Coronavirus, accélérateur d’une crise annoncée

Le coronavirus ne remet pas seulement en cause un gouvernement bourgeois inapte à gérer la crise, il remet en cause un monde : celui du capitalisme financiarisé. Voici une critique sur la destruction méthodique de l’hôpital, et d'un gouvernement dans l'erreur absolue tout en pensant être au sommet de la vérité.

Qu’est-ce qui se joue dans la crise que l’on vit actuellement ? Une question sanitaire, économique, social, éthique ? Quelle serait la hiérarchie des priorités d’un monde qui fonctionne à l’envers en subordonnant tout but à la recherche éperdue de rentabilité conçue comme finalité de toute chose ? Une chose est sure, la crise sanitaire du coronavirus se trouve à un carrefour d’autres crises qui se sont accentuées depuis deux mois. Certes le capitalisme financiarisé n’est pas responsable de la création du virus Covid19, pourtant sa responsabilité est immense dans le désastre que l’on vit aujourd’hui. Cette responsabilité a de multiples causes.

 

Plan du billet

1. La responsabilité d’un monde

2. Le capitalisme financiarisé à l’assaut de l’hôpital

2.1. Historique des attaques contre l’hôpital. 

2.2. La crise de 2008 : sauvons les banques en détruisant l’hôpital

2.3. De Sarkozy à Macron, une responsabilité totale

2.4. Une dénégation de la souffrance des soignants

3. La responsabilité du gouvernement dans le coronavirus

3.1. Des contradictions consternantes

3.2. Un déni pandémique gouvernemental 

En conclusion

 

  1.  La responsabilité d’un monde

D’abord, il y a l’absurdité d’un système économique créant des chaînes de valeurs globales éclatées dans (ensemble des activités réalisées par les entreprises en différents lieux géographiques pour créer un produit), rendant les pays mutuellement dépendants, notamment de la Chine pour La France favorisant pour coup le risque de pénurie de médicaments[1]. Par ailleurs, les concepts de « souveraineté, de frontière, de limite et même de dépenses publiques, associées depuis un demi-siècle dans les discours publics au « national-populisme » refont surface » chez les néolibéraux qui les combattent pourtant avec passion[2]. Ensuite ce système économique mortifère détruit la nature, les modifications de l'environnement et la destruction accélérée des habitats développent de manière croissante notre vulnérabilité face aux pandémies et notamment celle du Covid19[3]. Pour finir et ce sera le thème de ce billet, le capitalisme financiarisé organise la déconstruction méthodique de l’hôpital pour le faire fonctionner comme une entreprise, substituant la recherche de rentabilité à l’éthique de la santé : logiques managériales, austérité et tarification à l’activité en sont les conséquences.

Par ailleurs, comment oublier l’ensemble des travailleurs sociaux qui sont actuellement dans les Maisons d’Enfance, les foyers de vie, les CHRS, travaillant sans aucune protection, et qui subissent depuis plus 20 ans plein la violence managériale[4], la marchandisation subordonnant l’éthique à l’économie[5]. Nombreux sont ceux qui, par bravoure, se sont confinées avec les personnes accompagnées en abandonnant vie de famille et personnelle.

Comment ne pas penser à toutes les aides-soignantes dans les Résidences pour Personnes Âgées qui dénoncent depuis des années des conditions de travail décadentes, le manque de moyens et d’effectifs qui normalise la maltraitance institutionnelle, certaines personnes âgées privées de toilette faute de personnel pour encadrer.[6] Les RPA sont devenues des entreprises commerciales pour l’avidité des puissants de ce monde, dont 6 propriétaires de groupes de RPA font partie des 500 plus grandes fortunes de France.[7] Ce manque de moyens se fait encore plus sentir et aujourd’hui le bilan est lourd : 2028 pensionnaires de RPA sont morts du coronavirus depuis le début de l'épidémie en France.[8]

Toutes ces problématiques existaient avant le coronavirus et provoquaient violences et souffrances. Le Covid19 n’a fait que les accentuer. Bref, le coronavirus ne remet pas en cause une politique, il remet en cause un monde.

