Le Club de Mediapart et la course au clic

En quelques jours, on aura pu lire dans le Club le nième épisode des élucubrations de Laurent Muchielli sur le Covid-19 et un billet de propagande du ministre des Affaires Etrangères du Pakistan.

Après avoir publié un billet de Laurent Muchielli dans le Club, la rédaction de Mediapart expliquait sur Tweeter que bien qu’il fît « polémique depuis quelques jours », ce billet ne contrevenait pas à sa charte de participation. Bien au contraire, il contribuait à « faire vivre le débat, y compris le débat scientifique ». Quatre jours plus tard, ce billet était dépublié par la rédaction au motif que « la diffusion de fausses nouvelles » était contraire à sa charte (voir ici). En quatre jours, la prose de M. Muchielli passait donc du statut de « contribution au débat scientifique » à celui de « fausse nouvelle ».

Aujourd’hui a été sélectionné à la Une du Club un billet de l’Ambassade du Pakistan en France qui reproduit un texte du ministre des Affaires Étrangères de ce pays condamnant la politique de l’Inde au Cachemire. Il a été rapidement, et sans aucune explication, supprimé de la Une. Entre temps, l’Ambassade du Pakistan s'était évidemment empressée de retweeter le lien sur le billet en le présentant comme un « article dans Mediapart ».

La question n’est pas de savoir si la politique de vaccination de M. Macron dans un cas ou la répression sanglante au Cachemire par le Premier ministre indien Narendra Modi dans l’autre cas sont ou non des sujets légitimes de débat et de critiques dans le Club. Ils le sont bien évidemment et comme bien d’autres.

La question est celle de la sélection des billets publiés à la Une du Club par la rédaction de Mediapart. De plus en plus sont sélectionnés des billets écrits par des abonnés ayant déjà une visibilité médiatique, ou des organisations connues dans l’espace public. Certaines de ces contributions sont évidemment de grande valeur. Mais quand une personnalité connue dans les médias ou quand une organisation qui a par ailleurs des moyens de faire connaître ses opinions voit tous ses billets sélectionnés par la rédaction, quel qu’en soit le contenu, il convient de s’interroger.

Une réponse à cette interrogation (même si ce n'est pas la seule) est que le Club génère des pages vues qui s’ajoutent à celles des articles des journalistes de Mediapart. De plus, les billets du Club peuvent être lus par les non-abonnés et concourent donc à donner une meilleure visibilité à Mediapart dans les moteurs de recherche.

Dans ces conditions le billet d’un directeur de recherche au CNRS, déjà connu pour certains de ses travaux, a plus de chances de générer des clics que celui de Mme Michu. Bien que le directeur du CNRS en question n’ait pas plus de compétence que Mme Michu en virologie ou en médecine des maladies infectieuses, l’un et l’autre n’ont pas le même capital symbolique nous aurait dit Bourdieu. Et le capital symbolique, c'est du clic en puissance. Va donc pour M. Muchielli et tant pis pour Mme Michu.

Jusqu’au moment où cette course au clic commence à porter atteinte à la réputation de Mediapart. Même si les contenus publiés dans le Club « n'engagent pas la rédaction », un billet qui triture les statistiques pour prouver que les vaccins tuent plus que le virus et un autre qui relaie la propagande d’un État qui n’est pas connu pour son attachement inconditionnel aux droits humains, cela fait certes du buzz et cela génère des clics. Mais il y a des effets secondaires indésirables. Et c’est alors qu’une « contribution au débat scientifique » est dépubliée et qu’un communiqué de l’Ambassade du Pakistan disparait de la Une sans explication.

Jusqu’au prochain couac. Car la course au clic est une drogue dure.

 

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