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Elections américaines de mi-mandat. Une Amérique divisée et une gauche naissante.

Premier secrétaire fédéral PS du Morbihan
À propos du blog
La presse française a souffert pendant et après la soirée électorale des « Mid terms ». Car couvrir une soirée électorale sans raz de marée oblige à rentrer dans le détail de plusieurs élections complexes à analyser puisque les 2 principales, celles de la Chambre des Représentants et du Sénat, ont abouti à deux majorités opposées. Donald Trump aurait gagné parce qu’il n’a pas perdu le Sénat alors qu’il a perdu en nombre de voix. Les démocrates auraient perdu parce qu’ils n’ont gagné que la Chambre des Représentants qui a moins de pouvoir que le Sénat du fait du système fédéral. Mais à force de chercher des vainqueurs et des vaincus, on passe à côté des tendances de fond qui émergent de cette élection. 1. Le Sénat ne pouvait en réalité pas basculer Le Sénat se renouvelle par tiers tous les 2 ans, ce qui signifie que les sièges renouvelés cette années sont les sénateurs élus en 2012, soit en même temps que la réélection de Barak Obama. Ce soir-là les Républicains avaient pris le bouillon malgré un écart de voix qui reste limité (51,1% à 47,2%, soit 332 grands électeurs à 206). Au sénat, cela avait donné 23 sénateurs démocrates, 9 républicains et un indépendant. Il faut ajouter 2 postes ouverts supplémentaires ouverts dans le Mississipi et le Minnesota du fait de démissions des sénateurs. Au passage, il faut relever l’incongruité dans ces 2 Etats : à chaque fois, 2 élections sénatoriales parallèles en même temps sur la même circonscription électorale (tout l’Etat). Dans le Minnesota, 2 femmes démocrates ont été élus, l’une avec 60.3% des voix et l’autre avec 53.0%. Dans le Mississipi, ce sont 2 républicains, l’un avec 58.0% et l’autre avec 41.5% avec un troisième candidat à 16% des voix, ce qui est rarissime dans la vie politique américaine. Donc les démocrates, pour prendre le Sénat, devaient tout simplement gagner 2 sièges de plus que le triomphe de 2012, autant dire que la gageure n’était pas réaliste. En ne perdant que 2 sièges en global, les démocrates maintiennent en réalité des positions dans des Etats qui ne sont pas que les 2 côtes Ouest et Est. Les Etats frontaliers du Mexique d’un côté (sauf le Texas) et la Région des Grands Lacs au Nord, sans oublier le trio industriel Ohio-Pennsylvanie-Virginie Occidentale, sont autant de zones où Trump avait pris le leadership et où, cette fois le parti Démocrate s’impose. En conclusion, avant de dire que les démocrates ont perdu le Sénat, il faut rappeler que l’élection du 6 novembre a envoyé au Sénat 21 démocrates, 1 indépendant et 13 républicains. 21 à 13, on a vu des défaites plus rudes. 2. Une élection qui se joue avant l’élection Contrairement aux élections françaises où se bousculent des dizaines de candidats au premier tour et où la sélection s’opère dans l’accès au second tour, le système américain s’organise dans un scrutin en un tour, sauf en Louisiane où l’élection comprend deux tours (mais les 6 districts de l’Etat ont vu un candidat dépasser les 50% dès le premier tour, donc aucun second tour). Les investitures des deux partis dominants sont donc essentielles puisqu’elles décident presque systématiquement les duellistes autour desquels se joueront les élections. Ainsi seulement 4 députés sortants ont été battus dans cette phase d’investiture et ils n’étaient qu’une cinquantaine à ne pas se représenter sur 435 sièges. Ainsi encore en Californie, 49 sortants ont été réélus sur 53 districts. Sur les 4 districts restants, 3 fois, le sortant républicain a été battu par un démocrate et une seule fois, le sortant ne se représentait pas et était remplacé par un successeur de son camp. Dans cet Etat, les démocrates comptent donc 42 députés contre 11 aux républicains. La prime au sortant est donc considérable et c’est ce qui explique la médiatisation de certaines élections. Ainsi Alexandra Ocasio-Cortez, 28ans, se revendiquant socialiste, la députée du 14ème district de l’Etat de New York s’est fait un nom en étant l’une des 4 candidates à avoir battu le député en place lors de l’investiture. Car ensuite, l’élection fut une formalité : 78% des voix. Le député sortant s’est pourtant accroché, en se présentant sans étiquette. Résultat : 6.6% pour Joe Crowley, pourtant élu depuis 20 ans sur ce district. Il s’ensuit qu’une bascule, entre gains et pertes, de 27 sièges au total pour reconquérir une majorité à la chambre des représentants est une performance électorale remarquable, qu’il ne faut donc pas sous-évaluer, vu la faiblesse des mouvements. Autre particularité pré-électorale, les primaires non-partisanes ! certains Etats sur la Côte Ouest notamment (Californie, Etat de Washington) ont adopté cette pratique, les candidats aux investitures des 2 partis participent au même processus. Résultat ? Le siège de sénateur de Californie voit s’opposer 2 démocrates, le candidat républicain le mieux placé étant arrivé 3ème … la sénatrice sortante Dianne Feinstein est donc élue face à Kevin De Leon qui avait pourtant battu cette dernière dans la convention démocrate (mais sans atteindre le seuil de 60% nécessaire pour obtenir le soutien exclusif du parti pour la primaire non partisane … En outre, on peut utilement rappeler que le candidat qui mobilise le plus de moyens financiers dans une campagne électorale de niveau national gagne dans plus de 80% des cas selon les statistiques. C’est donc un préalable majeur de toute campagne qui favorise les camps en place, quels qu’ils soient. 