 

  2.  Le capitalisme financiarisé à l’assaut de l’hôpital

Celui qui osera prétendre que l’hôpital va mal seulement depuis le coronavirus est soit un affabulateur, soit un idéologue, ou bien les deux. L’hôpital va mal depuis le tournant des années 2000, subissant la déconstruction méthodique du service public, du secteur social et médico-social et du système de soins orchestrées par les politiques néolibérales. Ainsi dans les années 1980, la France disposait de 11 lits d’hôpital (tous services confondus) pour 1 000 habitants. Depuis, on n’en compte plus que 6. Le nouveau maître mot qui s’impose partout et notamment à l’hôpital est « financiarisation », qui va s’exercer sous le joug de la rentabilité, de l’endettement, de la gouvernance managériale et de la substitution des valeurs de soin à celles des valeurs marchandes. Les patients qui meurent[9] dans les couloirs de l’hôpital[10] faute d’être pris en charge sont un symptôme des plus flagrants des mutations qui affectent le système de soin[11]. L’hôpital va mal, depuis longtemps. La crise sanitaire du coronavirus hyperphorie simplement cette réalité.

 

  2.1.  Historique des attaques contre l’hôpital

Comment la France est-elle passée de la première place des systèmes de soins mondiaux en 2000[12] à la 15ème place en 2015 ?[13] La réponse à cette question n’est pas complexe, elle révèle une politique économique uniforme depuis 20 ans mis en place par les gouvernements situés à droite comme à gauche, bien que ce dernier, le Parti Socialiste, est depuis longtemps la fraction non-assumée de la droite, mais également le gouvernement actuel de l’extrême centrisme sensé rassembler le meilleur de la droite et de la gauche, mais qui en réalité sera toujours le pire de la droite. Retraçons donc brièvement 20 ans de politique contre l’hôpital.

Au milieu des années 2000, la tarification à l’activité (T2a) va révolutionner le système de financement. Avant celui-ci, les modes de financement différaient selon la nature de l’établissement de santé. Ils étaient financés par une dotation globale calculée en fonction du nombre de journées annuelles d’un établissement recalculée chaque année. Pour les politiques, ce mode de financement n’était d’une part pas assez rentable ne s’adaptant pas aux variations d’activité. D’autre part, il ne permettait pas une bonne gestion financière. La T2a va donc se mettre en place en 2004. Elle va déterminer le financement des établissements de soins au nombre d’actes médicaux effectués, comme dans un magasin. Un acte égale un prix, ce dernier sera facturé à la sécurité sociale pour être remboursé. Ainsi on met des moyens là où il y aura de l’activité et aucune planification des besoins est réalisée. La rentabilité est donc recherchée par les hôpitaux pour avoir des moyens financiers. La t2a a créé une forme originale de marché qui a induit une transformation de la relation entre le soignant et le patient. Celui-ci passe d’un sujet humain parlant à soigner à un objet de rentabilité. On a donc augmenté la productivité de l’hôpital mais parallèlement, les gouvernements successifs ont amené des mesures d’économies.

Ainsi pour assurer l’équilibre des comptes, les hôpitaux ont dû augmenter les séjours et réduire leur durée ; compresser ses effectifs qui n’ont pas suivi les besoins en augmentation des patients ; austérité de la masse salariale en bloquant les salaires, ceux des infirmièr(e)s sont parmi les plus faibles de 32 pays étudiés par OCDE[14]. Par ailleurs entre 2003 et 2017, nous avons perdu 69.000 lits d’hospitalisation complète.

tablo-lits

En revanche les lits pour les hospitalisations partielles (hospitalisation de moins d'un jour) ont légèrement augmenté, fruit de la politique de soins ambulatoire engagée depuis de nombreuses années. Or, ce « virage ambulatoire » est-il qu’une méthode de communication qui cache une réduction du nombre de lits ou une réelle politique mise en place ?[15]

La recherche prend également du plomb dans l’aile. Bruno Canard, spécialiste au CNRS des coronavirus raconte à LCI que ses études sur les coronavirus ont débuté en 2002 quelques mois avant l’épidémie du Sras (Coronavirus lié au syndrome respiratoire aigu sévère). Or les crédits ont commencé à fondre un an plus tard dès que l’épidémie a diminué. Ainsi le chercheur n’a pu continuer des recherches de qualité sur les familles coronavirus, ce qui nous aurait permis aujourd’hui, d’avoir plus de connaissance pour lutter le Covid-19.[16] Par ailleurs, la fraude et l’évasion fiscale évaluée annuellement à 60 milliards minimum par l’ATTAC[17], et la fraude annuelle à la sécurité sociale des entreprises entre 7 et 14 milliards[18], au plus fort soit 3 fois plus que la dette de la sécurité sociale (5 milliards en 2019), permettraient à notre système de soin de régler de nombreuses difficultés.

