Le temps Covid notre sac

Inventaire subjectif à compléter, plus ou moins articulé, de bénédictions et méfaits pandémiques.

Proxi-market

Comme s’en gaussait Usul et Cotentin dans un « Ouvrez les guillemets » à propos de « l’affaire Mila » il y a longtemps, plus d’un mois, on fera ici dans le « révélateur ». Sauf hypocondrie, le Covid, tant que personne de proche ne s’est étouffé avec, on s’en fout un peu, ce qui nous intéresse c’est le cataclysmique bordel qu’il provoque ici, tout prêt, jusque dans le plus quotidien du petit geste.

[Ne lisez pas la phrase suivante d’une traite à voix haute en cas de difficulté respiratoire.]

Il y a là une illustration inhabituelle de la loi de proximité, que l’on utilise plus généralement pour se foutre éperdument du sort de pauvres lointains mourant en masse dans les famines que n’ont pas manqué de déclencher une catastrophe locale à laquelle on ne comprendrait de toute façon rien si l’on décidait par goût du morbide ou de la compensation karmique mal placée d’y consacrer un peu de notre temps de cerveau disponible.
On se confine là dedans d’autant plus confortablement cette fois qu’avec une pandémie mondiale, témoigner de son quotidien c’est quasiment toucher du bout de son petit doigt tremblant à l’universel. Ou pas. Nul besoin d’aller voir jusqu’à Haïti, en restant en France on peut aussi lire le confinement comme la continuation de la guerre de classes par d’autres moyens. Le balancement entre ces deux positions, celle qui valorise l’expérience commune, dont l’effet politique est la possibilité de « faire peuple » [35:00] et l’autre qui en pointe les limites, informe probablement plus sur les gens qui s’expriment que sur la réalité qu’ils décrivent ou commentent.

 

Confiné d’oignon

Pour les confinés, au moins pour la partie qui ne gère pas soudainement le jour durant la scolarité d’une ribambelle turbulente dans 30 tout en télétravaillant d’arrache clavier, l’impression du gain de temps est indéniable.

Et qu’en faire ? Tout le monde n’a pas le loisir de polluer les blogs de Médiapart de sa prose. Angoisse.

On voit poindre de tous côté les distractions que de généreuses petites mains de la société du spectacle désœuvrée versent au pot commun numérique. Enfin, commun mais pas pour tout le monde. Même cloîtré il est aisé de maintenir les avatars de la distinction, pensez-y. Si vous avez raté quelque chose, ça se saura à la sortie. Prenez soin de vous, pensez à autre chose, faites comme si de rien n’était. Tenez, voici tous ce que vous vouliez savoir sans avoir jamais pris le temps de vous y intéresser.

Vertige.

Vous avez l’air fébrile, c’est peut-être votre alimentation qui laisse à désirer. D’ailleurs à propos de nourriture, soyez citoyens, consommez normalement. Mais n’allez pas à la boulangerie tous les jours non plus.

Ce n’est pas la fièvre, nous avons les confusions de l’époque chevillées au corps. Citoyenneté et consommation. Culture et diversion. Écran et fenêtre. Etc.

 

Amphiboloquoi ?

En ces temps de redif, pour distraire l’intello séquestré, France Culture nous met de ses classes de maître à l’oreille. Petite phrase extraite de celle d’Amélie Notomb « J’adore le terme de révélation, vous savez que révélation se dit apocalypse en grec ? J’adore… Il y a une amphibologie géniale là dedans. Ce que nous appelons fin du monde, c’est justement la révélation ».

Si comme moi lorsque vous entendez une personne prononcer amphibologie pour la première fois, votre réflexe est de préserver votre égo en supputant qu’elle a buté sur un mot, avant de vite évacuer l’incompréhensible anomalie, en voici une définition. L’hypothèse de mourir moins bête ayant quelque chose de vaguement plus tangible qu’à l’accoutumé, je ne vous souhaite pas que ça serve.

 

Fermeture des plages naturistes

Revenons à notre cygne noir. À l’exception notable de la minorité des gens qui exercent un métier indispensable au fonctionnement de la société, la plupart d’entre nous vient subitement de gagner du temps. La minorité en question est réquisitionnée jusqu’à nouvel ordre et sera donc saignée à blanc pendant les quelques mois qui viennent, conséquemment à « la guerre contre le virus ». En soit il y a là une petite dose de « révélation ».

