M Tessier
Лентяй (fainéant), бывший неудачник (ex- loser), негодяй (vaurien), самозванец (imposteur), лицемер (hypocrite), категоричный (péremptoire), retraité sans gloire, probable escroc, possible usurpateur, politiquement suspect, traducteur très amateur de littérature russe.
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Billet de blog 18 juin 2022

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Лентяй (fainéant), бывший неудачник (ex- loser), негодяй (vaurien), самозванец (imposteur), лицемер (hypocrite), категоричный (péremptoire), retraité sans gloire, probable escroc, possible usurpateur, politiquement suspect, traducteur très amateur de littérature russe.
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Le symbole et l’action. Les produits d’une époque. (Ievguéni Legalov)

Voici la traduction d’un nouveau texte paru sur Radio-Svoboda, et dû au journaliste Ievguéni Legalov.

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Le symbole et l'action. Les produits d'une époque.

Voici la traduction d’un nouveau texte paru sur Radio-Svoboda, et dû au journaliste Ievguéni Legalov. L’auteur cité, Sergueï Dovaltov, est un écrivain russe de la période soviétique, exilé et mort à New-York, dont j’ai traduit il y a quelque temps sous le titre Album de famille le petit recueil Les Nôtres.

https://blogs.mediapart.fr/m-tessier/blog/210615/album-de-famille-1-serguei-dovlatov

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     Sergueï Dovlatov a écrit que Nikita Khrouchtchiov, Charles de Gaulle et John Kennedy étaient les produits de leur époque. Ils n’étaient certes pas jumeaux, mais Dovlatov voyait chez eux quelque chose de commun – un sens artistique, peut-être. Qu’en est-il pour nous, aujourd’hui ?

     Vladimir Poutine est sans conteste le produit d’un temps passablement révolu. Il retarde, avec sa façon de conduire le jeu politique, ses ambitions impériales sont archaïques, de même que ses tentatives pour résoudre manu militari n’importe quel conflit. Tandis que du côté européen, les anciens élèves d’instituts prestigieux sont merveilleusement adaptés à la résolution des problèmes bureaucratiques et à la conduite de la lutte par voies diplomatiques. Jusqu’au 24 février, Olaf Scholz et Emmanuel Macron s’inscrivaient parfaitement dans la conjoncture de l’époque. Mais aujourd’hui, on peut voir dans leurs agissements qu’ils ne savent pas quoi faire. Accuser ces politiciens n’est guère raisonnable, ils ont devant eux des problèmes dont la résolution ne s’apprend pas à l’Université. Il est douteux que Sciences Po fournisse les connaissances nécessaires pour s’opposer à une dictature ayant de l’expérience. 

     Macron est partisan d’un approfondissement de l’intégration européenne, et d’une Europe-puissance. Là où De Gaulle voyait l’Europe comme une union de nations, Macron voudrait plutôt unir ces nations sous l’égide de l’ « Europe unie ». Le président français prétendait au rôle de leader idéologique de la nouvelle Union « approfondie » : peu après son entrée en fonction, il proposa quelques réformes d’importance pour l’UE, aspirant à montrer qui était le chef. Ce qui pouvait difficilement plaire à la chancelière de l’époque, Angela Merkel ; la rencontre des deux dirigeants prit du retard, et ensuite les discussions au sujet de l’approfondissement de l’intégration et de « L’Europe à deux vitesses » passèrent au second plan. Le coronavirus survint fort mal à propos. Bref, Macron dut temporiser quant à la réalisation de ses projets.

     Scholz est un conservateur dont l’intention était visiblement de poursuivre l’œuvre de Willy Brandt en renforçant les relations russo-germaniques. À ce sujet, Macron, durant sa première campagne électorale, n’accorda guère d’attention aux relations franco-russes, mais, après sa victoire, le premier dirigeant reçu à l’Élysée fut précisément Poutine. Durant cette rencontre, Macron mentionna le premier l’Ukraine, il s’efforça de mettre sur pied un nouveau sommet au « Format Normandie* » et appela au règlement rapide du conflit, mais l’affaire en resta à ces paroles.