 

  2.2.  La crise de 2008 : sauvons les banques en détruisant l’hôpital

Par ailleurs, à partir de la crise financière de 2008, l’austérité est portée par la Commission Européenne comme politique économique indispensable et obligatoire pour les pays européens, devant réduire leur budget public afin de diminuer leur dette et déficit public qui ont explosé, sous l’effet du sauvetage des banques. Génie du capitaliste de faire passer ceux qui ont sauvé l’économie pour les coupables, depuis quand accuse-t-on des pompiers d’avoir créé une inondation pour éteindre un incendie ? Malheureusement, c’est encore l’hôpital public qui va subir une bonne part de la contrainte budgétaire publique. Ainsi, les politiques ont imposé en 10 ans pas moins de 8 milliards d’euros d’économie.

La crise de 2008 a également fait tripler la dette de l’hôpital. En effet, les pouvoirs publics ont encouragé les établissements de santé à emprunter auprès des banques pour financer leurs besoins et ont eu recours à des emprunts à risque. A la suite de cela, l’endettement des hôpitaux qui ont vu leur financement se réduire chaque année. Actuellement, environ six établissements sur dix étaient déficitaires, et la moitié du déficit est contracté sur 40 établissements.[19]

graphique-dette-f2756b-0-1x

 

  2.3.  De Sarkozy à Macron, une responsabilité totale

Pendant les 3 derniers mandats politiques, la casse de l’hôpital n’a pas stagné, elle s’est développée. La loi Bachelot de 2009 se base sur deux mots : rentabilité maximale et hôpital-entreprise. Elle donne le pouvoir absolu aux gestionnaires afin de réduire les coûts et l’augmentation des activités rentables est « devenue l’obsession partagée des directeurs et des médecins gestionnaires » selon André Grimaldi, chef de service à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière.[20] Ensuite, que dire de Marisol Touraine, ministre de la santé sous Hollande qui a orchestré l’ajustement structurel de l’hôpital par les baisses de cotisations sociales, et dont le plan d’économie de 50 milliards de Manuel Valls appelé « Pacte de responsabilité », allait faire porter 15 milliards au système de santé dont 5 pour l’hôpital.[21] Macron quant a lui a mis fin à la sanctuarisation des recettes de la Sécurité Sociale, qui obligeait l’Etat depuis 1994 à rembourser « intégralement toute mesure de réduction ou d'exonération de contribution » de cotisation sociale. Ainsi en 2019, la sécurité sociale a subi un trou de 2,5 milliards d’euros pour répondre à la crise des gilets jaunes, relatif aux heures supplémentaires exonérées de cotisations sociales.

Agnès Buzyn, l’ex-ministre de la Santé macronienne n’est pas innocente dans la gestion des questions de santé. En septembre, elle répond à un infirmier témoignant des conditions de travail de plus en plus difficiles d’arrêter d’inquiéter les français, et qu’un « budget dédié » pour des « solutions pérennes » sera fourni. Ce budget, les soignants l’attendent toujours.[22] Le comble de l’obscène a été de voir Agnes Buzyn en pleurs lorsqu’elle quitte son ministère de la santé le 17 février en disant que « Les valeurs que j'ai portées comme ministre ne me quittent pas, la justice sociale, l'attention portée aux plus fragiles »[23]. Ironie ou cynisme quand c’est sous son règne que la plus grande grève de l’hôpital du 21ème siècle s’est réalisée[24], des urgentistes se mettant en grève, un millier de chef de service qui démissionnent[25], tous ces travailleurs du soin qui descendent dans la rue pour l’hôpital et contre la réforme des retraites. Ces mêmes personnes qui seront envoyées en première ligne dans cette « guerre » selon Macron, au front sans armes, ni gel hydroalcoolique, ni masques, ni surblouses. Ces nouveaux héros en blouses blanches autrefois déniés dans la rue en se faisant violentés physiquement et gazer au lacrymogène[26]par la force policière.[27] Ces nouveaux héros adulés par la majorité gouvernementale dont un des leurs, Gaspard Gantzer, propose qu’ils défilent aux 14 juillet sur les Champs-Elysées, ceux-là même qui ont manifesté notamment avec les Gilets-Jaunes[28], et dont Gaspard Gantzer disait que « si on faisait des tests de QI à l'entrée des manifestations, il n'y aurait pas grand monde ». Ces nouveaux héros, hier déniés dans leurs revendications et leurs souffrances, deviennent aujourd'hui des sauveurs pour un gouvernement qui perd progressivement le peu de crédit qui lui reste.

