Qui raconte l'Histoire? (partie IV)

Dans la partie III de cette discussion je ménage un suspense à la toute fin – un suspense très soutenable. J'aime bien cette troisième partie, elle me semble mieux tournée et plus pertinente que les deux précédentes. En tout cas, si vous lisez cette présentation, de suspense il n'y a plus. Pour l'heure je continue de raconter mon histoire, faute de raconter qui raconte l'Histoire...

[Partie III]


Si ce texte est le premier que vous lisez dans ce blog, vous ne savez pas encore que je suis un plaisantin même si sa présentation peut le laisser voir. Je dis ça parce que je suis en train de ne pas tenir une promesse faite à mes possibles lectrices et lecteurs à la toute fin de la partie III, le “suspense” évoqué. Mes possibles lectrices et lecteurs de la partie III, des deux précédentes ou/et d'autres billets de ce blog savent déjà que j'aime plaisanter, ça ne devrait donc pas les surprendre que je  fasse autre chose que de poursuivre immédiatement le fil de cette discussion, d'autant qu'il est déjà assez enchevêtré. Et désormais tous les possibles lecteurs et lectrices de cette partie savent que je suis un plaisantin. Je publie tout de suite cette partie, pour pouvoir créer un lien vers elle dans la partie III – et pour plaisanter.


J'avais développé une version du jeu qui tournait autour de la question des proies et des prédateurs, pour parvenir à cette conclusion: on est toujours la proie des uns et le prédateur des autres. Belle découverte! Sous un aspect ça eut de l'intérêt: toute réalité symbolique dérive d'un point de vue mais s'en délie: «proie» et «prédateur» ne sont ni des états ni des fonctions mais des positions: si je prends je suis un prédateur, si je suis pris je suis une proie. Supposer une essence ou un rôle de proie ou de prédateur est inexact, il s'agit d'une circonstance. Lors de ce développement j'avais un peu exploré Internet pour avoir quelques notions sur l'état des savoirs en ce domaine et j'ai pu constater, d'une part que la tendance est à l'essentialisation, même si par-ci par-là on évoque la possibilité qu'il s'agit d'une fonction, assez vite le puissant tropisme essentialiste revient, de l'autre, et là il n'y avait pas d'exception, les notions de proie et de prédateur ne trouvaient d'application que pour les animaux et entre eux: un pissenlit qui bouffe les morts par la racine (car l'inverse ne se produit pas sauf dans les expressions toutes faites) n'est pas un prédateur, un pissenlit bouffé par la tige n'est pas une proie. De même, les mycètes, qui sont certes des plantes mais hétérotrophes, ne seraient censément pas des prédateurs – ni des proies, bien qu'on ne déteste pas en consommer certaines variétés, chez les humains. Conclusion sur ce point: les notions de proie et de prédateur n'ont d'autre valeur qu'idéologique et ne tiennent pas compte de la circulation des êtres et de leur substance dans leur biotope. C'est comme la notion de “chaîne alimentaire” ou de “pyramide alimentaire”, avantageusement remplacée par celle de réseau trophique: un écosystème étant pour l'essentiel un système fermé, tout individu qui y figure sera, à un moment ou l'autre, en tout ou partie et vif ou mort, recyclé dans le système, lui ou ses sous-produits, ses “déchets”. Il y a de la perte et du gain, mais marginalement, sinon sur une durée assez longue ou en cas d'événement catastrophique, genre incendie ou crue importante et inhabituelle – dans des systèmes comme celui nilotique avant qu'on y mette des barrages qui l'ont complètement perturbé, les crues en faisaient partie, donc les apports réguliers d'alluvions sur les berges s'intégraient dans l'écosystème de manière prévisible. Amie lectrice, ami lecteur, ceci n'est pas une digression et m'amène à la poursuite de mon histoire du Jeu de la Vie sur cette base: dans un écosystème il n'y a pas de proies, de prédateurs et de pyramide.