3. Une carte électorale qui définit 2 Amériques. On pourrait caricaturer en disant que les Etats démocrates sont ceux qui ont une frontière extérieure ou qui touchent un océan et les Etats républicains ceux qui n’en ont pas. Il y a deux ans, la percée de Donald Trump avait semblé réduire l’influence démocrate aux 2 côtes Ouest et Est. Cette élection marque une résistance forte des démocrates dans les états du Nord du Midwest (Minnesota, Illinois, Wisconsin), de la Rusty Belt (Ohio, Pennsylvanie) et un retour à l’équilibre, malgré des défaites dans le Sud (Floride et Texas) Mais la ligne de partage entre l’Amérique de Trump est celle d’Obama suit une autre distinction. Pour l’illustrer, il suffit de regarder la carte de l’élection au poste de gouverneur de Floride, celle-là même où l’on recompte les bulletins suite à la percée détonante du poulain de Bernie Sanders, Andrew Gillum. Jusque-là, ce dernier était le maire de la capitale de l’Etat, Tallahassee. Les zones démocrates sont en bleu. Elles sont moins grosses que les zones rouges malgré le fait que le résultat soit quasiment à l’équilibre 50-50, et ce pour une raison simple : les taches bleues, ce sont les 6 grandes villes de Floride : Miami, Tampa, Jacksonville, Orlando, Gainesville et Tallahassee. En Floride comme ailleurs, il y a une Amérique des grandes villes et une Amérique des villes moyennes et des campagnes. L’une vote progressiste, l’autre vote réactionnaire. Ajoutons qu’en Floride, un référendum local redonne le droit de vote à tous les citoyens qui ont été condamné pour des délits divers (sauf les criminels), ce qui va redonner le droit à un nombre conséquent d’électeurs, alors que le siège de sénateur et celui de gouverneur se joue à moins de 30 000 voix sur 8 000 000 millions de votants … 4. Une réforme des investitures du parti démocrate qui redistribue les cartes. Les partisans de Bernie Sanders militent depuis la primaire démocrate de 2016 pour une double réforme du système d’investiture des candidats du Parti. Pour les présidentielles, ils demandaient la fin du vote des super-délégués à la convention démocrate, et la suppression des caucus, un système qui limitait les primaires aux adhérents et sympathisant identifiés et membres d’un « caucus ». La règle de la primaire ouverte est donc désormais pour l’essentiel de mise, ce qui ouvre la voix à des candidats hors establishment quand les sièges sont vacants ou détenus par des républicains. Lors de ces dernières législatives les « establishment candidates » n’ont gagné que 60% des 250 investitures réellement disponibles. Ce sont donc 103 candidats aux législatives qui ont émergé hors des cadres habituels du Parti. Or, dans la mesure où les américains élisent leurs procureurs, leurs juges, leurs sheriffs au sein du même vivier que les parlementaires, les maires …, et du fait de l’absence de règle du jeu financière en matière de compte de campagne, de plafond de dépense, la sociologie des candidats est particulièrement peu diversifiée. Les diplômés en droit, devenus avocats, sont légion. Donc ce déverrouillage politique donne un coup de jeune à ce Parti, et permet à l’aile gauche l’occasion de présenter des candidats et de gagner. Ainsi, la sénatrice Tammy Baldwin a été réélue avec 55,4% des voix dans le Wisconsin, un « swing state » clivé entre un monde rural et de petites villes (70% des habitants) et la très européenne ville de Milwaukee, 600 000 habitants, dont un tiers d’origine allemande. Tammy Baldwin n’a cessé de critiquer Donald Trump depuis son élection et est la première sénatrice américaine à avoir assumé son homosexualité. A l’opposé, sa presque voisine Heidi Heidtkamp, sénatrice sortante démocrate du Dakota du Nord, qui a fait campagne en rappelant ses nombreux votes pour les projets de Trump, a été balayée (55.5% à 44.5%) par son adversaire républicain. A contrario, l’ancien gouverneur de Virginie Occidentale Joe Manchin a été réélu sénateur démocrate malgré un profil conservateur. Avec 69% des voix, cet Etat historiquement démocrate est l’état fédéré où Donald Trump avait réalisé sont meilleur score en 2016. Manchin a toutefois été élu avec un score inférieur à 50% alors qu’il avait obtenu 61% des voix en 2010. 