à Lille.

Je n'ai pas pu assister à leur départ puisqu'il a été mené le matin de très bonne heure, sans que la presse ne soit prévenue quant à l'heure justement. L'événement n'a donc pu être relayé (sauf un article dans 20 minutes).

Depuis lors, des grilles ont été posées par la Police Municipale pour empêcher d'éventuels retours. En moins de trois heures, la place a été soigneusement nettoyée, comme si on voulait effacer toute trace de cette présence.

A savoir quand même, aux dires de personnes qui y ont assisté, que les interventions auprès du Tribunal Administratif ont surtout fait mention des pertes subies par les promoteurs ayant financé des programmes  de logements neufs à proximité. Ces pertes, parait-il, ayant une incidence sur les finances de la mairie, Madame la Maire ne pouvait rester indifférente aux dérangements  pécuniaires encourus par les actionnaires des constructeurs.  Il n'a jamais été question des dégâts humanitaires subis par les jeunes, leur solitude et leur détresse. Pendant des mois, ils ont survécu dans des conditions de vie indignes,  à côté de logements neufs non occupés.

migrants-lille-olieux-denis-charlet-afp

 Photographie prise par Denis Charlet, pour l'AFP.

Témoignage que l'on peut retrouver ici.

Le site de France 3 a parlé de cette évacuation, en reproduisant le communiqué d ela Préfecture:

http://france3-regions.francetvinfo.fr/nord-pas-de-calais/nord/lille-metropole/lille/lille-evacuation-du-camp-migrants-du-jardin-olieux-est-terminee-1138481.html

 

Les similitudes avec les avanies endurées par les Roms de Montreuil (qui, eux, n'étaient pas des réfugiés, mais installés à Montreuil depuis dix ans) sont frappantes.

 

1) le refus de rechercher des solutions; l'assistance à ces personnes en grande détresse physique et morale est laissée à des associations humanitaires (que les mélenchonistes vilipendent par ailleurs, lorsqu'elles osent intervenir en Syrie pour soigner les blessés) telles que MSF, à des riverains ou aux rares groupes politiques (NPA, CNT) qui ne trouvent pas indigne de tenter de soulager la misère immédiatement, sans attendre l'hypothétique élection d'un sauveur suprême;

2) le refus de faire installer des toilettes. Ce n'est pas un détail. Qu'aurait coûté, à la municipalité de Montreuil ou à celle de Lille, l'installation de toilettes ? Trois fois rien. Ce n'est pas une question d'argent. Il s'agit d'animaliser les réfugiés, de susciter une réaction de rejet des passants, et du voisinage, en les contraignant à faire leurs besoins dans le square, comme des bêtes.

3) l'effacement rapide de toute trace du passage des réfugiés. A Montreuil, le maire faisait immédiatement détruire, par le personnel municipal, la fresque, chaque jour redessinée, qui rappelait l'errance des Roms qu'il avait fait jeter à la rue.

 

roms-fresque-karcher

 

Photographie de Gilles Walusinski

4) l'installation de grilles, par le personnel municipal, afin d'empêcher d'autres réfugiés de revenir. Pour ce type d'action, manifestement, des crédits sont disponibles. Pas pour aider des gens qui sont à la rue.

A Montreuil, les Roms ont été chassés de l'abri qu'ils avaient trouvé, près du théâtre, et des grilles ont été posées, afin d'éviter qu'ils ne reviennent.

https://blogs.mediapart.fr/juliette-keating/blog/171116/familles-roms-montreuil-mise-labri-jamais-harcelement-toujours

Extrait du billet de Juliette Keating:

Lundi 14 novembre, la police est venue les déloger de sous l'auvent du théâtre. Interdiction d'aligner plus longtemps les tentes sous la maigre protection de l'auvent. La voirie a encore jeté des affaires tandis que les poseurs de grilles faisaient leur boulot. C'est la première fois que je vois un théâtre, ce lieu de culture, de mots, de beauté, d'émotions, cet écrin si précieux à tous ceux que l'humanité concerne, cerné par un grillage haut et bien consolidé.Pour le protéger de quoi, de qui ? De quelques familles pauvres et sans abri. Dégoût. 

Le théâtre cerné de grilles anti-roms, Montreuil 15 novembre 2016 © ACLe Théâtre cerné de grilles anti-roms, Montreuil 15 novembre 2016 © AC

5) Derrière cette hostilité aux pauvres, comme dans le seizième arrondissement de Paris : des intérêts immobiliers. C'était déjà le cas à Montreuil. Si le maire, prétendument communiste, a fait jeter à la rue ces Roms, qui habitaient Montreuil depuis plus de dix ans, c'est pour favoriser une opération immobilière.

"L'humain d'abord", qu'ils disaient...

Déçu

https://blogs.mediapart.fr/juliette-keating/blog/011216/familles-roms-expulsees-montreuil-un-dispositif-delimination

 

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