Les humains totémisent souvent, ce qui est logique puisqu'ils sont portés à l'animisme. Non qu'il y ait un rapport nécessaire mais ça va souvent ensemble. Les chats, les chiens, les souris et les rats sont des totems. On peut en prendre d'autres mais ceux-là me conviennent parce que dans la symbolique la plus courante, du moins dans mon contexte culturel habituel, Europe occidentale, début du XXI° siècle, ils symbolisent assez bien ce que je souhaitent qu'ils représentent. Perceptivement, les chats et les chiens sont des “prédateurs”, les souris et les rats n'en sont pas. Certes, on ne peut pas méconnaître le fait que les rats sont omnivores, donc consommateurs d'animaux aussi bien que de végétaux, et à ce titre “prédateurs”, à quoi s'ajoute que, sinon certaines lignées de rats de laboratoire, ils ne sont pas vraiment perçus comme des “proies”. Je parle bien sûr de Rattus rattus et de Rattus norvegicus, pas mal d'autres variétés ne se distinguent guère des souris par l'allure et le comportement, et font assez bien figure de “proies”. Ce caractère ambivalent et peu déterminé des rats domestiques et leur proximité morphologique avec les souris domestiques explique mon choix de ces deux espèces. Les quatre ont en commun d'être des espèces domestiques et aussi familières, apprivoisées. À considérer que les chiens sont plus récemment apprivoisés que les rats, du moins en Europe, même si rats et souris le sont assez rarement: sauf quelques excentriques, jusqu'au XVI° ou XVII° siècle on admettait assez peu les chiens dans son intimité, et encore récemment, jusqu'au milieu du XX° siècle, pour les ruraux et pour beaucoup de citadins la place des chiens était dans la cour ou dans le jardin, non dans la maison. D'un sens, on peut dire que les rares animaux domestiques familiers ou apprivoisés l'étaient par nécessité, par exemple la genette, qui faisait parfois fonction de chat, ou de chien de chasse, était apprivoisée, c'était la seule manière de la retenir, contrairement aux chats et aux chiens elle n'a pas le tropisme de se frotter aux humains et de rester dans leurs parages. Apprivoisée mais pas trop familière. Pour les chats c'est ambivalent, ils sont acceptés dans les maisons et familiers car utiles – contre les souris et les rats – mais pas toujours apprivoisés. En Europe la création de races de chiens de compagnie est récente, même si la pratique d'en avoir est plus ancienne quoique rare. Longtemps les chiens n'ont pas été trop appréciés, d'un point de vue comportemental ils se distinguaient peu des loups sauf sur un point: il n'avaient pas peur des humains.

J'écris ce texte pour des humains plutôt “occidentaux” et à coup sûr contemporains ou postérieurs à mon époque – je ne compte pas que les humains du XIV° siècle ni même ceux du XX° me lisent, je vise plutôt ceux du XXI° sqq. –, donc la perception commune actuelle des chats, des rats, des chiens et des souris me suffit. Je vais faire des généralités encore plus générales que celles précédentes, alors, lectrice, lecteur, de l'indulgence, merci d'avance.

Les humains classent les humains, ça aide à se classer. Je me classe parmi les Gentils Conspirateurs avec Discernement, ce qui par contraste crée des classes de non-gentils et d'anti-gentils, de non-conspirateurs et d'anti-conspirateurs, de non-discernants et d'anti-discernants. Savoir que, délibérément ou inconsciemment, je suis aussi parfois, souvent ou toujours méchant ou pas gentil, comploteur ou détracteur de conspirateurs ou de comploteurs, aveugle ou borgne, ne change rien à ma représentation de moi, elle m'aide à me situer dans la société et aussi, elle aide mes semblables à me situer: il se peut que vous ne me perceviez pas comme gentil, comme conspirateur et comme ayant du discernement, mais du moins vous savez que je me classe ainsi, ce qui pour vous me situera relativement à ces concepts, et vous fera me classer en fonction de ce que vous considérez desdites notions, de votre perception de moi comme rédacteur des billets de ce blog, de votre perception de vous en général ou comme lecteur ou comme lecteur de ce billet ou de ce blog, etc. Classer permet de se situer dans le monde, spécialement dans le monde social et humain.

Le jeu: au début d'une partie – dont on ne sait pas trop quand elle commence mais on fait comme si on le savait – les chats sont “en haut” et les souris “en bas”, les chiens “au milieu” et les rats en positions mouvantes; les chiens sont des sortes de chats et les rats des sortes de souris; personne n'est content de sa position et tout le monde veut que la situation change, mais selon des mouvements divergents:

  • Les chats veulent que tout change pour que rien ne change;
  • Les chiens veulent devenir des chats ou, plus rarement, des rats ou des souris, mais en restant des chiens;
  • Certaines souris veulent remplacer les chats ou/et les chiens mais les unes, en devenant des chats ou/et des chiens, les autres en restant des souris, certaines en devenant des rats;
  • Certaines souris veulent que les chats et les chiens, et pour certaines, les rats aussi, deviennent des souris;
  • Les rats veulent le plus souvent qu'on leur fiche la paix, ce qui n'arrive pas, donc ils souhaitent, et certains agissent pour cela, que les chats, les chiens et les souris les plus agités arrêtent leurs conneries ou leurs saloperies.

Le nombre de manches d'une partie est indéterminé, son déroulement imprévisible, à partir de la deuxième manche (la seule dont on sait quand elle débute puisque c'est au moment où l'Arbitre affirme qu'il se retire du jeu) les règles deviennent instables, la seule chose certaine est qu'à la fin de la partie les souris gagnent – ou peut-être les rats, si on peut faire la différence, ou alors les chats ou les chiens, qui sont aussi des sortes de souris.


Je suis assez d'accord avec cet aphorisme que l'on attribue à Churchill, «La démocratie est le pire forme de gouvernement à l'exception de toutes les autres». Une rapide recherche montre que Churchill même n'en revendique pas la paternité, voici la phrase où elle figure:

«Personne ne prétend que la démocratie est parfaite ou infaillible. Mais comme il a été dit la démocratie est la pire forme de gouvernement à l'exception de toutes les autres formes qui ont été essayées au cours des temps» («No one pretends that democracy is perfect or all-wise. Indeed it has been said that democracy is the worst form of Government except for all those other forms that have been tried from time to time»).

