Monsieur 100 000 morts

Quel sobriquet la postérité réservera-t-elle à Emmanuel Macron ? Président des riches ? Éborgneur en chef ? Un troisième pourrait s’imposer d’ici quelques jours.

Président des riches ? Ce serait amplement mérité au vu des efforts constants du président de la République pour diminuer la fiscalité des plus fortunés (suppression de l’ISF), des entreprises (baisse de l’impôt sur les sociétés) et de leurs actionnaires (prélèvement forfaitaire unique). « Les gens qui réussissent » lui sont tout aussi reconnaissants de son inaction dans la lutte contre la fraude fiscale et louent sa persévérance à réduire les allocations versées aux chômeurs, aux bénéficiaires des APL et du RSA, bref à tous « ces gens qui ne sont rien » et coûtent « un pognon de dingue ».

Éborgneur en chef ? Le bilan d’Emmanuel Macron en matière de répression policière parle de lui-même : 4 morts, 30 éborgnés, 353 blessures à la tête, 6 mains arrachées et des milliers de blessés par les forces de l’ordre depuis novembre 2018 (voir ici). A ce jour, pas un seul policier n’a été condamné à une peine de prison ferme et les responsables des 4 décès sont toujours en fonction, protégés par leur hiérarchie et leur ministre de tutelle. Depuis la guerre d’Algérie, aucun président de la République n’avait ordonné une répression d’une telle violence en métropole mais cette fois, il s’agit d’une guerre sociale.

C’est toutefois l’épidémie de Covid-19 qui a révélé les qualités de dirigeant de celui qui déclarait modestement en 2017 : « Je ne suis pas fait pour diriger par temps calme. Mon prédécesseur l’était, mais moi je suis fait pour les tempêtes. » Les stocks de masques n’ayant pas été reconstitués pour faire des économies, ils furent déclarés inutiles tant que durait la pénurie avant d’être rendus obligatoires sous peine d’amende dès que l’approvisionnement fut rétabli. Le matériel pour les tests PCR n’étant pas disponible, ceux-ci furent réservés aux seuls malades graves jusqu’à ce que M. Macron décide que tous les Français devaient pouvoir se faire tester. L’intendance ne suivant pas, on devait alors attendre plus d’une semaine pour obtenir les résultats des tests, ce qui les rendait inutiles. La stratégie tester-tracer-isoler ayant échoué faute d’avoir mis en place une organisation permettant effectivement de tracer et d’isoler, on la renomma tester-alerter-protéger. « Quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots », disait déjà Jaurès en 1900.

Puis vinrent les vaccins : on allait voir ce qu’on allait voir. On a vu… Plus de trois mois après le début d’une campagne de vaccination lancée à grand renfort de consultants, moins de 5% de la population française a reçu les deux doses de vaccins, soit dix fois moins qu’en Israël, quatre fois moins qu’au Chili et deux fois moins qu’aux États-Unis (voir ici). Un an après le début de la pandémie, la France en est à son troisième confinement, que la propagande du régime nomme désormais « mesures de freinage » car celui qui joue au Grand Épidémiologiste a décrété fin janvier qu’il n’y aurait pas de reconfinement.

Si cette pandémie a touché tous les pays, la France est l’un des pays développés qui a l’a le plus mal gérée, que ce soit en matière de prévention, de tests, de capacité de soins ou de vaccination. Avec les conséquences que l’on connait : depuis fin octobre, Santé Publique France a comptabilisé en moyenne près de 400 décès quotidiens dus au Covid-19. Le 8 avril, le nombre cumulé de décès par million d’habitants était de 35% inférieur en Allemagne par rapport à la France (932 contre 1441) alors que le nombre de personnes âgées de plus de 65 ans est supérieur de 31% outre-Rhin (voir ici et ).

Bien que le président de la République ait décidé de tout et tout seul depuis le début de l’épidémie, le très lourd bilan humain de sa politique ne le conduit nullement à se remettre en cause. Bien au contraire puisqu’il déclarait le 25 mars dernier : « Je peux vous affirmer que je n’ai aucun mea culpa à faire, aucun remords, aucun constat d’échec. »

D’ici quelques jours, Emmanuel Macron aura mérité son nouveau sobriquet : Monsieur 100 000 morts.

 © Alain Goutal © Alain Goutal

Mes remerciements à Alain Goutal à qui j’ai emprunté ce dessin.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.