M6r, et les paradoxes de l'auto-organisation (1/2)

Pourquoi un mouvement citoyen est nécessaire en France, et vite !

La corruption de la vie politique sous la Vème

Le m6r a été lancé sur un mot d'ordre citoyen : l'idée est de se débarrasser de la 5ème République et de ses pratiques pourries. J'ai déjà un peu expliqué dans une précédente note de blog pourquoi il avait paru peu judicieux fonder un nouveau parti. L'abstention aux élections est de plus en plus massive, par exemple dimanche dernier lors de la législative partielle dans le Doubs, ou encore aux dernières européennes : tout cela  témoigne d'un rejet massif de la vieille politique. Et avec elle, un rejet des vieux partis qui l'organisent, avec leurs pratiques clientélistes, corrompues, leur façon de détourner un pouvoir qui leur est confié, de faire très exactement le contraire de ce pour quoi ils sont élus. Les partis qui luttent contre cette politique sont touchés de la même défiance, bien malgré eux, tant la politique en général paraît corruptrice, tant de trop nombreux élus semblent s'occuper de leur caste en priorité. On aurait tort pour autant de verser dans le « tous pourris », pour des corrompus notoire et médiatiques, des Cahuzac, de Thévenoud, des Copé et des Sarkozy, pour ne parler que des plus récents, vous avez mille fois plus de gens dévoués et honnêtes, tâchant de bien faire leur travail, essayant de faire ce qu'ils peuvent avec des contraintes plus en plus grandes.

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Les causes sont institutionnelles, avant d'être des responsabilités individuelles

Malgré cela, il faut refonder la vie politique française, en finir avec les vieilles habitudes qui finissent presque toujours par faire dégénérer les bonnes volontés. Ce ne sont pas les hommes qui sont mauvais à l'origine, c'est le système qui pousse au vice, qui demande à magouiller pour monter, qui demande de mentir pour être élu. Les hommes ne sont que de petites roues de transmission dans le vaste engrenage qu'ils ont construit.

Donc il faut changer le système, et avec des outils appropriés

Faute de pouvoir changer les hommes, c'est le système qu'il faut changer, construire des engrenages nouveaux avec pour but l'émancipation, le progrès humain, écologique, de nouveaux droits, le tout grâce à une vraie démocratie : le pouvoir du peuple sur le peuple, et non pas la mascarade à laquelle nous avons le droit aujourd'hui.

La base de notre démocratie, c’est censé être « le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple » (constitution de 1958, article 2), c'est-à-dire la souveraineté populaire. Sauf que… tel n'est plus le cas depuis longtemps, et c'est complètement évident depuis l'adoption du traité de Lisbonne (j'en ai déjà parlé par là).Il faut donc impérativement et rapidement renverser la vapeur, et que nous nous emparions du pouvoir ! Nous, c'est-à-dire le grand nombre, la masse des gens ordinaires et citoyens lambda, pour que plus personne ne puisse prétendre décider à notre place. Reprenons le pouvoir !

Mais pour cela il faut adapter les outils à nos buts, on ne plante pas un clou avec un cornet à pistons, on ne fera pas de mouvement populaire sans pouvoir populaire sur ce mouvement. Sinon ça serait tomber dans les travers qu'on dénonce, et si c'est faire une révolution pour que rien ne change, autant rester chez soi bien tranquillou.

(pour info c'est ça un cornet à pistons, image piquée sur wikipédia, et pour les amateurs...)

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À quoi a servi le « comité d'initiative » ?

Une impulsion initiale

Donc le m6r a été conçu comme un mouvement horizontal, le plus possible, et auto-organisé. La difficulté c'est de savoir comment un mouvement s'auto-organise. L'organisation ne vient pas de nulle part, il faut déjà une impulsion initiale, décider qu'on va s'organiser, et pour quoi faire. C'est le rôle du « comité d'initiative » : le m6r ne sort pas de nulle part, il y a bien de personnes qui se sont dit qu'il fallait le faire, qui se sont réunies, et qui ont lancé l'initiative. Sur l’invitation de Jean-Luc Mélenchon, 50 artistes et intellectuels ont lancé une «déclaration pour la 6e République».

Ce groupe, plus tard nommé « comité d'initiative » par commodité, a appelé à la constitution du M6R et proposant une voie pour son auto-organisation. Le souci est et a toujours été : le plus de transparence et d'horizontalité possibles. Dans cet esprit, ont été publiés compte-rendu de la seule réunion dudit comité (par ici) et comptes bancaires (par là, les dépenses chiffrées sont tout en bas – un détail des comptes est en cours d'élaboration, mais pour le moment, zut, pas le temps !).

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Qui plus est, un mouvement pareil, pour être efficace, a besoin d'être connu, et il ne faut pas compter sur les journaux publics ou privés pour relayer ce genre d'initiative de leur propre chef, à moins qu'elle soit au bord du pouvoir, donc que le travail ait déjà été accompli. Quant à organiser une manif, il faut déjà être connu. Bref, pour être connu, il faut déjà être connu… difficile de s'en sortir…

Le média, c'est nous ! – ou comment franchir la barrière médiatique

Il a donc été utile, pour briser ce cercle vicieux, de demander à des personnes favorables à cette initiative, dont la notoriété publique était déjà importante, de la porter en avant : des artistes, des musiciens, des penseurs, des historiens, des cinéastes, etc. Non parce qu'ils constitueraient une élite par rapport à nous autres, les gens sans qualification ni notoriété particulière, mais d'une part, parce que les artistes (de façon générale), font la beauté de notre société, par leur talent particulier, ils créent une culture que nous tous partageons, nous font rire, nous font pleurer, nous font réfléchir, et qu'une République de la culture populaire et partagée est au premier chef ce que nous réclamons. Parce qu'une bataille politique ne peut se remporter sans bataille culturelle, il était primordial que ce soient des gens de culture qui portent le mouvement en avant.Cela a aussi permis de donner une «caution intellectuelle» au mouvement, on sait qu’on signe avec des artistes ou intellectuels dont on connaît les œuvres et qui sont engagés dans le camp du progrès humain, social et écologique.

