« La République en première ligne » : soit, mais laquelle ?

Des homophobes, des racistes dont une élue qui a transgressé la loi républicaine pour précariser les sans-papiers, des censeur-es, un élu arnaqueur, un fossoyeur de la Sécurité sociale, des ennemi-es des précaires et des travailleur-ses : voilà la tête d'affiche du meeting du Printemps républicain.

Affiche du meeting Affiche du meeting

Ce samedi 30 novembre, le Printemps républicain entend officialiser sa transformation en parti politique. Le programme est disponible depuis plusieurs jours sur la seule page Facebook du mouvement. 5 femmes et 15 hommes sont prévu-es : la République en première ligne n'est pas celle de l'égalité hommes-femmes. Le profil des intervenant-es montrent quelles valeurs le Printemps républicain encourage.

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Un respect sélectif de la République

Cofondateur du mouvement, Gilles Clavreul ouvrira le meeting. Alors qu'il était préfet, il a ouvertement piétiné un devoir du fonctionnaire d'autorité, la neutralité, pour appeler à voter pour Manuel Valls aux primaires de la gauche. Le respect des institutions de la République ne lie donc pas un autoproclamé « universaliste » quand une stratégie politicienne est en jeu.

Valérie Pécresse a été invitée à s'exprimer ce 30 novembre alors même qu'elle a outrepassé sa fonction d'élue régionale pour transgresser la loi républicaine. Elle a en effet supprimé une aide au transport en Ile-de-France pour les bénéficiaires de l'Aide Médicale Etat. Elle a maintenu sa décision malgré plusieurs décisions de justice et rechigne à rembourser plusieurs mois d'aide indument supprimés. Le Printemps républicain qui ne cesse de glorifier l'unicité de la République invite donc une élue qui pense que son territoire peut se passer de la loi républicaine en ce qui concerne certain-es étrangè-res.

Autre intervenant du meeting, le maire LR Philippe Juvin a su profiter de la justice républicaine pour s'enrichir en portant plainte contre un permis de construire délivré par... lui-même, ce qui lui a permis d'obtenir un arrangement de 100 000 euros du promoteur immobilier visé. Belle République en première ligne !

La République du patronat contre les travailleur-ses et les précaires

Le Printemps républicain se dit de gauche. Un des présupposés idéologiques du mouvement a été mis en forme par Laurent Bouvet : en s'intéressant trop aux minorités, la gauche aurait oublié les travailleur-ses et les précaires – comme si minorités et travailleurs s'excluaient.

L'ineptie d'un tel postulat est vite confirmée par le mouvement lui-même : non seulement le Printemps républicain n'a jamais rien proposé pour défendre les droits des travailleur-ses et lutter contre la précarité ; non seulement il s'acharne à effacer toutes les luttes sociales, à l'école, dans le monde de la santé1, celui du travail derrière des polémiques identitaires ; mais ce club de soutien de Manuel Valls assume ouvertement son bilan – la loi Travail qui a entrepris le démantèlement du droit du travail, et les dizaines de milliards d'euros, pris à la solidarité nationale, donnés sans aucune contrepartie au patronat.

Le silence du Printemps républicain sur la réforme des retraites est tout aussi révélateur que le passage d'une de ses fondatrices historiques, Frédérique Calandra, à LREM à quelques semaines de la grande grève du 5 décembre.

On retrouve dans les intervenant-es Bernard Cazeneuve qui a participé au même gouvernement que Valls ; mais aussi Xavier Bertrand ou Valérie Pécresse, qui sous les années Chirac et Sarkozy, ont été en première ligne pour réduire le « coût du travail », entendez les cotisations patronales, sur le dos des travailleurs, baisser les indemnités aux chômeurs-ses, etc.

La République qui enterre la Sécurité sociale et de la santé :

Première préoccupation des Français, la santé est en général absente des préoccupations affichées par le Printemps républicain. Deux personnes en parleront ce samedi. Mais le mouvement donnera la parole à des personnes responsables de l'aggravation des inégalités dans l'accès à la prévention et aux soins. Ministre de l'Intérieur, Jean-Pierre Chevénement a fait en sorte d'exclure de la CMU, couverture pourtant dite « universelle », les sans-papiers qui en sont réduits à un sous régime entravant un dépistage précoce et un accès rapide aux soins. Xavier Bertrand a mis en place les premiers impôts sur la maladie : le forfait à un euro, revenant sur le principe de solidarité fondamental de la Sécurité sociale. Il a par ailleurs entrepris de restreindre l'Aide Médicale État.

Tribune de Aides et Act Up-Paris contre l'impôt sur la maladie, 2007 Tribune de Aides et Act Up-Paris contre l'impôt sur la maladie, 2007

De son côté, Valérie Pécresse, au gouvernement Fillon, s'est opposée à la mise en place de salles supervisées de consommations de drogues, pourtant validée scientifiquement. Une mise en place dès 2010 aurait évité de nombreuses infections aux hépatites virales, des overdoses et aurait rattaché au système de soins les personnes les plus exclues. Les responsables du Printemps républicain relaient régulièrement des messages d'un élu parisien, Pierre Liscia, lui aussi opposé à ces salles malgré leur efficacité. C'est bien la République des idéologies contre tout pragmatisme et preuve scientifique qui est en première ligne.

