Les amis de la génération Thunberg
Abonné·e de Mediapart

14 Billets

0 Édition

Billet de blog 29 mars 2022

Faire du bruit ne suffit plus

Plutôt que de s’inscrire naïvement dans le même cadre de pensée et d’action que celui de l’économie de l’attention des GAFAM, il nous faut sérieusement remettre en question notre approche à la médiation en ligne. Le sens ne se réduit pas à l’information, le désir ne se réduit pas au like, et la signification du Web doit être refondée, s’il on veut collectivement affronter les défis de notre époque

Les amis de la génération Thunberg
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Nous l’entendons régulièrement dans le discours militant et associatif : il s’agirait de « faire du bruit », le plus possible, être de « bons communicants », pour « faire masse ». C’est ainsi que nous parviendrons aux transformations de société – ce serait une prémisse évidente – pour lesquelles nous investissons nos temps disponibles et nos affects. J’aimerais dans cet article critiquer ce présupposé stratégique, emprunté tout droit au marketing et aux pseudosciences de la communication, en explorant d’autres voies de transformations collectives, et ce au travers du terrain où le bruit règne pourtant en maître aujourd’hui : le « web social » des GAFAM. J’essaierai de montrer comment sa configuration actuelle, dominée par l’incitation au pulsionnel et la vampirisation de nos attentions, n’est pas vouée à demeurer ainsi dans les prochaines années, bien au contraire – de nombreuses pistes se dessinent pour un web au service de la création de sens collectif, de la mise en lien et de leurs renforcements, ainsi que des bifurcations socio-écologiques de nos sociétés. 

Techno-fix politico-médiatique

Avant toute chose, je voudrais reprendre et prolonger brièvement la réflexion de Giuseppe Longo, développée dans les précédents billets de ce blog (première partie, deuxième partie), et autour de ce qu’il a récemment appelé « l’agenda du techno-fix ». Constituant un écueil solutionniste aux défis collectifs dont il sera question ici, cette mentalité et sa temporalité propre doit être, d’emblée, rigoureusement critiquée, avant même d’envisager les modes d’actions d’un contre-agenda scientifique, médiatique et technologique.

Rappelons avec Giuseppe Longo que le programme du « techno-fix » devance celui de la technoscience, dès lors que l’on envisage la science comme un processus de pensée critique permettant d’établir des cadres théoriques et des limites aux technologies qu’elle fait naître. Le techno-fix est donc cette approche de la technologie se dispensant aisément de la science qui la rendue possible, et de toute retenue pouvant être prescrite par cette dernière.

C’est une approche qui prévaut chez les néolibéraux actuels – dont le cadre de pensée et d’action est en pleine transformation, depuis le début de la pandémie et face à la réalité des catastrophes écologiques – comme nous avons pu l’apercevoir dans la gestion de la pandémie (cf. billets de blog de Giuseppe Longo). Cela augure de bien tragiques « gestions » et réponses politiques futures à d’autres crises et catastrophes, d’ordre sanitaires ou écologiques. Le dérèglement climatique rend la vie sur terre insoutenable ? Pourquoi ne pas essayer de « re-régler » le climat, en propulsant des aérosols sulfatés dans la haute atmosphère ? Un problème, une solution : Techno-fix !

La sphère médiatique a une grande part de responsabilité dans la promotion de cet « agenda du techno-fix ». En traitant des situations complexes presque uniquement sous l’angle de leurs aspects spectaculaires du moment, en étant constamment tenté par le sensationnalisme des solutions technologiques miracles, la plupart des médias sont peu enclins à analyser en profondeur les causes de « ce qui nous arrive », et encore moins d’en déduire les diverses pistes d’actions capables d’y faire face sur le plus long terme. Il est vrai, avoir 80% des médias en France possédés par 9 milliardaires n’aide pas : quel est leur intérêt pour des transformations en profondeur du statu quo ?