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D'autre part, plus simplement encore, parce que ce sont de gens connus, qui vont toucher du monde, beaucoup plus massivement que vous ou moi. Je sais pas vous, mais moi avec toute la bonne volonté du monde, je peux convaincre mes potes et ma famille, quelques autres, mais pas de quoi faire les bases d'un grand mouvement populaire... Au contraire, des gens qui ont déjà une aura, du fait de leur talent, sont écoutés, sont diffusés, directement ou indirectement. Les déclarations de chacun ont permis de donner des perspectives collectives au mouvement, sans présumer de la suite.

Et oui, ça marche ! Pas d'auto-flagellation, ni d'auto-congratulation hâtive

Cependant, ce comité constitué par 50 personnes d'horizons divers, n'a pas spécifiquement de légitimité par rapport aux quelques 76 267 autres. Ils nous ont « prêté » (ou disons qu'on a honteusement récupéré) leur notoriété pour que nous tous ensemble lancions le mouvement, avec ceux qui nous ont rejoints (et moi, coucou! Et toi, lecteur ! Salut !), mais une fois la masse critique atteinte, le mouvement peut rouler tout seul : partage massif de la page pour signer, manif en ligne, réseaux sociaux, blogs, et pour les dinosaures comme moi, le bouche à oreille et même les signatures papier. Après le pic de signature initial, la progression s'est ralentie, mais a toujours continué, même pendant la trêve des confiseurs où l'on pouvait lire nombreux messages d'alerte, comme quoi le mouvement s'essoufflerait, que la dynamique était morte, que c'était un effet bulle de savon. Tu parles ! À 30 signatures par jour, même le jour de l'an, le mouvement ne s'est pas arrêté du tout ! Et pour ceux qui comme moi ont déjà fait des pétitions, et galéré pour les faire signer, 30 par jour, c'est pas si mal.

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Des initiateurs au mur citoyen en passant par les appels collectifs

Bon, et comme on n'allait pas les laisser seuls dans leur coin, le temps de recruter une équipe de modérateurs motivés pour lire de la déclaration pour la 6ème république h24, ouverture d'abord des commentaires (je vous parlerai de ce travail passionnant, ben, plus tard).

Puis, dès que possible, ouverture du mur citoyen (le seul, le vrai, l'unique, le voici!) qui a commencé du tonnerre, et a continué vivace animato, d'une richesse et d'une pertinence que tout le Sénat réuni ne risque pas d'égaler, et dont on n'a pu faire qu'un pauvre compte rendu (935 contributions le jour où le mur a été fermé pour ouvrir l'agora numérique Nous le peuple) – vous parlerai de cet épisode en détails plus tard.

Et comme ya des tas de gens motivés qui ont voulu participer, le m6r a accueilli des personnes aux horizons divers, militants politiques ou associatifs, associations de citoyens, comme par exemple celle des socialistes-socialistes(oui parce que d'autres n'ont de socialistes que l'étiquette officielle, suivez mon regard...), des militant-e-s de Nouvelle Donne, du tirage au sort, de syndicalistes, des militant-e-s au PCF et, ou encore la déclaration féministe.

Enfin, dans l'ensemble, on s'est pas trop mal débrouillés, voyez plutôt.

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Pourquoi on ne peut pas en rester aux outils actuels ?

Enfin, même si ce n'est pas si mal, on ne peut évidemment pas en rester là. Le comité d'initiative a rempli son rôle initial, mais n'est pas censé avoir d'autre rôle plus avant. Il faut donc franchir une étape et se donner les moyens d'avancer.

Le mouvement a rencontré différents problèmes : comment communiquer sur des événements de l'actualité ? Comment recueillir l'avis du mouvement dans des délais suffisamment courts ? Il ne s'agit pas de faire de la com' à tout prix, mais le m6r ne peut pas non plus devenir un mouvement nombriliste et hors-sol, qui ne regarde que lui-même et fait sa petite soupe dans son coin, pendant que le vaste monde tourne, tourne, tourne. Nous avons l'ambition de refonder la république, nous devons donc prendre notre place dans la vie politique française, pour pouvoir la renverser.

Plus fondamentalement, comment arriver à cette fameuse auto-organisation ?

Sous peine d'être coincés sur une pétition, certes forte de 76 347 signatures, complétée d'une agora numérique, certes très active, mais qui ne prenne aucune décision, il faux absolument franchir une nouvelle étape. Se donner des moyens de décider.

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Ce sera l’objectif de ma prochaine note, je parlerai un peu de Nous le peuple et de la désignation de l’assemblée représentative, d'où ça sort, pour quoi faire, ce genre de trucs. (suspeeeeeens….. non en vrai, j'ai du taf à faire, qui commence à devenir urgent, c'est ballot, hein ?)

Après relecture et avant publication, le compteur est à 76 597 !

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