Possible qu'il en soit l'inventeur, il arrive à de bons auteurs, il m'arrive aussi même si je ne suis pas spécialement un bon auteur, de présenter comme des citations des propos qu'ils ont inventés, parfois en donnant le nom de l'auteur supposé, parfois en reprenant une phrase de cet auteur, ou d'un autre, et en l'altérant un peu ou beaucoup. Peu importe l'auteur, importe la formule. Allez, un brin d'exégèse qui aura tout du commentaire.

Que “veut dire” Churchill? À mon avis, il veut dire ce qu'il dit, à preuve qu'il l'a dit. Ce qui suit ne réfère donc pas à ce que veut dire Churchill mais sera ce que je veux, donc vais, dire à partir de cette citation. En premier, que toute société est démocratique, parce que toute société requiert le consentement de tous pour exister et persister. Elles se séparent sur le type de consentement: aveugle, borgne ou voyant, “éclairé”. Les souris c'est le consentement aveugle, les chats et les chiens le consentement borgne mais pas du même œil, selon que les chats voient de l'œil gauche ou droit les chiens voient de l'autre œil, les rats le consentement éclairé, ils voient des deux yeux. Cependant, comme tous les mammifères dotés d'une vision binoculaires focalisée les rats ont un œil directeur, pour les autres lignées je ne sais pas, et pour celles qui n'ont pas une vision focalisée la question se pose moins. Autant que je sache les primates simiens et me semble-t-il les primates en général ont une vision très focalisée, les yeux positionnés vers l'avant de la face et leur focale convergeant vers le même point, le point de visée, sur lequel se fera la mise au point. Ça a ses avantages et ses inconvénients, principal inconvénient, une restriction en vue panoramique, avec les yeux sur les côtés on a un panorama de près de 360°, principaux avantages, une meilleure appréciation de la distance à soi et de la vélocité relative des objets visés – même un objet statique a une vélocité: puisqu'on est toujours à la même distance de soi, quand on est en mouvement il se déplace relativement à sa propre position. L'œil directeur sert surtout à déterminer à partir de quelle image se construira une image en trois dimensions à partir d'une sensation plane de deux images légèrement décalées. Dans certains contextes il faut de le savoir, par exemple quand on fait du tir avec un outil dotée d'une visée simple qui envoie un projectile très véloce, tel un fusil de précision: l'œil directeur est plus précis, mieux vaut viser avec lui, donc épauler du côté de cet œil. Pour le déterminer, rien de plus simple: on tend le bras, on dresse un doigt et on ferme un œil pour viser, spontanément on fermera celui non directeur – c'est de cette manière que j'ai découvert la notion et aussi que j'ai un œil directeur gauche. On pourrait à tort que cet œil est en rapport avec notre main la plus habile, ce n'est pas le cas, raison pourquoi les militaires vous font faire le truc de viser avec un doigt: spontanément un droitier va tendre à épauler à droite, un gaucher à gauche, or dans ce type de tir de précision la main qui tire importe moins que l'œil qui vise. Avec une fronde ou une lance c'est différent, la précision découle de la position du corps plus que de la visée donc mieux vaut utiliser sa main la plus habile.

À sauts et à gambades, c'est mon allure poétique! Je ne pense pas que je corrigerai jamais cela, à soixante ans c'est un peu tard, puis c'est mon humeur. Puis “comme dit l'autre”, “comme il fut dit”, «C'est l'indiligent lecteur qui perd mon sujet, non pas moi». Sinon le fait que j'aime bien enseigner mes possibles lecteurs, leur apprendre des faits qui peuvent leur avoir quelque utilité, ne serait-ce que celle d'apprendre quelque chose, mes digressions ont souvent une certaine utilité pour mon discours même, entre autres, relier une réalité symbolique à une réalité effective: “regarder la société” se fait d'une manière symbolique mais à partir de processus construits pour observer la réalité effective. Je ne sais plus dans lesquels des trois textes en cours je parle de Noam Chomsky, de Michael Albert, de Jerry Fodor et de la “modularité de l'esprit” – après vérification, dans celui-ci, parties I et II – pour en dire pis que pendre et affirmer sans preuves que cette supposée théorie est de la foutaise. J'évoque vaguement le fait qu'il y aurait des preuves. Bref, je fais mon comploteur (affirmer sans preuves ou avec de fausses preuves) ou mon complotiste (disqualifier quelqu'un en arguant qu'il falsifie les choses dans l'intérêt de son groupe ou dans son intérêt propre, qu'il “complote”). C'est que, à ces endroits de la discussion ça m'importait peu, je m'intéressais avant tout aux aspects sophistiques du discours de ces trois auteurs. J'ai des preuves. Oui, j'ai des preuves de l'inanité de cette connerie, ou saloperie, “la modularité de l'esprit”. En gros (pour les détails, lire l'abondante littérature sur ces sujets, écouter les émissions scientifiques ou médicales, ou autres, qui en traitent et qu'on peut trouver par exemple sur France Culture) les zones du cerveau à partir desquelles nous construisons notre appareil mental qui organise notre pensée dans une forme symbolique sont celles à partir desquelles nous construisons notre appareil mental d'analyse fonctionnelle des sensations. Dire que nous “voyons la société” est une métaphore mais le processus est très équivalent au processus de la vision parce qu'il en dérive.

