Gérard Biard, l'hypocrisie raciste pour tous

Allié de catholiques anti-capote, recycleur des arguments de la Manif pour tous contre l'ouverture de la PMA aux lesbiennes, Gérard Biard se permet pourtant de faire la leçon en progressisme à une étudiante sous prétexte qu'elle porte un voile. Nos communautés doivent prendre la mesure de l'instrumentalisation raciste, quotidienne, de nos combats.

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Dans un « billet du jour » publié mercredi 23 mai sur le site de Charlie Hebdo, en écho à la couverture raciste du numéro papier transformant Maryam Pougetoux en singe, Gérard Biard rejoint la meute qui, de l'extrême-droite au Printemps républicain, à la France Insoumise ou encore à Arrêt sur Image, harcèle une représentante de l'UNEF sous prétexte qu'elle porte le voile. Celle-ci avait accordé à Buzzfeed un entretien (voir à ce lien) où elle revient sur la campagne de harcèlement dont elle est victime depuis plus de dix jours.

© paulaveline

Le loup et la militante

« Si ce n'est toi, c'est donc ton frère », disait le loup à l'agneau. Gérard Biard dit à la représentante de l'Unef : « 1/ si tu ne parles pas directement, tu es suspecte, 2/ si tu parles directement, tu es suspecte, 3/ si tu te tais, tu es suspecte ».

1/ Il lui reproche de ne pas parler assez franchement des valeurs historiques de l'UNEF. Or, Maryam Pougetoux est on ne peut plus claire dans l'entretien : « On porte des idées progressistes à l'Unef, et j'estime que c'est un beau combat que de défendre ces valeurs pour que la société évolue. » Quand l'agneau prouve au loup que, buvant en aval, il ne peut salir l'eau du prédateur, la bête cruelle répond : « tu la troubles. » Quand Maryam Pougetoux dit que « c'est un beau combat que de défendre les valeurs » du syndicat qu'elle représente, Gérard Biard écrit : « elle refuse de dire clairement, bien que la question lui soit posée, si elle partage les valeurs historiques de l'UNEF. » Qu'est-ce qui autorise Gérard Biard à mentir ainsi, en dehors de pulsions racistes et sexistes ?

2/ Gérad Biard reproche à Maryam Pougetoux de parler franchement et sans cesse de son voile. Or, comment pourrait-il en être autrement vu que c'est ce voile qui lui a valu reproches, invectives, harcèlements les jours précédant l'entretien ? Bouvet, Biard, Valls, Schiappa, Collomb pourraient chaque jour parler du voile d'une femme, et celle-ci ne devrait pas leur répondre ?

Comme le révèle le journaliste co-responsable de l'entretien pour Buzzfeed, Biard va même jusqu'à trouver le fait d'en parler « suspect » : « Derrière un affichage de bons sentiments dégoulinants, et bien qu'elle s'en défende avec une énergie telle qu'elle en devient suspecte, elle fait bien de la politique et s'y montre particulièrement retorse ».

Quand l'agneau argumente rationnellement sur le courant de l'onde pure, et la place respective des deux animaux, La Fontaine ne fait pas dire au loup : « Le fait que tu parles beaucoup du courant, de l'onde et de troubler ma boisson te rend suspect, tu es particulièrement retors ». Gérard Biard comble cette lacune dans la mauvaise foi prédatrice.

3/ L'éditorialiste reproche enfin et surtout de ne pas prononcer le mot « laïcité ». Combien de fois au moins aurait-elle dû le prononcer pour ne pas être suspecte ? Combien de fois au plus aurait-elle dû le prononcer pour ne pas être retorse ? Gérard Biard ne nous le dit pas. Nul doute que le chroniqueur comblera ce manque dans un hors-série de Charlie Hebdo, en partenariat avec les cellules antiterroristes du ministère de l'intérieur, sur les directives que devraient suivre des femmes portant le voile pour ne pas être suspectes.

En attendant, on aimerait que les Le Pen, Biard, Bouvet, Zemmour, Valls, Dély and co prononce un peu moins le mot « laïcité », et mettent en pratique un peu plus le principe.

Si Gérard Biard est bien le loup, un loup qui a encore renforcé sa mauvaise foi, Maryam Pougetoux n'a par contre rien de l'agneau. Elle est forte, elle a du soutien, et c'est cela aussi qui met en rage les sexistes pseudo-laïques, assoiffés de dire à une femme comment elle doit s'habiller. Biard prouve d'ailleurs involontairement la force et la pertinence de l'analyse de Maryam Pougetoux. Selon lui, qu'elle se taise ou qu'elle parle, quoi qu'elle dise, elle a tort. La représente de l'Unef avait bien indiqué à propos de nombreux médias : « Que je dise oui, non, je ne sais pas, on trouvera toujours un truc à redire. » Juste parce qu'elle porte un voile.

