A St-Denis, un faux obervatoire de la laïcité met homophobies et racismes à l'honneur

L' « Observatoire de la laïcité de Saint-Denis » organise ce samedi une réunion publique dont l'annonce est un modèle de rhétorique réactionnaire : raciste et homophobe, à l'image de plusieurs des intervenant-es.

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Inventer un universalisme, cacher les oppressions

Le texte d'annonce affirme que la République est un « lieu de convergence de toutes et tous, qui accueille avec la même bienveillance croyants et non croyants et qui met sur un même pied d'égalité les minorités et la majorité, est devenue la cible de leurs attaques et de leurs menaces. »

Or , les données sur les violences antisémites ou islamophobes, les hommages rendus à Pierre Loti ou Pétain par l’État, ceux prévus pour Maurras, les discriminations d’État à l'égard des minorités (le refus du mariage homosexuel jusqu'en 2013, après vingt années d'âpres luttes contre les « universalistes » qui considéraient la revendication d'égalité comme du « communautarisme » ; l'abandon des trans et des homos face au sida ; le refus actuel d'ouvrir la PMA, d'interdire les mutilations génitales des personnes intersexe, de faciliter le changement d'état civil pour les trans), la situation des femmes (une femme mourant tous les trois jours sous les coups de son compagnon, inégalités salariales, culture du viol entretenue par notre système policier et judiciaire, etc.), ne sont que quelques exemples d'une longue liste qui invalide la propagande pseudo-universaliste. Non, la République n'a rien d'universel, elle vit sur l'exclusion des minorités, reste très poreuse à la réhabilitation de l'antisémitisme et produit une violence raciste sur d'autres minorités.

En France, il y a quatre à sept fois plus de suicides chez les jeunes homos, et la Belle République Universaliste s'en fout. La Belle République Universaliste enferme de plus en plus d'enfants, elle entrave leur droit à l'éducation, notamment quand ils et elles sont rroms ou allophones, les preuves d'un racisme d'Etat sont flagrantes dans le système de santé, la justice ou la police, mais l' « Observatoire de la laïcité de Saint-Denis ose dire qu'elle « met sur un même pied d'égalité les minorités et la majorité » !

Qu'il est facile de postuler un universalisme quand on invisibilise tout ce qui le contredit ! Et qu'importe si, par là même, on cautionne, renforce, entretien ou crée les discriminations.

Désigner l'anti-France : les musulman-es

Poser mensongèrement la République comme l'incarnation de l'universel permet dès lors de désigner des ennemi-es, de l'intérieur et de l'extérieur : les musulman-es sont clairement visé-es dans leur globalité. Le texte fait de la révolution iranienne de 1979 et l'influence accrue de l'Arabie Saoudite (dont on oublie de signaler que les princes reçoivent de notre belle République de jolies médailles) comme l'acte de naissance d'une « déclaration des droits en islam » opposée à la déclaration universelle des droits humains, notamment des femmes. C'est bien l'islam dans son ensemble qui est visé.

Les Argentines qui doivent avorter clandestinement apprécieront de savoir que leur combat les a opposées à l'islam. Les victimes françaises d'agressions sexuelles qui voient leurs droits à la réparation nié par la justice républicaine devraient se préoccuper de l'entrisme de nos institutions par des musulman-es, seule explication valable aux yeux de nos Super-Dupont à ces dénis de droits.. Les homos de Russie de même. Les familles de migrantEs brisées par les politiques d'Obama puis de Trump aussi.

Rien de bien nouveau sur le soleil du faux universalisme républicain, si ce n'est qu'on n'essaie même plus de servir du concept fourre-tout d'islamisme pour masquer son racisme anti-musulman. Associer la menace sur des droits universels aux seuls musulman-es n'est d'ailleurs pas raciste. C'est aussi une forme de complicité dans les oppressions et dénis de droit existants.