 

  2.4.  Une dénégation de la souffrance des soignants

La T2a a amené l’hôpital vers l’industrialisation de la médecine hospitalière avec des logiques tayloriennes de travail. Les soignants doivent plus remplir des fiches administratives et des tableaux Excel que de soigner les patients par une relation thérapeutique avec lui. Ils doivent produire du séjour et non plus prodigués du soin sous peine d’avoir une diminution de moyens. C’est le règne du calcul qui domine à l’hôpital réduisant l’humain à une statistique et une donnée comptable. Des soignant(e)s témoignent, comme celle-ci : « La santé, c’est du business aujourd’hui. (…) Mon éthique, c’est de considérer les gens dans ce qu’ils sont et dans ce qu’ils ont. C’est de les soigner, de les guérir quand c’est possible, en tout cas les soulager. Aujourd’hui, on soigne à moitié, on fout hors de l’établissement des gens qui nécessitent encore des soins. (…) Économie, il faut faire des économies, c’est tout ce que tu entends ici. Mais les malades ils ne font pas d’économie sur leur maladie. »[29]

Or le management déshumanisant au profit de la performance économique n’a pas l’air de questionner nos responsables politiques, ni l’impact que son agression sur les soignants comme le confirme cette infirmière : « En détruisant mon boulot, c’est moi qu’on détruit parce qu’il y a une partie de ce boulot qui correspond à ce que je suis. Quand on zappe une partie de notre métier, c’est une partie de nous aussi qu’on zappe ; quand on bafoue notre métier, on se bafoue soi-même, c’est lié. [...] C’est toi qui es perdue parce que tu ne sais plus qui tu es, tu ne comprends plus ce que tu es, tu ne comprends plus ce que tu deviens, et surtout, tu n’aimes pas ce que tu deviens.[30] »

Les impacts psychiques sont connus. Selon des études qui ont été réalisés ces dernières années, 83 % des infirmièr(e)s se « sentent émotionnellement vidés par leur travail » ; 43 % déclarent se sentir « très souvent à bout au terme de leur journée de travail » ; 50 % des professionnels de santé sont concernés ou ont été concernés par le burn-out ; 14 % des soignants ont des conduites addictives ; et 25% d’entre eux ont déjà eu des idées suicidaires du fait de leur travail au cours de leur carrière.[31]

 

  3.  La responsabilité du gouvernement dans le coronavirus

Quelle responsabilité du gouvernement dans cette crise, outre la dimension de l’hôpital ? Celle-ci est liée d’une part à une forme de déni de la réalité pandémique qui s’annonçait, et d’autre part sur fond de contradictions aussi incroyable que désolante. Son discrédit s’est particulièrement fait ressentir au mois de mars alors que la situation du coronavirus s’aggravait.[32]

 

  3.1.  Des contradictions consternantes

Le lundi 9 mars, Macron organisait une opération de communication politique sensée dédramatiser la situation en se baladant tranquillement sur les Champs-Élysées : « Je me promène, j’ai le droit ! J’ai le droit de me promener », disait-il. Or, le 12 mars, il semble que la lumière infuse est montée jusqu’à la tête de notre président bourgeois et a demandé aux français de « limiter leurs déplacements au strict nécessaire » pendant son discours télévisé. Par ailleurs, au matin même de ce 12 mars, le ministre de l’éducation martelait que fermer les établissements scolaires n’était « pas la bonne stratégie » et que cette démarche serait « improductive ». Le soir même, Macron prononçait son discours à la télévision par ces mots : « Dès lundi et jusqu’à nouvel ordre, les crèches, les écoles, les collèges, les lycées et les universités seront fermés ». Le lendemain, Edouard Philippe annonçait que tous les rassemblements confinés de plus de 100 personnes seront interdits à partir de ce jour[33], en ajoutant que « Les conséquences seront importantes sur les cinémas et les théâtres ». Pourtant quelques jours plus tard, Emmanuel Macron se rendait au théâtre avec la première dame afin d’inciter les Français à ne pas modifier leurs habitudes malgré le coronavirus.[34]