De même que nous construisons une représentation mentale en quatre dimensions de la réalité effective qui résulte de nos analyses de nos sensations et actions et d'une sérialisation de nos expériences, nous en construisons une de la réalité symbolique: vous et moi avons une “image de la société” construite mais reliée à la réalité symbolique, elle-même reliée à la réalité effective. Vous et moi n'avons pas la même expérience du monde donc pas la même représentation, ni de la réalité effective, ni de celle symbolique. Si vous et moi somme “voyants”, nous pouvons accommoder nos représentations parce que nous avons une compréhension intime du caractère construit de ces représentations qui peuvent nous permettre de “faire converger nos points de vue”, chacun restera sur son propre point de vue parce que vous n'êtes pas moi et que je ne suis pas vous mais ensemble nous construirons un troisième point de vue qui nous permettra de mettre en évidence ce que nous avons en partage; si l'un de nous au moins est “borgne”, est incapable par circonstance ou par choix de construire cette représentation partagée, nous ne pourrons pas faire converger nos points de vue; si l'un de nous est “aveugle”, il n'a pas de représentation propre de la société, donc l'accommodement même partiel sera impossible. Les aveugles, les borgnes et les voyants... Je suis comme la majorité des gens, je ne connais là-dessus que la fameuse sentence «Au royaume des aveugles les borgnes sont rois» mais si ma mémoire est bonne elle vient de la Bible, donc elle doit se poursuivre pour préciser que les rois des aveugles sont les serviteurs des voyants. Je vérifie. L'on donne comme source entre autres une sentence grecque mais on trouve des passages équivalents dans la Bible, Torah et Nouveau Testament. Et on y trouve la gradation aveugles, borgnes, voyants. Dans Matthieu, 13 (traduction Louis Segond, 1910) cité dans «La Farce du changement climatique» on a une gradation implicite de cet ordre: la foule est aveugle, Jésus est voyant, les disciples sont borgnes ou au moins mal-voyants, ils voient mieux que la foule mais moins bien que Jésus. Le message global du Nouveau Testament est celui d'une progression, comment devenir voyant, que l'on soit au départ aveugle ou borgne, avec deux messages complémentaires, comment discerner même si on est mal-voyant et comment se démerder avec les aveugles pour les mettre “dans la bonne voie” à l'insu de leur plein gré.

Les souris sont aveugles, et elles gagnent à la fin. Parce que nous sommes tous aveugles. C'est ainsi. Rien de moral en ce propos, quoi que chacun puisse en croire pour soi ou pour d'autres la représentation de la réalité symbolique ne se relie pas à la réalité effective. La question est surtout de savoir quels genres de souris gagnent la partie: celles aveugles à leur aveuglement, celles borgnes ou celles voyantes, ou une coalition des voyantes et des aveugles, ou des borgnes, ou de certaines borgnes et des aveugles, ou une coalition de toutes. Une combinaison est impossible, celle où il y aurait coalition entre les voyantes et les borgnes: les borgnes ne sont pas assez connes pour y croire, les voyantes pas assez salopes pour le vouloir: travailler pour les borgnes est acceptable, travailler avec elles ne l'est pas, des compromissions avec les borgnes d'accord, des compromis, impossible. Je reprends le cas actuel.

Le moment d'universalisation de l'humanité a proprement lieu dans le premier quart du deuxième millénaire de l'ère commune, avant ça c'est plutôt une hypothèse assez solide mais indémontrable, au cours de cette période elle se confirme mais ne se vérifie pas strictement; le deuxième quart est le moment de vérification, une période de démonstration empirique entre la fin du XV° siècle et la fin du XVI°, des premiers projets de circumnavigation (comme hypothèse c'est plus ancien, cf. le Livre des merveilles du monde donné en référence dans l'article de Wikipédia, mais au-delà les cosmologies de type ptoléméen par exemple, qui placent la Terre au centre d'un univers où les astres tournent autour d'elle, induisent la possibilité de circumnavigation, et plus encore les cosmologie héliocentriques, qui sont aussi anciennes) et la deuxième achevée, moment où l'on passe de récits en partie ethnographiques et géographiques, en partie légendaires, à des comptes-rendus documentés d'expéditions; le troisième quart du millénaire construit la mondialisation du monde, le dernier quart construit sa globalisation. De droit, l'humanité devient une société globale durant la deuxième guerre mondiale, avec deux moments fondateurs, la création de l'Organisation des Nations unies puis quatre ans plus tard l'adoption de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Les nations “sont unies” et l'humain “est universel” (univers restreint bien sûr, juste la biosphère...). De fait, ça ne se réalisa pas d'un coup d'un seul. Ça n'est pas encore réalisé, d'ailleurs, même si c'est en voie de réalisation – de réalisation effective, s'entend, pour celle symbolique ça traînera encore un peu à mon avis, au moins quatre ou cinq lustres, vraisemblablement encore quelques siècles, mais je ne suis pas devin donc je n'en parlerai pas.