Le visage le plus extrême de cet agenda du techno-fix trouve aujourd’hui son apothéose dans certains esprits de la Sillicon Valley, tout du moins dans ceux ne trouvant, comme résolution à leurs créations – d’abord rêvées comme utopies, avant de devenir des monstres – que la désintermédiation humaine totale. Ce que l’on peut appeler, avec Evgeny Morozov, « l’épistémologie de la blockchain » : un « positivisme fondamentaliste » pouvant « mener à la conclusion perverse selon laquelle ce qui ne pourrait se formuler de manière compatible avec la blockchain serait corrompu par la subjectivité, la vénalité ou la partialité. » Le techno-fix se transforme ici en une forme de transhumanisme 2.0, qui voudrait tout déléguer à la puissance de calcul de la blockchain – plus fiable, plus rationnelle, moins impure d’humanité.   

Je ferme cette parenthèse qui n’en est pas une. Venons-en au web actuel. L’économie de l’attention qui y règne, au travers des GAFAM, rentre en contradiction totale avec les enjeux de bifurcation sociale et écologique de notre décennie, dès lors que toute volonté collective de développer des projets de société réellement nouveaux et porteurs d’avenir sur le long terme se voit court-circuité par une incitation constante à céder à nos pulsions, sur le court-terme. La configuration actuelle du web devient ainsi, en quelque sorte, un « méta-problème » majeur, conditionnant la résolution de tous les autres : elle pose la question de notre capacité-même à « résoudre », ou tout du moins lutter collectivement, contre les problèmes importants de notre époque.[1]

Économie de l’attention des GAFAM : un autre web est possible  

Partons de l’état de fait. Dans un récent dossier du Conseil National du Numérique, réalisé entre autre par l’enseignante chercheuse en philosophie Anne Alombert, les ressorts de l’économie de l’attention sont décortiqués en profondeur sur le plan psycho-social, technologique et philosophique, de manière à dévoiler les dynamiques de désir mimétiques et destructrices qui sont à l’œuvre dans notre milieu numérique. La structure-même des plateformes dominantes « présente des objets qui sont tous mis en relation avec des signaux visibles du désir d’autrui, que ce soit par le biais de likes, de commentaires, de votes, de retweets, etc., et contribuent ainsi à façonner les désirs de chacun en fonction des désirs des autres », nous explique-t-on.

Ce qui est en jeu ici est la « singularité des désirs, [qui] tend ainsi à se voir éliminée, alors même que c’est par la dimension originale et incomparable de nos désirs que nous nous différencions les uns des autres, que nous exprimons nos personnalités, mais aussi que nous nous rencontrons et que nous nous relions, en partageant nos différents désirs et en constituant des objets de désirs communs ». Sauf que « loin de pouvoir créer des relations d’amitié, le réseau social Facebook produit une sorte de mimétisme généralisé : on like un contenu pour montrer que l’on est intéressé ou faire sentir à l’autre qu’il est important, plutôt que pour rencontrer le désir de l’autre ou partager avec l’autre un désir singulier. »

Comme cela est autrement expliqué par la philosophe italienne Gloria Origgi dans un autre article, « le capitalisme numérique a transformé la promesse de reconnaissance pour tous dans la nouvelle sphère publique du net en une angoisse de réputation perpétuellement déçue »,  car « il existe des mécanismes systémiques qui caractérisent tous les réseaux sociaux, tels que l'effet dit "rich gets richer", selon lequel les quelques nœuds du réseau qui reçoivent le plus d'appréciation augmentent leurs chances d'en recevoir de plus en plus au détriment de tous les autres, ce qui radicalise l'anxiété et le ressentiment des utilisateurs. »[2] Pour elle, « le réseau ne crée pas de participation, mais une compétition pour l’attention » par « la quantification du comportement en ligne » et « la concurrence des utilisateurs entre eux ».