L’arrêt de nos si indispensables travaux n’a qu’un impact limité, ou nul. Le lectorat de David Graeber (Bullshit Jobs), celui de lundi.am les aficionados des docus de Pierre Carles (Attention danger travail) ou toute personne critique du régime de travail obligatoire qui caractérise notre société ne criera pas au scoop. Peut-être que les autres non plus, dans le fond. Malgré tout l’un des ressorts de notre apocalypse est là. C’est une chose de le savoir, de le supposer, de le sentir au fond de soi. S’en est une autre de le constater des jours durant. L’empereur travail se balade à moitié à poil, et les gosses commencent à se marrer.

Nous n’avons pas gagné de temps. Nous avons gagné l’occasion de revoir nos priorités d’usage de celui-ci. Et c'est encore conserver notre cadre culturel qui fait du temps, concept intangible et hautement subjectif, une chose quantifiable, divisible et donc appropriable. C'est donc notre temps dont nous usons. Dans une logique instituée par le salariat, le confinement et son abondance de chômage partiel s'apparente à une réappropriation de notre temps qui est en général propriété de nos employeurs.

Ceci explique peut-être autant que le culte de la Très Sainte Croissance (priez pour elle) l’acharnement d’une Muriel Pénicaud à maintenir les salariés au boulot, y compris contre l’avis de leurs patrons.

Évidemment on peut invectiver nos connards de gouvernants. Sous le coup d’une colère claustrophobe on pourrait même avoir quelques secret désir de lui challenger sa tronche de DRH zombie à coup de pelle à la Pénicaud. Reste que je donnerais volontiers mon dernier rouleau de PQ pour ne pas être à sa place, en train de tenter de résoudre dans l’urgence les problèmes que mon idéologie sectaire a créé avec les outils limités qu’elle m’autorise à envisager.

Être confiné dans sa propre tête qui pense à l’envers, que voilà une torture à la hauteur de leur méfaits. On peut leur souhaiter tout le cynisme du monde, ils en auront besoin.

 

Je voudrais vous remercier tous jusqu’au dernier (et vous remplacer par des robots si possible).

Comme l’a abondement montré le précité David Graeber, la minorité dont le travail est indispensable subit en temps normal un mépris objectivé par des salaires en berne et des conditions de travail dégradées qui définissent « un boulot de merde », indépendamment des taches effectuées.

Sur ce point l’apocalypse c’est la grande inversion des discours.

Les concerts de louanges aux « personnels soignants » sont de bonne guerre. Au temps jadis, lorsque l’heure était à la restriction budgétaire, le discours bienvenu était déjà d’accompagner chaque serrage de vis d’un petit compliment. C’est gratuit. [Mais pas cette fois-ci promis, il y aura aussi des biftons (la prime aux survivants). Et puis des masques, si si je vous jure, ils arrivent.]

La bascule c’est ce moment où les ont rejoint au pinacle de l’encensement circonstanciel les « hôtesses de caisse » et tout le personnel de la distribution (petite, grande, démesuré, pas de chichi tout le monde est dans le même Titanic, pas vrai ?). Le personnel des Epad. Celui de l’entretien. Les éducateurs. Les postières et les postiers, « qui sont des gens exceptionnels [05:09] absolument vitaux ». Qui seraient tous bien inspirés de ne pas exercer leur droit de retrait. Surtout n’oublier personne. Oups, pas un petit mot pour les éboueurs ? Allons, ne prenez pas la mouche. Non ce n’est pas ce que voulais dire, cette phrase a été sortie de son contexte.

Le sort de toute la population dépendant des services publics et des gens qui produisent et transportent des trucs essentiels, la métaphore du premier de cordée se dénoue et s’étiole. Le souvenir de la sécession de nos élites est frais, est-ce que c’est ce qui pousse tout ce que le pays compte de représentants à se livrer à cette surenchère d’éloges, où est-ce seulement la tradition funèbre ? Grosses ficelles, nos pantins sont lourds, et il faut quand même les faire danser les jours de carnaval.