Pour réaliser un projet il ne suffit pas de savoir que c'est le mieux adapté parce que seul possible, il faut pouvoir le prouver. L'univers est un, le monde est un, la vie est une, l'humanité est une, ça c'est de l'ordre des faits. Je suis unique, vous êtes unique, tout humain est unique, tout vivant est unique, ça c'est de l'ordre de l'expérience. Faire concorder l'unité du tout et l'unicité du rien n'est pas un projet intéressant parce que ça se fait nécessairement. Contribuer à ménager la concordance du rien et du tout, voilà un projet intéressant. Parce que ça ne se fait pas toujours harmonieusement, pour la raison simple que les intérêts du rien sont invisibles pour le tout, et les intérêts du tout indéchiffrables pour le rien. Notre tout local, la vie, la biosphère, ne dépend pas de la préservation de la multitude de ses parcelles en leurs incarnations pour persister, depuis les quelques trois milliards et demi d'années au moins qu'il a de la vie sur la Terre il y a eu des hauts et des bas pour l'ensemble, des plus hauts et des plus bas pour les parcelles de bas niveau, des encore plus hauts et des encore plus bas pour les parcelles de niveau moyen, des extrêmement hauts et des extrêmement bas pour les parcelles de haut niveau. Nous sommes des parcelles de haut niveau, vous, moi et tous les humains, et même de très haut niveau. Autant que nous puissions le savoir, ce qui s'est fait de plus haut en matière de parcelles de haut niveau dans notre univers local. Avec en outre une très bonne prise sur le réel dans nos écosystèmes et une compréhension chaque jour plus fine de notre univers local et surtout, de son insertion dans l'univers plus large. Fut un temps pas si lointain, à l'époque de la deuxième ou troisième circumnavigation, celle conduite par Francis Drake de 1577 à 1580, même pour des navigations moins longues et moins aventureuses on savait quand on partait, on savait à-peu-près mais sans certitude quand on arriverait, et on ne savait jamais si on arriverait: à son départ l'expédition compte cinq navires et cent-soixante-quatre membres, à la fin elle compte deux navires, sinon que l'un renonça et revint sur sa route; entretemps l'expédition perdit la moitié de ses membres et les trois cinquièmes de ses navires. À remarquer que deux des navires furent perdus volontairement faute d'un nombre suffisant de marins pour les manœuvrer à la suite d'une tempête. Deux navires sur cinq et la moitié des humains perdus, un navire pour aller au bout du projet, il y a 550 ans le monde était plein d'incertitudes... Il y a 350 ans il ne l'était pas beaucoup moins, cela dit. C'est vers ce moment-là, dans la deuxième moitié du XVIII° siècle, que le monde commence à devenir nettement moins dangereux pour les humains. Pas d'un coup d'un seul mais du moins assez vite.

Ce qui rend le monde plus ou moins dangereux c'est la connaissance qu'on en a: mieux on le connaît, mieux on peut se comporter avec lui. Mais cela n'a qu'un temps. Le connaissant et le comprenant mieux on y agit plus efficacement et du fait, on le modifie. Au départ c'est “pour le mieux” mais, vous l'avez entendu dire je suppose, le mieux est l'ennemi du bien: sauf nécessité vitale on a tendance à se comporter selon les règles apprises, à suivre la même voie “en mieux”; pendant un temps plus ou moins long ça fonctionne assez bien mais donc, par son action même et son efficacité accrue on modifie de plus en plus les conditions initiales, jusqu'au point où ce qui était le moteur de l'amélioration générale devient un frein puis un moteur de détérioration, mais cette fois ce n'est pas général, ou pas immédiatement général. Rapport au fait que si l'amélioration est générale, assez vite elle se répartit inégalement. Je ne le jurerai pas mais il me semble qu'on peut cependant avancer que c'est inévitable. Même si ça ne se passe jamais aussi purement dans la réalité effective, on peut décrire le processus ainsi: au début d'un... Disons, au début d'un cycle, tous les membres d'une société sont des égaux, la “démocratie intégrale”, et œuvrent ensemble à la réalisation d'un projet commun. Quel que soit ce projet, on peut le décrire comme “augmenter le niveau général de félicité”. Ce qui pour l'essentiel se produit. Les sociétaires s'entendent pour déterminer ce qui, dans la production de “félicité”, revient à la société, la part commune, ce qui revient à tout membre, la part vitale, et ce qui revient à chaque membre selon son utilité sociale. La part commune a plusieurs fonctions dont une qui, d'un sens, est la raison même qui motive de se mettre en société: constituer une réserve, une sécurité, une assurance mutuelle. Cette réserve ne se réalise pas seulement de manière matérielle, vous connaissez je suppose cette sentence attribuée souvent à Lao Tseu (d'après un contributeur de Wikiquote ça vient du Guanzi mais bon, c'est le même contexte culturel...), «Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour. Si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours»; il peut arriver qu'on doive donner un poisson sinon que dans le cadre de la société ce n'est pas donner mais rendre, la part matérielle de l'assurance mutuelle, qui appartient à tous et à chacun, cependant l'intérêt premier de faire société est de partager sa capacité d'agir et son savoir, on travaille plus efficacement à plusieurs que chacun pour soi et on augmente le niveau de félicité en augmentant le savoir commun. Les autres parts sont, pour celle vitale, inaliénable, pour celle d'utilité, dépendante du niveau global de félicité. Au-delà d'un certain niveau global les parts de chacun augmentent selon des critères définis, et en fixant un niveau maximum par membre au-delà duquel tout surplus sera alloué également à la communauté et à chacun.