Pour autant, Gloria Origgi et Anne Alombert ne se résignent pas quant à la possibilité de faire fructifier d’autres potentiels de ces technologies. Pour Gloria Origgi, « nous pouvons penser à des réseaux complètement différents, basés sur des logiciels non propriétaires et participatifs, des réseaux ouverts et publics, par exemple, qui partent de nœuds ayant une certaine autorité (comme, par exemple, les universités et leurs étudiants) et étendent la discussion par la coopération. Des réseaux qui n'humilient pas les utilisateurs en encourageant la concurrence, mais qui encouragent le dialogue. »

Du côté d’Anne Alombert, dans le cadre d’un atelier de lecture qu’elle a lancé avec le collectif Organoesis et l’AAGT[3], nous encourageons la pratique collective du logiciel libre d’annotations Web Hypothesis, pour expérimenter d’autres types de pratiques sociales sur le Web. À contre-courant de dynamiques que l’on peut observer sur Twitter, par exemple, ce type d’outil sollicite l’interprétation et la réflexion de celles et ceux qui le pratique, reliant des groupes par la discussion argumentée et le partage, souvent intime, de désirs singuliers, de rêves et d’aspirations, permettant d’individuer les membres de ce groupe et leurs désirs plutôt que d’inciter à leur mimétisme. Non pas que ce type d’outil pourrait prétendre prendre la place des plateformes de Meta un jour – il s’agit plutôt d’expérimenter et de nous inspirer de dynamiques nouvelles, porteuses d’espoir comme celle-ci, pour peut-être en étendre les principes, un jour, sur de nouvelles formes de réseaux sociaux en ligne. 

C’est donc un nouvel état de droit du web qu’il nous faut constituer : celui où il nous serait permit de rêver, d’errer et de d’adopter des rythmes de l’esprit dépassant la société de spectacle, préservant la pensée improbable de « la lumière féroce des projecteurs ».[4]

Comme l’écrivait Bernard Stiegler dans La Société Automatique (Fayard, 2015), dans un chapitre intitulé « la destruction de la faculté de rêver », il y a une « incompatibilité profonde entre tout ce qui peut de près ou de loin ressembler à la rêverie et ces priorités d’efficacité, de fonctionnalité et de vitesse » que l’on peut trouver dans le numérique, tel que configuré aujourd’hui. L’errance, la rêverie, la poésie : ces ‘désynchronisations’ de l’esprit humain sont « toujours à l’origine de la pensée qui s’éploie hors de tout sentier battu », selon Bernard Stiegler,[5] et sont des qualités de pensée politique indispensables, par intermittence, mais mis à mal par un capitalisme numérique 24/7 hyper-synchronisant.

Ces phases totalement « inefficaces » de l’esprit ne trouvent aucune place dans l’économie de l’attention des GAFAM, alors même que « c’est la clé de la vitalité humaine », défend professeur David Bates, de l’université de Berkeley. Dans le livre Prendre soin de l’informatique et des générations (FYP éditions, 2021), ce dernier défend que « l’humain est le seul animal qui a erré à travers le monde, créant et transformant des ‘habitudes de vies’ artificielles et techniques. Mais l’errance n’est pas seulement physique. L’esprit humain erre également, en ce sens qu’il est agité et jamais satisfait du monde tel qu’il est. »  

Lutter contre l’économie de l’attention constitue ainsi un enjeu de design technologique, dont une partie du développement pourrait suivre le principe d’un « internet bête », ose réclamer à contre-courant le chercheur Milad Doueihi, critiquant le présupposé selon lequel il faudrait forcément développer « l’intelligence » de nos algorithmes et le traitement de bases de données toujours plus grandes. Pour réunir les conditions de l’événement, improbable et inattendu, de la rêverie et de l’errance, il nous faut en effet se dispenser de la détermination probabiliste des algorithmes, scrutant et mémorisant chacune de nos interactions en ligne. Il s’agirait d’un « internet apaisé, qui respecte notre intimité, n'utilise que très peu de données personnelles ni de technologies de manipulation mentale », comme le dit Tariq Krim dans une de ses newsletter.

Bords numériques transitionnels et contre-agenda affectif

Nous pourrions envisager de tels espaces numériques comme des espaces intermédiaires, des équivalents digitaux des ronds-points des gilets-jaunes, collectivement réappropriés à des fins de mise en lien et de discussion, selon des finalités collectivement délibérées. Des espaces de pensée critique et de création de sens, de partages symboliques échappant à la mégastructure du web du bruit, renfermant le potentiel d’un jour, le renverser. Ce serait de véritables bordures créatives et transitionnelles, réunissant les conditions d’un basculement positif du système.[6] C’est un rêve, mais un rêve rationnel et nécessaire, certainement pas inatteignable. On en observe déjà des prémisses dans divers espaces numériques, comme les forums de discussion Discord, appropriés à des fins militantes ou de recherche collaborative. La possibilité de co-construire nos milieux médiatiques et symboliques, ouverte par le numérique, doit être saisie comme une marge d’action collective inouïe. 

