Allahu Akbar, étoile jaune, blasphème: dérapages de la manif contre l'islamophobie

La manifestation contre l'islamophobie n'a pas attiré les foules. Quinze à vingt mille personnes, un dimanche, pour une manifestation nationale, qui avait fait l'objet d'un intense battage publicitaire, dans une ville de plus de deux millions d'habitants. Lorsqu'on prend connaissance de quelques images tournées durant cette manifestation, on se dit qu'on a fort bien fait de ne pas s'y rendre.

En apéritif, quelques tweets de Madjid Messaoudène, l'un des organisateurs de cette manifestation.

C'est ici.

Et .

Réservé à ceux qui ont le coeur bien accroché.

Si vous êtes sujet aux nausées et aux vomissements, prévoyez un seau avant lecture...

Ou ne cliquez pas sur le lien.

undecided

Sur le déroulement de la manifestation:

1) Les étoiles jaunes

Ignoble, indécent, obscène, aberrant...

Les adjectifs manquent pour qualifier l'initiative de ceux qui ont estimé que c'était une chouette idée de faire porter des étoiles jaunes par les manifestants, et même, d'en affubler une petite fille, dont j'ai masqué le visage, mais qui posait à côté de la sénatrice Esther Benbassa:

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On s'interroge sur les réactions de cette gamine, lorsqu'un professeur, au collège, lui parlera de la Shoah, et lui expliquera que les enfants porteurs d'étoiles jaunes, en 1942, étaient raflés, et emmenés dans des wagons à bestiaux vers des camps d'extermination, où ils étaient gazés, s'ils n'étaient pas déjà morts en arrivant...

 Esther Benbassa prétend, face au tollé, à une indignation quasi-générale, qu'elle " n'avait pas remarqué " ces étoiles jaunes...

De qui se moque-t-elle, alors que, sur ce cliché, elle pose complaisamment à côté d'une dame qui porte cette étoile jaune bien en évidence ?

Au milieu d'un groupe dont tous les membres portent le même autocollant ?

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Précisons que ce cliché illustre un message dans lequel Esther Benbassa présentait la manifestation comme " calme, bon enfant, chaleureuse... Citoyenne, en un mot " ( sic).

Je n'ai décidément pas la même conception de la "citoyenneté" qu'Esther Benbassa...

2) Allahu Akbar !

Marwann Muhammad, l'un des organisateurs de la manifestation, a cru bon de faire scander par les participants, dans la rue, à quelques centaines de mètres des terrasses où sont tombées les victimes des assassins islamistes du 13 novembre 2015, " Allahu Akbar !"

Etrange slogan...

Déclarer que Dieu est grand, dans une mosquée, durant une prière, cela n'est en rien, nous en sommes d'accord, un cri guerrier.

Mais dans la rue, à ce moment et à cet endroit, quel sens accorder à ce cri ?

Quel rapport avec la lutte contre les discriminations ?

Et comment ne pas penser aux attentats ?

Il n'y avait pas de rafales.Celui qui avançait vers le fond de la pièce et vers moi tirait une balle et disait: "Allah Akbar !". Il tirait une autre balle et répétait: "Allah Akbar !" Il tirait encore une autre balle et répétait encore: "Allah Akbar !" (...) le temps était haché par chaque pas, chaque balle, chaque "Allah Akbar !"

Philippe Lançon, journaliste grièvement blessé lors de l'attentat islamiste contre Charlie Hebdo, Le Lambeau, Gallimard, 2018, p 78.

De la part de Marwann Muhammad, qui sait très bien ce qu'il fait, ne serait-ce pas une manière de montrer que les islamistes prennent possession de la rue, donc de l'espace public, et entendent contrôler cet espace public ?

3) L'expulsion d'une femme qui demandait le respect du droit au blasphème

Cette manifestante, qui a repris la méthode d'action des FEMEN, n'était pas membre de ce groupe.

Saluons cependant son courage.

Bien sûr, elle a rapidement été exfiltrée du cortège.

Vous avez dit: tolérance ?

manif-islamophobie-blaspheme-droit-republicain

 

manif-islamophobie-ne-bradons-pas-la-laicite

 

Et pourtant...

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 Dessin de Stéphane Charbonnier, dit Charb, assassiné le 7 janvier 2015, aux cris de Allahu Akbar.

Charb, sur qui "il n'y avait pas lieu de s'apitoyer",  selon les signataires d'une effarante pétition, en 2011, alors qu'il était déjà sous protection policière, qu'il recevait déjà des menaces de mort, et que les locaux de la rédaction de Charlie hebdo venaient d'être détruits par un incendie criminel.

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On retrouvait certains des signataires de cette pétition infâme parmi ceux qui appelaient à la marche contre l'islamophobie de dimanche.

Une raison suffisante pour ne pas s'y rendre.

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 Un entretien avec Cabu, en avril 2012:

CABU : "On reçoit encore des menaces de mort" © Europe 1

Et un dessin, hélas, prémonitoire:

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