Voilà pour les discours. En temps normal inverser des propos gouvernementaux est une méthode simpliste mais assez robuste pour accéder au fond d’une pensée paraventée de mots creusés jusqu'à être complètement vidés de leur sens, voire d'anglicismes à la con pour les plus managériaux.

L’état d’exception ne contrevient guère à cette règle. Non, le Panthéon ne redescend pas au niveau de la mer en un jour. Le boulot de Jupiter reste la pérennisation du système « quoi qu’il en le coûte ». Il ne s’agit pas uniquement d’épargner la population mais de mitiger les dégâts sur la démographie (le nombre de morts en clair) et sur l’économie. C’est l'une des explications de notre confinement progressif et quelque peu chaotique, traduction épidémiologique du refus de planifier.

Les remerciements à la chair à canons suffiront-t-ils ? On peut en douter avec Lordon :

« Jusqu’ici, les morts du capitalisme néolibéral, entre amiante, scandales pharmaceutiques, accidents du travail, suicides France Télécom, etc., étaient trop disséminés pour que la conscience commune les récapitule sous un système causal d’ensemble. Mais ceux qui arrivent par wagons, on ne les planquera pas comme la merde au chat. On les planquera d’autant moins que les médecins disent depuis des mois l’effondrement du système hospitalier, et que la population les a entendus. De même qu’elle commence à comprendre de qui cet effondrement est « la responsabilité terrible ». L’heure de la reddition des comptes politiques se profile, et elle aussi risque d’être « terrible » .

Qualifier les victimes du Covid 19 de « morts du capitalisme néolibéral » n’est-ce pas seulement un réflexe de gauchiste qui sait toujours ou est l’ennemi quoi qu’il advienne ? On peut trouver un soutien latéral à la thèse du néolib assassin dans le très éclairant -et réjouissant- billet de l’anthropologue de la santé Jean-Dominique Michel. Sur la base de l’innocuité du Covid-19 en l'absence de pathologie préexistante, celui-ci conclue :

« Il faut oser le dire : ce n’est pas le virus qui tue, ce sont les pathologies chroniques qui rendent une infection au SARS-CoV-2 potentiellement fatale à certains patients déjà lourdement touchés par ces maladies de société, alors qu'il est il est bénin pour les personnes en bonne santé. »

En ajoutant à cela les conséquences désastreuses des politiques des derniers quinquennats sur l’hôpital public français, sur la recherche fondamentale et même sur certaines industries essentielles, soulignés jusque dans les médias les plus « sérieux », la thèse du crime néolibéral tient sur deux jambes.

Le défaitisme est ailleurs

Le paradoxe, c’est qu’on ne peut guère douter de la réelle volonté du gouvernement français de préserver l’économie, pourtant ses décisions, en particulier un recours tardif au confinement systématique de toute la population, ont pour l’instant produit l’effet inverse. Voilà un généreux pied de nez au conspirationniste qui sommeille en chacun de nous : quel que soit la puissance d’une volonté, fût-elle de nuire, rien dans notre monde n’est suffisamment maîtrisable pour que les faits en soient la simple expression. On voit ici poindre la notion de complexité, centrale notamment dans la collapsologie. De ce point de vue l’épisode Covid est une démonstration collapsogique, la complexité et la faible résilience des chaînes de production et d’approvisionnement, de circulation des personnes et des biens, en bref celle de nos sociétés thermo-industrielles mondialisées s’en trouve de tous côtés illustrée. L’astrophysicien Aurélien Barreau, très engagé dans l’alerte sur la catastrophe écologique en cours, met en exergue la complexité à la fois pour la compréhension des causalités de l’épisode Covid, mais aussi comme appel à dépassionner un peu le débat sur les stratégies de santé publique dans cette période.