Pour en venir plus directement à la question du bruit, nous devons faire le constat, avec le journaliste Nicolas Celnik et l’écrivain Britannique James Bridle, que « nous nous noyons sous un déluge d’informations auxquelles nous ne sommes plus capables de donner du sens pour comprendre le monde ». Dans un interview publié sur Libération, ce dernier dénonce en effet comment « la croyance selon laquelle davantage d’informations rend le monde plus clair et plus facile à comprendre est fausse. Le monde ne peut pas être réduit à une série de faits et d’éléments informationnels : il est fait de paradoxes, de points de vue divergents, de situations sociales opposées. » Nos esprits humains ne peuvent être réduits à des ordinateurs, traitant automatiquement les données qu’ils reçoivent en input.

Avoir davantage d’information ne suffit pas, faire du bruit ne suffit plus : il nous faut en faire sens collectivement. Cette logique du bruit, partagée même par les associations environnementales, « qui sont persuadées qu’il suffirait de générer toujours plus de données sur les perturbations du climat pour faire changer la société », caricature un peu James Bridle, doit être dépassée.

Cela nous amène à une question tout à fait contemporaine et à mon avis, passionnante : quelle médiation, à l’ère industrielle de l’information, traitée automatiquement par les ordinateurs et surabondante dans son accessibilité, serait à même d’engager nos affects de manière à ne pas simplement nous laisser dans un état confus et polarisé, dans l’état post-véridique caractérisant nos sociétés numériques, mais plutôt à engager nos désirs collectifs vers des formes d’organisations politico-sociales porteuses d’avenir ?

Bien que cette question reste grande ouverte, il nous semble, avec le chercheur en philosophie et design Igor Galigo, qu’une nouvelle figure affective et médiatique reste à inventer, s’emparant des technologies de médiation numérique pour faire passer un message dépassant le bruit, le clash et l’affect de la dérision. Un contre-agenda affectif, de fait, dans lequel le subjectif de l’interprétation serait mis en valeur dans sa capacité à faire bifurquer les données par une imagination synthétique, imprévisible et incalculable – soit ce qui manque essentiellement au traitement numérique de l’information. Des auto-médias visant à « devenir des lucioles et reformer par là une communauté du désir, une communauté de lueurs émises, de danses malgré tout, de pensées à transmettre. »[7]

Nouveau modèle européen des données numériques

Vaste programme, exigeant fondamentalement une autre conception des « big data », de l’intelligence artificielle et des finalités de nos programmations numériques. Pour terminer ce billet, j’aimerais évoquer certaines pistes plus concrètes recelant selon moi d’une telle alter-conception technologique et médiatique.

Certains forums, pour reprendre le dossier du CNNUM, ont « une fonction de support ou d’interface, permettant la mise en relation locale des individus, des associations et des collectivités, au service de la mise en capacité des individus et de la résilience des territoires et des populations. » Elles « permettent de penser et explorer de nouvelles formes d’action associatives, de nouveaux modes d’intervention publique », en constituant des lieux de débats et d’échanges, pouvant aider à renforcer les liens sociaux et incitant à l’enrichissement mutuel des savoirs. Ce type de forum pourraient annoncer des réseaux sociaux qui deviendraient « des espaces de délibérations collectives entre communautés d’amateurs, de chercheurs, de citoyens, des lieux de controverses autour d’arguments scientifiques, de pratiques techniques, de jugements esthétiques ou politiques. »

Une telle « diversification du web », comme l’explique le chroniqueur Jean-Luc Fourquet, devrait parvenir « à titiller de manière constructive notre désir individuel d’appartenance à une communauté » : ce que les GAFAM font avec un certain génie qu’il faut leur admettre, bien qu’ils alignent et détournent ces désirs avec leurs propres objectifs extractivisites de nos attentions et de nos données, « au mépris des intérêts collectifs » et jusqu’à nous en rendre malades.