J'entends les sceptiques et les esprits forts se gausser, je les vois hausser le sourcil et l'épaule, il rêve, il fabule, il invente! Encore un sale communiste! Ou, encore un cul-bénit! Ou, encore un utopiste! Et tous autres noms marqueurs de mépris et la disqualification. Il se trouve que c'est effectivement le type de projet qui sous-tend toute fondation de société, j'ai cité, parce qu'il est le plus précis et l'un des moins “idéologiques”, y compris un des moins marqués par une idéologie “religieuse”, bien que la règle soit censément énoncée par “YHWH” ou ses copains “Élohim” (oui, c'est un pluriel, celui de “Allah”, alias “Éloah” – nom non attesté dans la Bible mais grammaticalement valide et syntaxiquement logique, dont Allah est proche en forme et en sens, ce qui est assez normal puisque l'arabe – une langue tout aussi artificielle que l'hébreu et le latin classique, soit précisé – est une langue sémitique, pour comparaison les mots shalom et salam, “paix”, “salut” dans les deux langues), le jubilé. La remarque dans la remarque sur l'hébreu, le latin classique et l'arabe comme langues artificielles n'est pas plus une fabulation que ma description du “début de cycle”, la chose est connue, je l'avais mentionnée et un peu discutée dans ce billet ou un des autres en cours de rédaction pour l'hébreu et le latin mais ça vaut pour toutes les grandes langues de culture, si elles se basent souvent mais pas toujours sur une langue naturelle ce ne sont pas, au départ, et pour certaines ce ne furent jamais des langues d'usage, naturelles, spontanées, elles répondent à plusieurs nécessités, entre autres la non-équivocité et l'intercompréhension entre populations diverses, et sont des “langues de pouvoir”, tant spirituel (langue liturgique) que temporel (langue diplomatique et de commandement). Leur diffusion comme langue d'usage est seconde et ne se produit pas toujours – le latin classique ne fut jamais une langue d'usage à strictement parler, l'hébreu n'en devint une que dans sa version la plus récente, l'hébreu moderne pratiqué surtout en Israël, de même pour l'arabe littéral, l'arabe “en lettres”, donc une langue écrite mais non parlée. J'y reviendrai par après. Ma description du “début de cycle” correspond au “contrat social universel”, quand on fonde une société on le fait nécessairement entre pairs, car qui voudrait adhérer à un groupe dont la règle explicite serait, tout pour les uns, rien pour les autres, ou “la moitié pour moi, la moitié pour vous”? Que ça ne s'établisse pas strictement dans les faits ne change rien, dans des temps plus récents et pour des idéologies “politiques” ou “sociales” la règle est assez similaire même si on ne l'a pas souvent vue appliquée sinon quelques heures, quelques jours, au plus quelques semaines. L'intérêt d'une règle comme le jubilé vient de son réalisme, elle intègre le fait qu'on ne peut pas éviter un rapide inégalitarisme, et qu'il est même nécessaire pour autant qu'il ne soit ni excessif ni durable, que régulièrement on rétablisse de la justice, ici, une régulation modérée tous les sept ans, radicale tous les sept fois sept ans, ce qui tient compte d'un fait que l'on peut observer, l'usure périlleuse du projet social toutes les trois générations environ et les nécessaires “refondations symboliques” avec composantes effectives après un délai pas trop long; dans des sociétés “lentes” la période entre deux refondations symboliques peut être assez longue, trois, cinq, sept ans, dans des sociétés “rapides” tous les ans paraît un rythme mieux adapté.