Séculariser le discours du pape sur les homos et les trans

Les musulman-es ne suffisent plus au discours des Super-Dupont. Ils et elles s'en prennent, vraies Christine Boutin laïques, aux études sur le genre : « l'écart entre les Lumières et les anti-Lumières n'a cessé de se creuser. D'abord autour de cette fracture entre les États musulmans et le reste du monde, lui aussi, traversé par d'intenses divergences et conflits divers, tel le courant différentialiste devenu célèbre avec les « Gender studies ». L'idée selon laquelle l'humanité doit être compartimentée en fonction des genres, des cultures et des religions a fait son chemin, théorisée en sociologie par l’intersectionnalité, puis reprise à des fins politiques. »

Or, ce ne sont pas les Gender Studies qui  défendent « l'idée selon laquelle l'humanité doit être compartimentée en fonction des genres. » C'est bien la République. En refusant la PMA aux lesbiennes et la réforme de la filiation, en tolérant les mutilations génitales pour les enfants intersexe, en discriminant les personnes trans, la Belle République Universaliste compartimente l'humanité. Quel mépris pour le réel et les vies humaines concernées faut-il pour confondre l'étude d'oppressions afin d'y mettre fin et les oppressions elles-mêmes ?

On notera au passage l'obscénité qui consiste à mettre au même niveau études sur le genre et Etats musulmans comme l'Iran ou l'Arabie Saoudite, où homos et trans sont exécutés – ce qui n'empêche pas la Belle Répubique Universaliste d'y déporter les LGBT déboutées du droit d'asile. On notera enfin que ce passage est un exact décalque des discours du pape et de la Manif pour tous sur « la théorie du genre » : ici l'expertise queer menace la famille et la société, là la République.

La "laïcité" de l'observatoire de Saint-Denis consiste donc à séculariser les discours de haine d'extrémistes religieux – mais ils ne sont pas musulmans, donc tout va bien.

Racisme anti-migrants, islamophobie, homophobies à l'honneur

Le pannel d'invité-es est à l'image de ce discours : raciste, homophobe, cautionnant l'antisémitisme, transphobe. On entendra donc Djordje Kuzmanovic, ex de la France Insoumise, qui, entre autres banalités racistes , affirme que les migrantEs font baisser les salaires en France, alors que ces phénomènes sont limités et dépendent des politiques d'accueil, non des migrantEs. Marine Le Pen n'était pas disponible ?

On entendra encore Isabelle Barbéris, universitaire, responsable d'une campagne de harcèlement homophobe contre David Bobée, metteur en scène ouvertement homosexuel. Elle a notamment ouvert une fausse page au nom de l'artiste, mettant en avant l'image d'un phoque et d'un symbole trans utilisée pour des toilettes. Depuis la dénonciation de cet acte homopĥobe, elle ne cesse de plaider l'humour, comme le premier Hanouna venu. L' « Observatoire de la laïcité de Saint-Denis », en l'invitant, cautionne l'injure homophobe la plus crasse, piétine la dignité des homosexuel-les, nous fait régresser de plusieurs décennies en matière de droits des personnes LGBTI+. Mais qu'importe, ce sont les pédés, les gouines, et les muzz qui sont un danger.

On entendra aussi Christine Le Doaré, dont les faits d'arme illustrent bien le faux universalisme républicain : se revendiquant féministe, elle exclut femme portant le voile, personnes transgenres (envers qui elle lance ouvertement des anathèmes transphobes) ou travailleuses du sexe (qu'elle essaya de censurer en manifestation, tant son universalisme implique une conception très limitée de la liberté d'expression). Présidente du centre LGBT de Paris-Ile-de-France, elle se moqua, en ennemie acharnée de l'activisme, d'un militant gay russe que la police française avait arrêté alors qu'il allait simplement remettre une pétition à l'ambassade de son pays – vive l'universalisme des droits humains !

On entendra encore Bernard Ravet, principal de collège à la retraite, qui courut les plateaux télévisés à la rentrée 2017 pour y étaler son incompétence sur la laïcité et expliquer à quel point il avait été fier de renoncer à tout devoir éducatif, toute prévention et action pédagogique contre l'antisémitisme, et préféré décourager un élève juif de s'inscrire dans son établissement. Est-ce en donnant la parole au responsable d'une telle défaite face à l'antisémitisme, réel ou supposé, que les Super Dupont de la laïcité veulent nous faire croire que la République est un « lieu de convergence de toutes et tous, qui accueille avec la même bienveillance croyants et non croyants » ?

Ce samedi l'hypocrisie de l'universalisme républicain, son racisme, son homophobie se mettent en scène à Saint-Denis.

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