Bien qu’il faille se méfier de leurs tendances libertariennes et financiarisantes, les technologies des crypto-monnaies, NFT, blockchains et DAO (Decentralized Autonomous Organization), dont je ne développerai pas le fonctionnement ici, pourraient elles aussi trouver un certain rôle dans le renouvellement symbolique du Web, à condition d’être mis au service d’un nouveau commun digital, ainsi que « pour le droit à l’auto-détermination informationnelle et le droit au savoir », dans les mots de Francesca Bria (traduits par mes soins).

Il s’agit de « penser le signal et le symbolique ensemble », plutôt qu’en terme d’opposition, comme le soutient le chercheur britannique David Berry, ancien membre d’Ars Industrialis, critiquant dans ce papier le modèle dominant des Humanités Numériques. Cet alter-modèle du calcul numérique, mis au service de la transmission symbolique humaine, il nous faut en retour le porter sur le plan européen, comme modèle héritant des Lumières, en phase avec nos principes et valeurs démocratiques. Il s’agit d’un paradigme des données encore à construire, mais qui ne se situerait ni dans le modèle extractiviste et libertarien de la Sillicon Valley, ni dans celui de l’hyper-contrôle panoptique et de la censure du Parti Communiste Chinois. Un inter-espace souverain est encore possible entre ces deux « modèles ».

Je finirai ainsi sur un exemple technologique et médiatique plus concret, d’un système de sélection valorisant des contenus en ligne enfouis dans l’océan de bruits et d’insignifiances des GAFAM : The Syllabus. Conçu par Evgeny Morozov, un pourfendeur notoire des libertariens et des techno-solutionnistes de la sillicon valley, ce système de sélection hebdomadaire et personnalisé permet d’accéder à des contenus au travers desquels le nombre de « likes » ou de « cliques » ne joue aucun rôle. Plutôt, des nouveaux contenus de qualité, habituellement dissimulés par les algorithmes des GAFAM, sont identifiés par, dans un premier temps, un mélange d’algorithmes, d’indexations de sources fiables, de « tags » par catégories de contenus, puis, dans un deuxième temps, ces contenus sont revus plusieurs fois dans le cadre d’un « filtrage » par l’équipe humaine du Syllabus.

Ce mélange d’automatisation de la sélection de nouveaux contenus en ligne (dont la production astronomique ne peut être traitée en totalité par des humains), puis de la dés-automatisation de cette même sélection par une équipe humaine, me semble tout à fait pertinente, dans ce modèle Européen des données, encore à construire. 

L’information « faisant le plus de bruit » en ligne consiste en celle capable de vendre à son public des publicités et de générer beaucoup de clique : elle en devient ainsi aisément conditionnable et standardisée, comme l’explique Morozov. Son système, certes payant (l’information de qualité à un prix), y échappe, réinventant la logique du web localement et ce, sans faire appel à une capacité technique fulgurante et GAFAM-esque. En espérant que ce modeste article échappe, lui aussi et à son échelle, à la logique du bruit, et encouragera certain(e)s à reconstruire le web pour lui rendre sa signifiance et ses significations.  

Victor Chaix

Je remercie la luciole Amélie Gregorio ainsi qu’Anne Alombert pour leurs relectures attentionnées de cet article.

[1] Comme l’a très bien exprimé Tariq Krim, dans ce 2ème numéro de sa newsletter

[2] Traduction non-officielle en français depuis l’italien.

[3] Atelier de lecture autour du livre La Société Automatique, animé par le collectif Organoesis en partenariat avec l’AAGT-AI (page web :  https://organoesis.org/recherches/atelier-de-lecture-autour-de-la-societe-automatique)

[4] Georges Didi-Huberman, La Survivance des Lucioles (Les Éditions de Minuit, 2009), p. 21. Reprenant P.P Pasolini, « L’articolo delle lucciole » (1975), Saggi sulla politica e sulla società, éd. W. Siti et S. De Laude, Milan, Arnoldo Mondalori, 1999, p. 404-411.

