Version numérique de la revue Dedans-Dehors, ce blog informe sur les conditions de détention en France. Il décrypte les politiques pénales et pénitentiaires, ainsi que leurs effets sur le terrain. Il1…
donne la parole aux témoins quotidiens de la prison : les détenus et leurs proches venant au parloir, les professionnels et intervenants en détention (personnels pénitentiaires, médecins, enseignants, associations, chercheurs…). Des informations et paroles qui reflètent une toute autre réalité que celle des faits divers. Cet envers du décor, où se cachent les dégâts et effets contreproductifs de l’approche répressive, dans laquelle médias et politiques ont enfermé le débat public. www.oip.org
Photo de couverture : (c) G. Korganow / CGLPL
Détenus, ils n’ont pas pu assister à la naissance de leur enfant ou être présents aux funérailles de leur fils ou de leur père, alors même qu’ils avaient obtenu l’autorisation du juge. Une double peine, simplement parce que l’administration n’a pas assuré leur sortie, faute d’escorte.
Avoir des nouvelles de l’extérieur, savoir que l’on compte pour ses proches, pouvoir les soutenir quand ils en ont besoin : c’est tout l’enjeu des courriers et du téléphone en prison. Mais difficile d’entretenir les relations face aux obstacles pratiques et à l’absence totale d’intimité. Des difficultés que l’installation de lignes fixes en cellule ne résoudra que partiellement.
Permis de visite refusés pour des motifs imaginaires ; suspendus ou définitivement retirés pour un incident mineur ou par des chefs d’établissement quand cela ne relève pas de leur compétence… Le droit de visite en prison est malmené et les familles sont régulièrement victimes d’abus de pouvoir.
Malgré les risques de sanction, les proches de personnes détenues usent de toutes sortes de stratagèmes pour faire entrer illégalement de la nourriture au parloir. Une forme de résistance face à l’absurde, pour pallier une alimentation insuffisante et peu variée en détention, et restaurer quelques moments d’intimité avec leur proche.
Quand ils rendent visite à un détenu au parloir, leurs proches sont soumis à une myriade de règles et d’interdits. Parfois justifiés, souvent absurdes, voire illégaux, ils sont presque toujours ressentis comme arbitraires tant ils varient d’un établissement à l’autre, d’une personne à l’autre, voire d’un jour à l’autre.
Minoritaires en détention (moins de 4 % de la population détenue), les détenues pâtissent de la mauvaise répartition des places de prison pour femmes sur le territoire. Et souffrent d’un effet de genre : premières à maintenir le lien avec leur père, frère, compagnon ou ami incarcéré, elles sont aussi plus vite abandonnées lorsqu’elles sont de l’autre côté du mur.
Si l'incarcération d'un proche est toujours un bouleversement pour ceux qui attendent de l'autre côté, elle est encore plus difficile à vivre quand les kilomètres viennent s'ajouter aux murs. Les liens s'usent avec la distance, la fatigue et les coûts des trajets. Les changements d'établissement ne s'obtiennent qu'au prix d'une longue attente... quand ils ne sont pas refusés par l'administration.
Un jour d’automne 2012, Martine est réveillée à 6 heures du matin par la sonnerie de son téléphone. C’est la gendarmerie : sa fille, Élise, est en garde à vue.
Depuis 2009, toute personne détenue peut selon la loi bénéficier d’au moins une visite trimestrielle dans une unité de vie familiale. Sauf que dix ans après, plus des deux tiers des prisons en sont encore dépourvues – à commencer par les maisons d’arrêt. Et même quand elles sont bel et bien construites, à portée de main, les UVF restent parfois inaccessibles...