La complexité est aussi au centre de l’idéologie néolibérale, on peut se souvenir de l’illustrative petite phrase macronienne sur « la pensée complexe ». S’impose ici un petit détour conceptuel. Il concerne la lecture spécifique de Charles Darwin qui constitue le socle du néolibéralisme en tant que « biopolitique » (soit une vision du monde social imprégné de biologie). C’est ce que montre l’ouvrage de Barbara Stiegler, « Il faut s’adapter ». Sur un nouvel impératif politique qui en dresse la généalogie au début du siècle précédent. En réduisant trop pour être fidèle à l’ouvrage, l’idée est la suivante :

La société industrielle (du XXe siècle) est devenu trop complexe et trop évolutive pour que les humains aient la capacité biologique de s’y adapter spontanément. Permettre l’adaptation des populations revient à une élite dont l’accès supérieur à l’information lui permet d’appréhender plus de complexité et d’accéder à l’expertise de plus en plus pointue de spécialistes. Située à la tête des états elle doit pouvoir intervenir dans l’économie pour favoriser réglementairement l’adaptation en encadrant le marché. Si elle s’en trouve incapable, la frustration des populations à l’égard de leur décalage évolutif débouche nécessairement sur l’adoption de formes politiques autoritaires/totalitaires.

On a donc une théorie ancienne qui a de façon évidente façonné le fonctionnement de nos sociétés, lorsqu’on la résume on a depuis longtemps l’impression de voir décrit notre présent, ainsi que les régimes de justification des politiques menées depuis plusieurs décennies.

La complexité n’a donc pas tardé à émerger dans l’explication des choix opérés pour « gérer la crise » du Covid 19.

Chez Muriel Penicaud, la ministre du maintien du travail, il s’est agit de justifier l’impossibilité pour le gouvernement de lister a priori quels secteurs de l’économie était essentiels ou non : « On est d’accord qu’il faut qu’on ait un service économique minimum qui permette d’assurer tous ce qu’il faut pour sauver des vies et tout ce qu’il faut pour assurer la vie quotidienne des gens (…) J’ai essayé d’expliquer que quand on va de A à Z, c’est très imbriqué… Donc il faut pas… C’est facile de décider ça dans un bureau à une antenne, mais je dis que c’est un travail pragmatique. (…) Moi, tous les jours ou tous les deux jours j’ai une réunion avec toutes les organisations syndicales et patronales. On discute de ça pour savoir quels sont les secteurs, quels sont les domaines ou c’est indispensable. (…) Simplement je me méfie des listes qu’on décide dans un bureau, parce que je suis quelqu’un de terrain et je vois que sur le terrain il y a parfois des choses auxquelles on ne pense pas. (…) Bien sûr qu’on va limiter l’économie, c’est pas grave, mais il faut le faire en partant du terrain. »

Une posture d’humilité qui semble contraster avec les certitudes habituelles du gouvernement en matière de politique économique, mais qui a en réalité tout à voir avec celles-ci. L’humilité, c’est la posture que propose Freiderik Von Hayek «  le grand économiste néoclassique » théoricien du laisser-faire à l’égard du marché. Une humilité qu’impose l’ignorance de l’individu face à... la complexité.

Cette déclaration de Muriel Penicaud est honnête. Limiter l’économie, « pas grave » ? Des patrons de PME s’en sont peut-être étranglés. Pourquoi est-ce soudainement acceptable, et énoncé avec une apparente légèreté ? Car il s’agit de s’adapter à un état de fait. Le virus s’impose, comme la loi du marché, de façon « naturelle », et le job du gouvernement c’est l’adaptation « en partant du terrain », en gérant au fur et à mesure des remontées, par capillarité. Ce qu’il ne faudrait pas, en revanche, c’est planifier, « décider ça dans un bureau ». La planification c’est socialiste, et c’est le mal totalitaire.

Pas de bol, c’est en planifiant qu’on a des masques de protections quand il y en a besoin et pas un ou deux mois après.

Une fois contraintes par un état de fait supérieur les décisions peuvent être liberticides, bureaucratiques, anti-démocratiques et même, crime de lèse-croissance interdit entre tous, anti-économique, puisqu’il s’est seulement agit de s’adapter, respectant ainsi l’ordre naturel monde.

La tentation de l’immunité de groupe (ou le laissé-faire viral), le revirement au coup par coup, l’évolution au fil de l’eau des règles du confinement, la montée en puissance tardive des test massifs, les discours contradictoires avec les actes ou simplement contradictoires… peuvent être lu à cette aune.

Ce n’est pas de l’incompétence, c’est du renoncement : refus stricte de la planification, valorisation totale de l’adaptation.