Plus le projet réussit plus il devient complexe à maintenir, et plus s'avère difficile de faire progresser le niveau de félicité. Si les humains étaient, comme on les répute, rationnels, s'ils considéraient réellement, objectivement, “naturellement”, leur intérêt et leurs intérêts, quand arrive ce moment ils devraient en tirer la leçon que le projet est réalisé, et opter pour une stabilisation ou pour une refondation sur la base d'un nouveau projet. Les chercheurs en – disons, – en sociopsychologie (le terme admis est psychosociologie, ce que m'indique mon correcteur orthographique qui souligne en rouge le premier et ne le fait pas pour le second, mais comme tout indique que le “socio” prime le “psycho”, que les individus suivent la loi du groupe et non les groupes la loi de l'individu, sociopsychologie est plus cohérent) ont mis en évidence....

Et bien, les sociopsychologues ont mis en évidence bien des choses. La preuve, ce document: Introduction à la psychologie sociale par Eva Louvet. Un support de cours de l'année universitaire 2003-2004. Je supposerai que vous avez connaissance de ce document, ou que vous le consulterez quand je mentionnerai des concepts qui y sont définis. Ça n'importe pas tant, cela dit, si on a confiance en l'auteur on peut se passer de vérifier ses assertions, et si on n'a pas confiance en lui les vérifier serait inutile. Sinon, et bien, au cas où vous tendriez à me faire confiance je vous conseille la lecture de ce document, il la vaut. La psychologie sociale est un domaine intéressant me semble-t-il, et ses concepts des choses à découvrir. Dans ce billet, il y a de fortes probabilités que je cède à mon habitude de citer les définitions des concepts que je mentionne mais ça ne donnera accès qu'à eux alors qu'ils s'inscrivent dans un ensemble bien plus large, qu'il vaut aussi de connaître. Quant à moi, je viens de sabrer une assez longue digression qui m'est apparue inutile.


Le projet est réalisé, on doit en tirer la leçon et changer de projet. Mais...

«2.1. Le conformisme.
Conformisme. Changement de comportement dans le sens du comportement d’un groupe (majoritaire); mise en adéquation de son comportement avec les normes sociales en vigueur.

  • Influence informationnelle. Forme d’influence basée sur la prise en compte des réponses des autres à titre informatif.
    >> L’objectif de l’individu est de donner une réponse exacte. Il est influencé par les autres suite à un conflit cognitif.
  • Influence normative. Forme d’influence basée sur le respect des normes établies par le groupe.
    >>L’objectif de l’individu est d’être accepté par le groupe, d’être jugé positivement par les autres membres du groupe, ou, tout du moins, d’éviter la désapprobation sociale. Il est influencé par les autres suite à un conflit motivationnel».

«3.3. L’attribution causale.
Attribution causale. Inférence par laquelle nous expliquons les événements du monde social qui nous entoure (et plus particulièrement les comportements, que ce soit les siens ou ceux d’autrui).

  • Attribution interne. Explication du comportement d’une personne par des facteurs liés à la personne elle-même, c’est à dire essentiellement ses intentions, mais aussi sa motivation (-> effort) et ses capacités.
  • Attribution externe. Explication du comportement d’une personne par des facteurs extérieurs à la personne, tels que notamment les contraintes liées à la situation, la difficulté de la tâche et le hasard.
  • Consensus. Comportement d’autres personnes dans la même situation. Un consensus élevé signifie que leur comportement est identique à celui de la personne-cible (personne dont on cherche à expliquer le comportement).
  • Consistance. Comportement de la personne-cible dans le même type de situations, mais à d’autres moments.
    >> Une consistance élevée signifie que la personne manifeste le même comportement à d’autres moments.
  • Différenciation Comportement de la personne-cible dans d’autres situations. Une différenciation élevée signifie que la personne manifeste des comportements différents lorsque la situation change.
  • Erreur fondamentale d’attribution. Tendance à surestimer l’importance des facteurs internes au détriment des facteurs externes lorsqu’il explique le comportement d’autrui.
  • Hypothèse du monde juste Tendance à croire que chacun «n’a que ce qu’il mérite».
  • Norme d’internalité Norme sociale qui consiste à valoriser les explications par des facteurs internes.
  • Biais (ou divergence) acteur-observateur Divergence dans le type d’attributions causales selon qu’on explique son propre comportement (acteur) ou celui des autres (observateur): tendance à attribuer nos propres comportements à des facteurs externes et le comportement des autres à des facteurs internes.
  • Biais d’auto-complaisance Tendance à attribuer son succès à des causes internes et son échec à des causes externes».

