Fiche pratique 16 : le bénévolat

On entend partout des contre-vérités ou des explications partielles. C'est pourquoi j'ai créé quelques fiches pratiques. Chacune traite d'un seul sujet et l'explique de façon très synthétique et claire.

Nous avons vu sur la Fiche pratique 15 : l'art du capitalisme que le système capitaliste était très doué pour arriver à rendre indispensables et vertueuses des entreprises improductives et/ou inutiles et/ou nuisibles et/ou dangereuses. Mais il est également très doué pour faire passer comme simplement utiles mais non productives des activités pourtant indispensables. Pour ce faire il utilise son prisme.

Prenons un exemple bien connu, celui du gars qui tond la pelouse. S'il tond chez lui, on est bien d'accord que c'est un loisir. Le gars n'est pas payé pour ça donc c'est bien un loisir, une simple activité. Si le même gars fait tondre la même pelouse par une entreprise privée, puisqu'il y a un transfert de monnaie (le client paye l'entreprise), alors il s'agit de travail (au sens capitaliste du terme) et il y a création de richesse. En revanche, si une pelouse est tondue par un employé municipal, ce n'est pas un loisir puisqu'il est payé, mais ce n'est pas non plus une création de richesse : c'est un coût.
A moins d'être totalement de mauvaise foi, on voit bien qu'il n'y a aucune logique : pour une même activité, il y a 3 façons de l'interpréter. Or dans tous les cas, la pelouse il faut la tondre et le travail à effectuer est le même. Cette même activité devrait être considérée de la même façon quelle que soit la personne qui la fait. Seulement, la religion capitaliste déforme la réalité pour faire croire que seules les activités qui mettent en valeur le capital sont créatrices de richesse. Ceci rejoint la définition du travail traitée dans la Fiche pratique 3 : les producteurs de richesses.

Il en est de même pour d'autres activités comme, par exemple, la comptabilité d'une association. Si cette compatibilité est faite par un retraité, alors c'est un loisir, une simple activité. Pourquoi ? Parce qu'il n'est ni payé ni obligé de faire ce travail. Oui mais malgré tout, ce travail, il le fait. Et même s'il n'est pas obligé de s'engager dans cette association, à partir du moment où il s'est porté volontaire, il est bien obligé de la tenir cette comptabilité. Mais ce travail n'est pas reconnu par les capitalistes, il n'est pas créateur de richesses. Mais si le retraité ne tient plus cette comptabilité, est-ce qu'on va se passer de la tenir ou bien va-t-on faire appel à une entreprise privée ? Ben on va bien être obligé de prendre la deuxième solution car la compta, il faut de toute façon la tenir. Et là, comme par miracle, il y aura création de richesse. Et pourtant moi je dis que le retraité est payé pour tenir cette comptabilité. Parce que la retraite qu'il touche, on ne la lui donne pas juste parce qu'on est sympa. On la lui donne parce qu'il est productif. D'ailleurs, si les retraités arrêtaient de travailler (milieu associatif, garde d'enfants, jardinage, soutien scolaire...), on aurait de gros problèmes. En tout cas il faudrait bien payer des gens pour faire ce qu'ils font.

Ces constatations nous amènent naturellement à un mot exécrable : le bénévolat. Oui les bénévoles font des choses utiles. Oui ils produisent de la richesse. Et non il n'est pas normal qu'ils ne soient pas rémunérés. Le bénévolat ne devrait tout simplement pas exister.
Voyez quand même l'horreur de la chose. On va considérer que méritent salaire des banquiers, des assureurs, des pollueurs, des traders, des marchands d'armes, des actionnaires... En revanche, celui qui va aider les autres, apporter son temps et son expérience au service de ceux qui en ont besoin ou tout simplement pour entretenir du lien social, ben lui il ne doit pas être reconnu. C'est juste honteux, abject... capitaliste en somme.

Il est vraiment important d'avoir ça en tête et d'arrêter de considérer les bénévoles comme simplement utiles et non créateurs de richesses, et au contraire de se gargariser que notre pays soit devenu l'un des tout premiers exportateurs d'armes. S'il y en a qui ne devraient pas être payés pour ce qu'ils font, ce ne sont pas les bénévoles.

Pour compléter et conclure ce sujet, je vous renvoie à une édition que je tiens également sur Médiapart, "Les chansons qui auraient dû nous alerter", où je parle du bénévolat d'après une chanson des Restos du coeur : "Encore un autre hiver".

 

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