Mais le pire n’est pas encore arrivé. Le 17 mars dans le journal Le Monde, l’ex-ministre Agnès Buzyn déclarait : « Je savais que la vague du tsunami était devant nous (…) Le 30 janvier, j’ai averti Edouard Philippe que les élections ne pourraient sans doute pas se tenir. »[35]. Pourtant le 24 janvier, elle déclarait officiellement que « le risque d'importation [du virus] depuis Wuhan est pratiquement nul (…) le risque de propagation est très faible. »[36]. Or, si l’ex-ministre de la santé savait qu’un « tsunami » épidémique dès janvier allait se produire, pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas agi avant à hauteur du risque encouru par la population ? C’est pourquoi après cette déclaration, un collectif de soignants a porté plainte[37] au pénal contre Agnès Buzyn et Édouard Philippe le 19 mars, au motif qu’ils « avaient conscience du péril et disposaient des moyens d’action, qu’ils ont toutefois choisi de ne pas exercer ».[38]

 

  3.2.  Un déni pandémique gouvernemental ?

En bon protecteur, Macron réagit le lendemain pour protéger son ancienne ministre de la santé en affirmant que la crise sanitaire n’aurait pas pu être prévue : « Je félicite ceux qui avaient prévu tous les éléments de la crise une fois qu’elle a eu lieu ».[39] Bien entendu, l’épidémie n’aurait pas pu être évitée contrairement au nuage de Tchernobyl qui s’est évidemment arrêté aux portes de la France, mais du moins, cette crise aurait pu être contenue : d’une part si notre hôpital n’avait pas été démoli méthodiquement depuis plusieurs dizaines d’année, ça on ne revient pas dessus, mais d’autre part à la vue de la chronologie des événements et des décisions politiques, il semble en effet que le gouvernement n’a pas su réguler autant que faire se peut la pandémie.

Pascal Marichalar[40] montre bien que nous pouvons appréhender l’épidémie en 4 temps. Au début de janvier, on apprend l’existence de cette maladie dont ses éléments restent encore inconnus. Au début de février, les spécialistes « ne peuvent exclure le scénario de la pandémie, voire semblent penser que ce scénario est le plus probable ». Le 25 février la probabilité de ce scénario se transforme en réalité. La semaine suivante, le 2 mars, un rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé montre que la possibilité d’arrêter une propagation rapide du Covid19 est « de procéder à des dépistages massifs et ultra-rapides, avec traçage et isolement immédiat des contacts des personnes positives », tout en sachant que dès le 11 février, nous étions alertés sur « la possible pénurie de tests biologiques de dépistage. ». Pour finir le 28 février, l’OMS publie son rapport sur le Covid19 en Chine et démontre que seule la mobilisation de « tout le gouvernement » (…) et de toute la société » permet de vaincre l’épidémie. Ainsi le gouvernement savait qu’il y avait urgence de se préparer à affronter une crise sanitaire sans précédent et avait déjà des modèles d’action. Or, quelques semaines plus tard, Macron va au théâtre, se balade sur les Champs-Elysées afin de rassurer la population. Pire encore, alors que le 28 février l’OMS affirmait qu’il fallait toute la volonté du gouvernement et du peuple pour vaincre la pandémie, Edouard Phillipe détourne unilatéralement un conseil des ministres dédié exceptionnellement au Covid-19 pour annoncer l’utilisation de l’article 49.3 pour faire passer sa réforme des retraites tant critiquée.[41]

Ainsi les difficultés du système de soin, la pénurie de masques, de surblouses, le manque absolu de tests de dépistage, provient d’une irresponsabilité et d’une incompétence du gouvernement à gérer cette crise. Le confinement a été la dernière solution et la plus couteuse économiquement, humainement et sanitairement pour empêcher une prolifération massive dans la population. Cependant, ce confinement n’est encore que partiel, car Macron oblige les travailleurs et les travailleurs de secteur non essentiel à aller travailler pour le pays, au risque de contracter et de propager le virus. Pourtant dans le même temps, le gouvernement demande à tout prix de « rester chez soi » sous peine de sanctions : un message contradictoire de plus.[42] Ce confinement va durer bien plus longtemps que prévu par l’impréparation politique et l’inaptitude d’En marche à gérer cette crise sanitaire, qui, contrairement à ce qu’affirme Macron, aurait pu être atténuée.