Les droits des LGBT, des hochets pour Gérard Biard

Même s'il n'estime pas le grief comme étant le plus « dérangeant », le chroniqueur reproche à la syndicaliste de ne pas affirmer franchement son opposition aux valeurs de la Manif pour tous. On atteint ici un sommet d'hypocrisie à la fois raciste et homophobe.

Le 21 septembre dernier, Charlie Hebdo consacrait un dossier à charge contre l'ouverture de la PMA aux couples de femmes : aucune lesbienne n'était interrogée, seuls deux hommes en parlaient dans le rédactionnel, les caricatures insultaient les familles homoparentales et les lesbiennes, la question de la sécurité juridique de toutes les familles n'étaient pas abordée, etc.

Gérard Biard signait un éditorial (que j'avais analysé à ce lien) et un entretien avec Jacques Testart, opposant à l'égalité des droits pour les lesbiennes et caution scientiste d'un discours discrimnatoire (voir à ce lien).

Dans l'éditorial de Gérad Biard comme dans l'interview, on retrouve l'ensemble des arguments de la Manif pour tous contre l'ouverture de la PMA : l'assimilation PMA-GPA, le concept de « droit à l'enfant », l'absence du père, etc. Là où la Manif pour tous assimile les enfants de lesbiennes à des fruits et légumes, Gérard Biard parle de « bébé rollex ».

Biard fait mine de se moquer de la Manif pour tous : « « On peut parier que sainte Ludovine de La Rochère est déjà en train de rassembler ses troupes de serre-tête et de mocassins à glands » Mais ce n'est pas le look de de La Rochère qui menace la dignité, les vies et les droits des personnes LGBT, mais bien ses idées – celles que Gérard Biard relaie sans aucun souci.

En septembre, Biard se fait donc l'écho des valeurs de la Manif pour tous contre les droits des lesbiennes. En mai, il exige d'une représentante de l'UNEF qu'elle explicite son opposition aux valeurs de la Manif pour tous.

L'homophobie, c'est quatre fois plus de suicide au moins chez les jeunes LGBT, c'est des agressions (dont les témoignages augmentent à chaque campagne médiatique de la Manif pour tous), c'est une hécatombe provoquée par le sida chez les gays et les trans parce que les bons républicains universalistes ont été indifférent à l'épidémie au sein des minorités, ce sont des insultes quotidiennes, dont certaines sont qualifiées « d'opinions » dans un débat – comme si l'égalité devait être débattue. La lutte contre l'homophobie est vitale et devrait être une priorité de tous, non un alibi. Pour Gérard Biard, la lutte contre l'homophobie est un hochet qu'on peut agiter contre une femme portant le voile, qu'on peut briser quand il s'agit de cracher sur les familles homoparentales et piétiner l'égalité réelle. C'est raciste et homophobe.

L'allié des cathos anti-capotes

Rappelons un autre fait à propos de Biard, qui montre à quel point ses leçons en progressisme sont hypocrites, et signe son islamophobie. Il a co-fondé le réseau « Zéro Macho ». La non-mixité masculine assumée ne le gêne pas. Cette organisation s'est illustrée par son combat pour la pénalisation des clients de prostituées.

Prétendant émanciper les femmes travailleuses du sexe contre leur gré, refusant d'entendre les voix des premières concernées, mais aussi du Planning familial, de Médecins du monde, de l'ONU, de l'OMS, du Conseil national du sida, des associations de terrain, notamment dans la lutte contre le VIH, Gérard Biard s'est allié avec des associations catholiques qui ont longtemps disposé du monopole d'intervention auprès des travailleuses du sexe.

Dans cette croisade, avoir affaire à des organisations religieuses portant des valeurs réactionnaires ne l'a pas gếné. Le Nid ou la Fondation Scelles sont connus pour avoir théorisé le refus de la distribution de capote auprès de prostituées, car cela reviendrait à « cautionner la prostitution ». De telles valeurs n'ont pas gêné Biard.

Le bilan de la mesure qu'a défendue Gérard Biard avec de telles allié-es a été dressé par Médecin du Monde, le Planning, les associations de lutte contre le sida (voir à ce lien). Il est catastrophique sur le plan social et sanitaire. Comme ces mêmes organisations, que Biard a refusé d'écouter, l'avaient prédit. Quand on a contribué à exposer des femmes à plus de violences, quand on les a exposées un peu plus aux risques sanitaires, pense-t-on vraiment être légitime pour fixer des critères de féminisme et de progressisme à des personnes qu'on estime réactionnaires juste parce qu'elles affichent une certaine religion ?

En mars 2013, Biard accordait une interview à la revue du Nid. Il ne prononce jamais les mots « sida » et « capotes ». Mais tout va bien, il prononce le mot « laïcité ».

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