Le défaitisme c’est le leur, la défaite de intelligence collective et de la capacité d’action du politique au profit d’une capacité à réagir vite aux stimuli, quitte à surjouer la réaction. Difficile de faire plus explicite révélateur que le Covid 19 en la matière, peut-être parce qu’il s’agit d’un agent perturbateur... biologique.

Maintenant projetons nous avec Aurélien Barreau dans la perspective de la catastrophe climatique en cours et transposons cette forme particulière de nihilisme. On reproche au gouvernement français son inaction ? Faux, ses représentant.e.s vous le diront, il va falloir s’adapter (et mourir prématurément mais ça c’est écrit en tout petit tout en bas).

 

#Je_suis_Covid

[Ce qui suit fait complètement abstraction des milliers de victimes de la pandémie. On dira que c’est la condition d’expression d’une généralité pour ne pas avoir l'air insensible au malheur des autres]

Force est de constater que chacun le voit à sa porte, et pas qu’à midi. Le prisme de la collapsologie m’est évident, mais d’autres lectures sont possibles. Prenons un exemple extrême : sous la plume scientiste d’Yves Roucaute pour Atlantico, l’épidémie devient le symptôme d’une conjuration de l’obscurantisme antiscientifique et de nos technocrates nationaux. Dominer la nature c’est dominer le virus et gagner la guerre. Si ce n’était la volonté farouche de ces ennemis de l’intérieur et de l’anti-progrès que sont les écologistes, nous n’en serions pas là.

Que les activités humaines de prédation des espaces « naturels » les plus préservés nous mettent au contact avec cette réserve à virus géante que constitue la biodiversité restante tout en favorisant le passage de la barrière inter-espèce et que ce soit nos moyens techniques de circulation rapide qui aient assuré sa dissémination éclair au Covid 19, tout ça semble lui avoir échappé. Ou ça ne rentrait pas dans le cadre de cet article.

Prendre un exemple qui ressemble fort à de la mauvaise foi caractérisée n’est peut-être pas du plus éclairant, néanmoins voici un gros cerveau au CV des plus affriolant qui parvient à ces conclusions.

A l’autre bout de la pensée un autre brillant plumitif fait dans la prose anarcho-virale avec son Monologue du virus. Évidemment ça me correspond un tantinet plus, mais qu’importe, là il s’agit de balises, soit deux exemples parmi une infinité d’autres montrant que le spectre des analyses possibles est large. Mentionnons en passant les inévitables conspi-géopolitologues amateurs (non, je ne mets pas de lien), les technoprophètes, en passant donc par les collapsologues, avec vraisemblablement autant de points de vue que d’individus.

Ce qu’il y a de réconfortant avec la perspective d’effondrements systémiques globaux c’est que là ou l’on voit habituellement un gros merdier épidémique, il donne à voir une chance.

La dernière si l’on est pas très optimiste.

En affectant dans les grandes largeurs nos petits quotidiens tout en laissant à beaucoup du temps pour y réfléchir et en discuter numériquement.

En produisant du commun tout en laissant la possibilité d’en discuter ou contester les limites.

En posant l'habituelle question des inégalités avec une acuité renouvelée quant à ses conséquences assassines.

En soulignant à nouveau la fragilité de nos chaînes de production et d’approvisionnement mondialisées. En donnant un grand coup d’accélérateur aux circuits courts.

En rendant sensible l’artificialité du régime de travail obligatoire, tout en ouvrant temporairement des failles dans l’échelle de valeurs associée aux métiers.

En offrant à « ceux qui nous gouvernent » l’occasion d’exprimer leur défaitisme politique et de maquiller les excuses qu’ils ne nous ferons jamais en remerciements.

En anticipant l’arrivée du pic pétrolier tout en provoquant une diminution de nos émissions de gaz à effet de serre globales (une première depuis 2008 si je ne m'abuse).

En soulignant l’absurdité de maintenir à tout prix les créances en émettant toujours plus de dette à des taux négatifs, comme autant de paris sur un futur qui n’existe déjà plus.

En déverrouillant des freins culturels lourds tel le contrôle du déficit budgétaire et de l’inflation dans le contexte l’ordolibéralisme allemand.

En questionnant l’essentiel, cette pandémie nous laisse une chance de changement.

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