5. Une radicalisation du parti Démocrate plus large Dans un passé récent, le Parti Républicain a connu 3 phases de radicalisation à droite successives : avec George W.Bush d’abord, flanqué de ses faucons, de ses born-again et d’une idéologie néo-conservatrice structurée. Avec les Tea-parties ensuite, en réaction à la politique de Barak Obama ; avec Donald Trump enfin, en partant de son investiture contre l’Etat-major du Parti Républicain. Les démocrates ont donc un choix stratégique à opérer : soit rester au centre, pour séduire les modérés, ou partir à gauche, pour mobiliser son cœur d’électorat. L’élection présidentielle de 2016 a montré les limites de la première option. Face à une droite radicalisée, surexcitée, et donc mobilisée, il est difficile d’opposer une résistance au travers d’un discours prudent. Ce ne sont donc pas que les amis de Bernie Sanders ou les candidats qui profitent du changement dans le mode d’investiture que l’on trouve des candidats plus à gauche. Ainsi le Parti agraire travailliste démocrate du Minnesota a fait un carton presque plein lors de ces élections. Ce parti étrange de prime abord est l’héritage d’une immigration scandinave, allemande, très forte et a donc importé avec cette immigration quelques pratiques politiques. Ce parti autonome hérité de l’ancien vice-président des Etats-Unis, Hubert H. Humphrey, qui fut aussi sénateur de l’Etat et maire de la ville principale, Minneapolis, porte un projet social-démocrate assumé et ses élus qui intègrent le Parti Démocrate au niveau national, revendiquent localement cette spécificité. Lors des élections du 6 novembre, leur résultat est solide : nouveau gouverneur, 2 sénatrices, un siège de député perdu, mais 2 gagnés, pour un total de 5 démocrates et 3 républicains. En particulier, on peut noter la large victoire d’Ilhan Omar, 78% des voix, pour une jeune femme musulmane réfugiée de Somalie, à Minneapolis. Mais contrairement à d’autres territoires américains, ce parti a un solide ancrage rural. Ainsi le 7ème district (qui couvre la moitié de l’Etat en surface) envoie un député démocrate depuis près de 25 ans. Ultime exemple, Beto O’Rourke. Sur le papier, l’ex-député du Texas est un protégé d’Hillary Clinton. Et le 6 novembre, il a perdu face à Ted Cruz pour un poste de sénateur. Pourtant, O’Rourke a orienté sa campagne très à gauche dans un Texas qui n’a élu des démocrates que quand ils étaient plus à droite que les Républicains … A y regarder de plus près, Beto O’Rourke a pourtant fait le bon choix. Donné perdant de douze points au début de la campagne, puis de 7 en moyenne par les instituts de sondage dans la dernière ligne droite, il est venu échouer à 2.5% de Ted Cruz. La performance est d’autant plus remarquable que sur le même périmètre, et au même moment, la candidate démocrate au poste de gouverneur était quant à elle battue de près de 13%. Là encore, Beto O’Rourke s’impose dans les grandes villes de Dallas, Austin, Houston et San Antonio. Il fait également le plein dans son bastion d’El Paso. Mais il gagne aussi tout le long de la frontière mexicaine, grâce à la mobilisation des électeurs hispaniques et du fait de son ancrage dans cette zone. Il perd en revanche dans tout le Deep Texas. Au final, il est battu, mais son pari électoral était le bon et sa percée médiatique le confirme. En cas d’exploit, il aurait été catapulté en haut de l’affiche sans délai. Globalement, les démocrates sont passés de 11 à 13 districts sur 36, renforçant leur implantation à Houston et Dallas. Conclusion provisoire Comme la France, les Etats-Unis vivent une profonde remise en cause des traditions politiques nationales. De Reagan à Bush, le camp républicain s’est réinventé en se droitisant, sans dégâts électoraux. A l’inverse, les démocrates avaient peu bougé de Jimmy Carter à Bill Clinton. Barack Obama aura été le champion de l’optimisation électorale, sans rupture idéologique ou stratégique avec le passé. C’est désormais l’échéance qui est fixé au camp démocrate. Faire cap à gauche pour redevenir populaire ou rester au centre pour capter les déçus du Trumpisme, telle est la question.
  • Elections américaines de mi-mandat. Une Amérique divisée et une gauche naissante.

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    La presse française a souffert pendant et après la soirée électorale des « Mid terms ». Car couvrir une soirée électorale sans raz de marée oblige à rentrer dans le détail de plusieurs élections complexes à analyser puisque les 2 principales, celles de la Chambre des Représentants et du Sénat, ont abouti à deux majorités opposées.
  • La meilleure façon de changer

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    E.Maurel quitte aujourd'hui le PS. Nous devons une bonne fois pour toutes sortir des logiques de courant et de positionnement personnel. Une dizaine de responsables socialistes appellent à un profond renouvellement, qui devra se traduire sur les listes des futures élections, afin que de nouveaux profils, qui ne s'inscrivent pas dans ces logiques, puissent aider le PS à les dépasser.