 

En conclusion

Macron deviendrait-il socialiste lorsqu’il exprime sa volonté le 12 mars 2020[43] d’« interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies » et d’ajouter que « Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, c’est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre État-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. » Que nenni, la suspension du code du travail, le financement les entreprises capitalistes, l’exonérations des cotisations sociales sur lesquelles repose le système de santé français n’engagent pas de rupture radicale. Ces politiques rappellent plutôt le sauvetage des banques en 2008 par Sarkozy, ces mêmes institutions financières qui se sont ensuite ruées contre les états-nations sous la dictature de l’austérité.  

L’historien autrichien Walter Schneidel écrit qu’il y a « Quatre types de ruptures violentes sont ainsi parvenues à aplatir les inégalités : la guerre lorsqu’elle implique une mobilisation de masse, les révolutions, les faillites étatiques et les pandémies meurtrières »[44]. » Est-ce que nous serions à l’aune d’une rupture radicale avec le capitalisme financiarisé ? Ce programme de marchandisation de toute activité humaine au profit de l’avidité des premiers de cordés. En tous cas ils devraient prendre garde, comme l’écrit Fredéric Lordon dans son billet « Ces connards qui nous gouvernent » : « On s’est beaucoup moqué des soviétiques, de Tchernobyl et du socialisme réel, mais vraiment, le capitalisme néolibéral, (…), devrait prendre garde à ne pas faire le malin. »[45]

 

39845247

 

 

[1]https://www.atterres.org/article/le-covid-19-r%C3%A9v%C3%A9lateur-des-contradictions-de-la-mondialisation-n%C3%A9olib%C3%A9rale

[2] https://www.monde-diplomatique.fr/2020/04/LAMBERT/61620

[3] https://www.franceinter.fr/emissions/le-virus-au-carre/le-virus-au-carre-18-mars-2020

[4]https://blogs.mediapart.fr/edition/le-travail-social-en-question/article/050320/management-neoliberalisme-mise-mort-du-travail-social

[5]https://blogs.mediapart.fr/edition/le-travail-social-en-question/article/080220/la-marchandisation-du-social-tourne-plein-regime

[6]https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/des-patients-d-une-maison-de-retraite-affirment-etre-prives-de-douche-7789659770

[7] monde-diplomatique.fr/2019/03/BAQUE/59613

[8] https://www.bfmtv.com/sante/coronavirus-7560-morts-en-france-dont-au-moins-2028-dans-les-ehpad-1888988.html

[9]https://www.bfmtv.com/police-justice/deux-morts-en-moins-d-un-mois-dans-la-salle-d-attente-des-urgences-de-tours-1448232.html

[10]https://www.francetvinfo.fr/faits-divers/a-l-hopital-de-brest-un-patient-meurt-dans-un-couloir-des-urgences_1707771.html

[11]http://www.leparisien.fr/faits-divers/un-septuagenaire-disparu-retrouve-mort-dans-les-couloirs-d-un-hopital-de-marseille-04-09-2019-8145276.php

[12] https://www.who.int/whr/2000/media_centre/press_release/fr/

[13]https://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/le-systeme-de-sante-francais-classe-au-15e-rang-mondial_1909633.html

[14] « Panorama de la santé », OCDE, Paris, 2019

[15] https://www.la-croix.com/Debats/Forum-et-debats/Le-virage-ambulatoire-lhopital-communication-vraie-politique-sante-2018-07-05-1200952777

[16]https://www.lci.fr/sante/epidemie-de-covid-19-les-recherches-sur-les-coronavirus-avaient-elles-ete-abandonnees-en-france-2147649.html

[17]https://france.attac.org/nos-publications/affiches-tracts/article/60-milliards-de-fraude-et-d-evasion-fiscales-pasavecnotreargent

[18] https://www.lci.fr/social/combien-coute-la-fraude-aux-cotisations-sociales-chaque-annee-des-chiffres-inedits-reveles-par-les-echos-2127638.html

