En Marche et les lobbys : étude de cas à la veille des Européennes

Le programme porté par Nathalie Loiseau et la liste Renaissance promet une plus grande indépendance des politiques par rapport aux lobbys privés. La politique française à l'Assemblée mondiale de la santé montre, s'il en était besoin, des pratiques opposées à ces promesses. Sachons nous le rappeler demain.

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Avec son septième engagement de campagne, le programme de la liste Renaissance promet de « Rendre l'Europe aux citoyens » : « Nous rendrons l'Europe plus démocratique [...] plus transparente et indépendante des lobbies. », peut-on lire. Dans le domaine de la santé, sur la question des prix des médicaments et des rapports entre responsables politiques, la ministre s'engageait dimanche dernier face à l'industrie pharmaceutique pour une démarche d'union des pays : « Notre devoir c'est de nous unir pour mieux négocier le prix des médicaments. »

Agnès Buzyn à l'épreuve des faits © meromejardin

Candidate sur la liste Renaissance, Véronique Trillet-Lenoir déclarait jeudi sur Twitter lutter pour la transparence dans la fixation des prix :

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Or la semaine qui vient de s'écouler montre, s'il en était encore besoin, que les pratiques réelles d'En Marche sont à l'opposé de ces déclarations de principe. L'Assemblée mondiale de la santé qui commençait officiellement mercredi avait inscrit à son ordre du jour une résolution forte garantissant la transparence sur les prix des traitements. L'opacité dans laquelle les coûts réels de la recherche et du développement des molécules empêche tout débat démocratique éclairé sur la pertinence des tarifs souvent exorbitants, toute prise en compte de la participation de la puissance publique au financement de cette recherche (par exemple dans la lutte contre le sida ou les hépatites). Cette résolution est donc une nécessité sanitaire et démocratique.

La délégation française présidée par Agnès Buzyn s'est dans un premier temps opposée à la résolution, en intervenant, sous pression de Bercy et de Bruno Le Maire, en amont des discussions, la semaine précédente, pour empêcher l'inscription du texte à l'ordre du jour. Il aura fallu une mobilisation activiste pour que la ministre soutienne enfin, timidement, le texte. Mais ce soutien ne s'est pas traduit en acte. Les représentant-es français-es sont resté-es silencieux les deux premiers jours de négociation, laissant sans leur répondre des pays comme l'Allemagne, opposés à la transparence essayer de vider la résolution de son intérêt. Cette stratégie du silence est à mettre en regard des propos de la ministre quelques jours plus tôt : « Notre devoir c'est de nous unir pour mieux négocier le prix des médicaments. » Drôle de mise en pratique de ce devoir d'union.

Mais la délégation française, présidée par Agnès Buzyn, ne s'en est pas tenue au silence. Mercredi, elle faisait pression avec un petit groupe de pays riches pour que l'Organisation Mondiale de la Santé qui organise l'événement retire de son site le compte-rendu officiel des débats de la veille. Vendredi, elle utilisait le prétexte de ce compte-rendu pour détourner les débats sur la résolution, et retarder l'adoption par des discussions sans fin de procédure.

Que reprochait la France d'En Marche à ce compte-rendu de l'OMS ? D'être transparent, c'est-à-dire de permettre à chaque citoyen-ne de connaitre les pays responsables d'amendements dénaturant la résolution et défendant les intérêts des industries pharmaceutiques.

Interpellé-es sur les réseaux sociaux, Nathalie Loiseau et ses co-listier-es n'ont pas daigné réagir à cette atteinte à la transparence qu'ils et elles prétendent défendre. En Marche promeut en paroles la transparence, en acte l'opacité dont bénéficient les lobbys.

Bien sûr, on n'a pas attendu deux ans et les européennes pour se rendre compte du fossé entre les discours et les actes. Mais ce nouvel exemple, récent, factuel, documenté, doit donner à penser aux électeur-rices, à la veille du scrutin, et alors que la campagne aura été une fois de plus l'occasion d'un chantage au FN pour nous présenter comme rempart démocratique le parti au pouvoir, celui qui enferme des enfants, qui expulse des malades dans des pays où elles et ils ne pourrons se soigner, qui éborgne et mutile des manifestant-es, qui défend la violence extra-légale de barbouzards pour intimider des opposant-es, qui fait convoquer en justice des journalistes pour enquêter sur le pouvoir, qui sacrifie la santé publique aux industriels du médicament.

Ce chantage au FN ne doit plus prendre, et il est essentiel de voter demain en ayant d'autres objectifs. Le Parlement Européen a pu être un rempart à un certain nombre de lobbys, notamment sur la question de l'accès aux médicaments (rappelons-nous le traité sur la contrefaçon ACTA qui prétendait faire passer les médicaments génériques pour des faux). Bien sûr, il a fallu que la société civile se mobilise. Mais quel impact auront les mobilisations avec des élu-es comme ceux d'En Marche, qui assument sans problème les pratiques d'opacité qu'ils et elles prétendent combattre sur le papier ?

 

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