     Selon Dovlatov, le sens artistique était ce que de Gaulle, Khrouchtchiov et Kennedy avaient en commun. Ce qui rapproche, à mon avis, Scholz et Macron est leur désir de renforcer les relations mutuelles avec la Russie, et leurs tentatives comiques pour, se tenant dans la rivière avec de l’eau jusqu’à la ceinture, en sortir secs. N’est-ce pas ce à quoi ressemble leur légalisme en temps de guerre. L’invasion de l’Ukraine par les troupes russes fut-elle une surprise pour les dirigeants de la France et de l’Allemagne ? Je pense qu’ils s’attendaient encore moins au réel niveau d’impuissance de l’armée russe et à la bravoure du peuple ukrainien. Les dirigeants européens ont certes condamné avec la plus grande sévérité les actions du pouvoir de Poutine, mais, somme toute, ils avaient leur plan, en cas de besoin : condamner, appliquer des sanctions et attendre. En définitive, qu’est-ce que l’Europe aurait perdu, en cas de succès du Blitzkrieg escompté par le Kremlin ? Le grain eût été livré, éventuellement à un prix différent, de même que le pétrole. Voir Viktor Medvedtchouk ou Viktor Ianoukovitch occuper le fauteuil présidentiel, en Ukraine, eût causé de la tristesse, mais sans atteindre un seuil critique. 

     Seulement, l’Ukraine résiste : qu’on le veuille ou non, il va falloir faire quelque chose. Il va falloir se retrouver assis entre deux chaises, ce qui n’est guère confortable. La France livre tout de même des armes à l’Ukraine : à tout le moins, des obusiers « Caesar » se trouvent sur le front. Avec cela, Macron téléphone régulièrement à Poutine, et appelle le monde entier à ne pas « bafouer » le président de la Russie. Scholz, à son tour, promet des chars, des armes anti-aériennes et des lance-roquettes multiples, mais au moment où j’écris ce texte, il ne se trouve en Ukraine aucune pièce lourde de ce type en provenance d’Allemagne.

     Pendant que les dirigeants européens étudiaient la diplomatie et la rhétorique, les rues de Léningrad** faisaient l’éducation de Poutine : « Si tu ne peux pas éviter la bagarre, frappe le premier. » Il y a une autre règle de porte cochère : si tu as déjà donné un coup, tape plus bas, au minimum en-dessous de la ceinture. Lorsque un voyou vous a déjà porté un coup, il continuera à vous frapper jusqu’à ce que vous vous soumettiez ou alors jusqu’à ce que vous vous mettiez à lui répondre : après quoi, il continuera à vous vouloir du mal,, mais il vous verra tout autrement. Les rues de Léningrad ne connaissent que la force, le désir de parlementer y est vu comme une manifestation de faiblesse. Le langage de la diplomatie ne remplacera jamais pour Poutine celui des poings, éprouvé dans de nombreuses bagarres.

     Les États connaissant « le monde russe » autrement que par ouï-dire l’ont vite compris : ne pas venir en aide à l’Ukraine signifierait devoir bientôt appeler soi-même au secours. Dans le même temps, Scholz et Macron s’efforcent de conserver une neutralité de fait, sous couvert de belles promesses. Les dirigeants d’Europe occidentale adorent les « symboles » : des visites symboliques à Kiev (Kyiv), des actions symboliques et des discours. Mais les symboles, de même que la politique des symboles, sont le produit d’une époque. Une époque révolue depuis le 24 février.

* Voir Wikipedia, le cas échéant (ndt)

** Rappelons que Poutine y fit ses débuts.

https://www.svoboda.org/a/simvol-ili-deystvie-evgeniy-legalov-o-produktah-vremeni/31899965.html

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Répertoire général des traductions de ce blog :

https://blogs.mediapart.fr/m-tessier/blog/280418/deuxieme-repertoire

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