[19]https://www.lci.fr/population/plan-urgence-hopital-que-recouvre-la-dette-de-30-milliards-des-hopitaux-dont-l-etat-va-reprendre-le-tiers-2138211.html

[20] http://leplus.nouvelobs.com/contribution/517294-la-loi-bachelot-a-fait-de-l-hopital-une-entreprise.html

[21] blog.mondediplo.net/operation-resiliation

[22]https://www.lejdd.fr/Politique/il-faut-arreter-dinquieter-les-francais-la-reponse-dagnes-buzyn-au-temoignage-dun-infirmier-dans-le-jdd-3918486

[23]http://www.leparisien.fr/politique/agnes-buzyn-en-larmes-quitte-son-ministere-c-est-un-dechirement-17-02-2020-8261151.php

[24]https://www.sciencesetavenir.fr/politique/greves-illimitees-et-demissions-massives-l-appel-a-l-aide-de-l-hopital_140490

[25]https://www.lefigaro.fr/social/plus-de-1000-chefs-de-service-demissionnent-de-leur-fonction-administrative-pour-sauver-l-hopital-public-20200114

[26] https://www.ladepeche.fr/2019/03/06/les-soignants-gazes-devant-lagence-de-sante,8052467.php

[27]https://www.infirmiers.com/actualites/revue-de-presse/manifestations-contre-retraites-deux-enquetes-ouvertes.html

[28]https://www.revolutionpermanente.fr/Une-aide-soignante-J-etais-pacifiste-je-ne-le-suis-plus-Il-faut-faire-greve-bloquer-le-pays

[29] Fatéma Safy-Godineau. La souffrance au travail des soignants : une analyse des conséquences délétères des outils de gestion. Nouvelle Revue du travail, Nouvelle revue du travail, 2013,

[30] Fatéma Safy-Godineau. La souffrance au travail des soignants : une analyse des conséquences délétères des outils de gestion. Nouvelle Revue du travail, Nouvelle revue du travail, 2013,

[31] https://www.actusoins.com/318373/souffrance-des-soignants-la-prevention-se-met-en-place.html

[32]https://www.huffingtonpost.fr/entry/face-au-coronavirus-la-communication-du-gouvernement-se-met-a-tousser_fr_5e6baddcc5b6bd8156f68254

[33]https://www.huffingtonpost.fr/entry/coronavirus-les-rassemblements-interdits-au-dela-de-100-personnes-annonce-philippe_fr_5e6b7728c5b6bd8156f5975f

[34]https://www.revolutionpermanente.fr/Qui-sont-les-irresponsables-Quand-Macron-allait-au-theatre-pour-inciter-a-sortir-malgre-le

[35]https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/03/18/coronavirus-la-confession-d-agnes-buzyn-suscite-une-double-polemique_6033469_823448.html

[36]https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-vrai-du-faux/coronavirus-agnes-buzyn-a-t-elle-sous-estime-le-risque-de-propagation-en-france_3851495.html

[37]https://www.nouvelobs.com/coronavirus-de-wuhan/20200320.OBS26322/coronavirus-des-medecins-portent-plainte-contre-edouard-philippe-et-agnes-buzyn.html

[38]https://www.lefigaro.fr/politique/coronavirus-macron-repond-a-buzyn-et-aux-commentateurs-qui-avaient-prevu-la-crise-une-fois-qu-elle-a-eu-lieu-20200320

[39]https://www.lefigaro.fr/politique/coronavirus-macron-repond-a-buzyn-et-aux-commentateurs-qui-avaient-prevu-la-crise-une-fois-qu-elle-a-eu-lieu-20200320

[40] https://laviedesidees.fr/Savoir-et-prevoir.html

[41] https://laviedesidees.fr/Savoir-et-prevoir.html

[42]https://blogs.mediapart.fr/ateliers-travail-et-democratie/blog/020420/lettre-ouverte-muriel-penicaud-cessez-votre-politique-criminelle?fbclid=IwAR37sAvGjGxSjkzLNsm5I0BKBPfgB2667u3Hnqq67C6WyzSM0Dc7Y3MOCVw

[43] https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/03/12/adresse-aux-francais

[44] https://www.monde-diplomatique.fr/2020/04/LAMBERT/61620

[45] https://blog.mondediplo.net/les-connards-qui-nous-gouvernent

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.