[5] Bernard Stiegler, La Société Automatique 1. L’avenir du travail (Fayard, 2015).

[6] Je reprends ici une idée formulée par Bernard Stiegler, peu avant son décès, dans une note envoyée par email le 11 mai 2020, pour répondre entre autres aux questionnements d’Esther Haberland de l’AAGT. Il y parlait, je cite, de « bords inventifs et créatifs du système (qui sont nourris par lui), que j’appelle des bords transitionnels en un sens que je préciserai plus tard » – mais qu’il n’a jamais pu prendre le temps de préciser.

[7] Georges Didi-Huberman, La Survivance des Lucioles (Les Éditions de Minuit, 2009), p. 133.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Diplomatie
Macron passe la diplomatie française à la sauce « libérale »
Sous prétexte d’accroître la « mobilité interne » au ministère des affaires étrangères, la réforme prévue par Emmanuel Macron permettra d’offrir des postes d’ambassadeur à des amis politiques ou des cadres du monde des affaires qui ont rendu des services. Tout en réglant son compte à un corps diplomatique que l’Élysée déteste.
par René Backmann
Journal — France
Fausse rétractation de Takieddine : sur la piste d’un « cabinet noir » au service de Sarkozy
L’enquête sur l’interview arrangée de Ziad Takieddine révèle les liens de plusieurs mis en cause avec le clan Sarkozy et leur volonté de « sauver » l’ancien président, mais aussi ses anciens collaborateurs, Brice Hortefeux et Thierry Gaubert, également mis en examen dans l’affaire libyenne.
par Karl Laske et Fabrice Arfi
Journal — Terrorisme
Les confidences du commissaire des services secrets en charge des attentats du 13-Novembre
Le commissaire divisionnaire SI 562 – le nom de code le désignant – a dirigé la section chargée des enquêtes judiciaires liées au terrorisme islamique à la DGSI, entre 2013 et 2020. Il offre à Mediapart une plongée inédite dans les arcanes du service de renseignement.
par Matthieu Suc
Journal — Justice
À Marseille, des juges font reculer l’incarcération à la barre
L’aménagement de peine, par exemple le bracelet électronique, prononcé dès le jugement, est une possibilité qui n’avait jamais décollé avant 2020. Mais à Marseille, la nouvelle réforme de la justice et la volonté d’une poignée de magistrats ont inversé la tendance. Reportage.
par Feriel Alouti

La sélection du Club

Billet de blog
La comédie des catastrophes
Au Théâtre de la Bastille, le collectif l'Avantage du doute dresse un hilarant portrait de la société contemporaine pour mieux en révéler ses maux. De l’anthropocène au patriarcat, de la collapsologie aux comédiennes mères ou non, du besoin de tendresse des hommes, « Encore plus, partout, tout le temps » interroge les logiques de puissance et de rentabilité par le biais de l’intime.
par guillaume lasserre
Billet de blog
La clique de « Kliniken » vue par Julie Duclos
Quinze ans après Jean-Louis Martinelli, Julie Duclos met en scène « Kliniken » du dramaturge suédois Lars Noren. Entre temps l’auteur est décédé (en 2021), entre temps les guerres en Europe ont continué en changeant de pays. Immuable, la salle commune de l’hôpital psychiatrique où se déroule la pièce semble jouer avec le temps. Troublant.
par jean-pierre thibaudat
Billet de blog
La chanson sociale, comme levier d’empowerment Bernard Lavilliers en concert
Dans la veine de la chanson sociale française, l’artiste Bernard Lavilliers transmet depuis plusieurs décennies la mémoire longue des dominés, leurs souffrances, leurs richesses, la diversité des appartenances et propose dans ses narrations festives et musicales. Balzac disait que «Le cabaret est le Parlement du peuple ». En quoi la chanson sociale est-elle un levier de conscience politique ?
par Béatrice Mabilon-Bonfils
Billet de blog
Un poète palestinien : Tawfik Zayyad
Cette poésie simple, émouvante, populaire et tragique a circulé d'abord sous les tentes des camps de réfugiés, dans les prisons avant d'être lue, apprise et chantée dans toute la Palestine et dans tout le monde arabe.
par mohamed belaali