 Dans un univers globalement non causal, un univers stochastique tel que le nôtre, les attributions causales sont toujours des erreurs, des interprétations au mieux inexactes ou incomplètes, au pire fausses ou fallacieuses, de la réalité effective. La remarque sur les fondateurs du Nouvel Ordre Mondial de 1944 (depuis, il y en eut au moins deux autres et le monde semble toujours assez désordonné et dans l'ensemble pas très nouveau) qui en cinq siècles «avaient “conquis le monde par la force de l'esprit”, ou un truc du genre, donc ça devait leur paraître un bon plan de continuer dans cette voie», relève en grande partie de cette tendance à lire le monde de manière causale, et l'Histoire de manière téléologique, à quoi s'ajoute ce tropisme au biais acteur-observateur, cette «tendance à attribuer nos propres comportements à des facteurs externes et le comportement des autres à des facteurs internes»; on pourrait regrouper deux concepts en un qu'on nommerait “biais relatif d'attribution”, ou “biais positionnel d'attribution”, l'erreur fondamentale d’attribution. et le biais d’auto-complaisance étant les deux faces d'un même tropisme: valorisation du “soi”, dévalorisation du “non soi”. Plus largement, la perception des rapports de l'individu au reste de l'univers tend à se faire “en miroir”: où JE “agit”, NON-JE “est agit”, où JE “est agit”, NON-JE “agit”. Comme “faire bien” / “faire le bien” est valorisant et “faire mal” / “faire le mal” est dévalorisant, on tendra (plus ou moins) spontanément à inverser le type d'explications causales selon qu'elles s'appliquent au “soi” ou au “non-soi”. Considérez les modes d'explication habituels des “situations”, celles de vos interlocuteurs ou les vôtres, et vous constaterez que c'est souvent de cet ordre: si une situation “se réalise bien” on tendra à l'expliquer par la capacité des acteurs s'ils sont ressentis comme du “soi”, les circonstances s'ils sont du “non soi”, et inversement en cas de réalisation mauvaise ou de non réalisation. Si Hollande merde en étant chef de l'exécutif, il mettra ça sur le compte de l'adversité ou des adversaires et Sarkozy le mettra sur compte de l'incompétence de l'exécutif, même chose en miroir de la part de Hollande si Sarkozy merde comme président; et en cas de “réussite”, pour celui en place ça sera la conséquence de ses choix, pour l'autre, la conséquence d'une situation favorable.

Je ne fais là que décrire le comportement habituel des politiciens, que vous pouvez constater aussi bien que moi. Maintenant, il se peut que contrairement à moi vous soyez “politiquement idéologique”, que vous ayez la conviction qu'il y a une “bonne” et une “mauvaise” manière de gouverner qui se détermine à partir, disons, de “valeurs” et que ces “valeurs” ont un ordre de priorité. Par exemple, la conviction que “la liberté” découle de ”l'égalité” ou au contraire que “l'égalité” découle de “la liberté” , ou la conviction que “la fraternité” est la conséquence de la conjonction de “la liberté” et de “l'égalité”, ou celle que “la fraternité” est la cause de “l'égalité” et de “la liberté”. Etc. Mais les valeurs abstraites sont très similaires aux valeurs concrètes, des circonstances qui ne découlent pas les unes des autres. Vous vous rappelez mon apologue sur not' président, le noir et le blanc? Les couleurs sont des “valeurs”, des faits de la réalité effective qu'on peut évaluer: le blanc lumière est la combinaison de plusieurs longueurs d'ondes électromagnétiques qui provoquent une saturation maximale, le noir lumière est le seuil en-deçà duquel on ne peut plus percevoir les ondes électromagnétiques du spectre visible, les ondes comprises, pour la plupart des humains, entre 400 et 700 nanomètres (nm). Une proposition pour le blanc lumière est “l'addition de couleurs” mais une personne qui n'a pas ou n'a que peu de cônes dans la rétine, ou seulement un type de cônes, ou une répartition non standard des trois types de cônes, ne percevra pas de couleurs ou les percevra autrement que la moyenne des humains; là-dessus, le spectre d'ondes perceptibles varie d'un individu l'autre, parfois de beaucoup (je ne sais plus qui, me semble-t-il le révolutionnaire et amateur de bains, notamment de bains de sang pour les autres puis pour lui-même, Marat, avait une perception de ces ondes étendue vers le court, “l'ultraviolet”, et “voyait des couleurs” où la plupart n'en voyaient pas); si par exemple le spectre visible de Jeanne est compris entre 350 et 600 nm et celui de Gabin entre 450 et 800 nm, le “rouge”, le “jaune” et le “bleu” ne correspondront pas aux mêmes longueurs d'ondes. Dans la réalité effective ça se passe ainsi, avec certes des variations moins importantes mais suffisantes pour qu'un même objet “tende vers le bleu” pour l'un, “tende vers le vert” pour l'autre – vous avez probablement déjà discuté de la nuance d'un “turquoise”: bleu turquoise ou vert turquoise? Des couleurs on discute, pour ne pas toujours s'entendre... Tenez, les gilets des bientôt ex-manifestants du samedi: on les dit jaunes, or selon la nuance et l'éclairage je les perçois jaunes ou verts, en général “jaune-vert” ou “vert-jaune”, le plus souvent plutôt “vert-jaune” – moitié écolos, moitié casseurs de grèves, disons, plutôt écolos casseurs de grèves que casseurs de grèves écolos...

Tiens ben, en cherchant autre chose je suis tombé sur ce dossier de Futura Science concernant l'œil et la vision. Très instructif.

 

 

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