Les LGBTIphobes et les sexistes en première ligne

En appelant à voter Valls, les fondateurs du Printemps républicain validaient une politique antilaïque qui avait amené l'alors premier ministre à dire non à la PMA pour les lesbiennes et les trans... depuis le Vatican : du jamais vu depuis 1905. Le même gouvernement Valls avait retiré sous pression religieuse des outils de prévention du sexisme et de l'homophobie à l'école. Du jamais vu depuis la fin du XIXème siècle.

Le 30 novembre, ce sera buffet à volonté pour les homophobes, les transphobes, les lesbophobes, les sexistes. Jean-Pierre Chevénement, Valérie Pécresse, Xavier Berrand, Philipe Juvin se sont opposé-es à l'ouverture du mariage et s'opposent à celle de la PMA. Quand il était député européen, Philippe Juvin a signé une tribune d'une émanation européenne de la Manif pour tous.

Quand il était en charge de la lutte contre l'homophobie à la Dilcrah, Gilles Clavreul avait refusé de condamner les propos violemment homophobes tenus devant tout le gouvernement par André Vingttrois. Aujourd'hui, le même donne la parole à des élu-es qui ont menacé de ne pas appliquer la loi républicaine sur le mariage, voire de « démarier » les couples s'ils et elles revenaient au pouvoir : avec le Printemps républicain, c'est bien l'homophobie qui est en première ligne.

Les racistes en première ligne

En appelant à voter Valls, les fondateurs du Printemps républicain validaient une politque rromophobes (« les rroms ont pour vocation à rentrer chez eux », avait dit Valls, ministre de l'Intérieur). La présence de Cazeneuve nous rappelle par ailleurs que ce gouvernement avait lancé un débat public sur une revendication du FN : la déchéance de nationalité. Les actions déjà mentionnées de Bertrand, Chevénement ou Pécesse contre les sans-papiers donnent une idée du racisme qui pourra se manifester ce 30 novembre au Printemps républicain.

Bien sûr, tout le programme est marqué par le fonds de commerce du Printemps républicain, l'instrumentalisation islamophobe de la laïcité. C'est ainsi qu'on donnera la parole au « philosophe » Henri Pena-Ruiz qui a par exemple falsifié Kant pour justifier que son seul point de vue, hostile, sur le voile soit le point de vue « universel », donc que l'universalisme ne soit que l'extension de préjugés non informés.

La censure en première ligne

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Le Printemps républicain défend la liberté d'expression... sauf pour les antiracistes et la gauche. Il a par exemple ouvertement demandé la censure politique et judiciaire d'une formation du syndicat Sud Éducation 93 : les termes de la lettre au ministre Blanquer étaient très clairs.

Dans le même temps, les responsables du Printemps républicain vont défendre la seule liberté d'expression des homophobes (comme Agacinski ou Barbéris), des racistes (Zemmour), des apologistes du viol ou de la pédocriminalité (les propos d'Alain Finkielkraut justifiant qu'on viole une fille de 13 ans après l'avoir droguée étant qualifié d'ironie ou de second degré – ce fut aussi le discours de Raphaël Enthoven, autre intervenant du meeting).

Le second degré n'est évidemment pas invoqué pour tout le monde : Finkielkraut y a droit pour justifier la pédocriminalité, le rappeur Nick Conrad n'y a pas droit pour écrire un texte dénonçant le racisme en inversant les violences – mais Zineb El Razhoui, elle, peut appeler ouvertement la police à tirer à balles réelles sur des habitant-es de banlieue.

Parmi les intervenant-es, Philippe Val a banni de France Inter des humoristes trop critiques envers Nicolas Sarkozy – l'esprit Charlie, n'est-ce pas ? Benard Cazeneuve a restreint le droit de manifester, notamment contre la loi Travail, par des limitations ou des interdictions abusives. Valérie Pécresse porte plainte contre Act Up-Paris pour avoir dénoncé son irrespect de la loi et ses mesures contre les sans-papiers.

 

Celles et ceux qui ne connaissent pas encore le Printemps républicain pourront donc se faire une idée de la sincérité de leur engagement pour les valeurs républicaines de liberté, d'égalité ou de fraternité. Qui, si ce n'est des gens de droite, racistes, homophobes, sexistes, réactionnaires pourrait accorder le moindre crédit à ce mouvement ?

 

1Dernier exemple en date : le 14 novembre, alors qu'une manifestation annoncée depuis des semaines monstre des personnels hospitaliers, annoncée depuis des semaines, réclamait des moyens à la hauteur de l'urgence et alertait sur la fin de l'hôpital public, un responsable du Printemps républicain faisait paraitre ce même jour une tribune sur... le problème religieux à l'hôpital.

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