La ZAD de JBP

Polar, SF, littératures populaires, de gare et d’avant gare. Avec «Ma ZAD», Jean-Bernard Pouy nous offre sa vision sans concession du phénomène ZAD, dans toute sa complexitude. Sortie en librairie le 11 janvier 2018.

product-9782072753756-195x320
Poussez-pas, y en aura pour tout le monde ! Pas de quartier ! Aucun ne sera sauvé…

Jean-Bernard Pouy, le roi du noir, est fidèle à sa manière : les misères, bassesses, approximations, mensonges, veuleries, bravoures sans lendemain, ambigüités politiques et amoureuses sont au rendez-vous, il les travaille, comme disent les grand chefs, avec élégance et désespoir, dans ce style, qu’il qualifie lui même volontiers avec un soupçon d’autodérision, de pusillanime.

L’actualité n’est pour rien dans la réussite implacable de ce livre, il est hors du temps et rebondi sur les événements que ce monde lui propose. Bon, on va quand même certainement constater dans les jours qui viennent qu’en plus d’être le grand auteur que l’on vénère, Jean-Bernard Pouy est aussi un grand devin, car si la ZAD de MA ZAD n’est pas la ZAD de Notre Dame des Landes, elle en est l’incarnation littéraire, l’emblématique référence, le terreau maudit, le bac à lombriculture... Et on peut faire confiance à tous les faux derches en mocassins à glands*, les forces de l’ordre et députés en godillots pour chasser sans faillir les révolutionnaires adeptes de la zone humide et de la botte en caoutchouc…

On retrouve dans MA ZAD un peu de l’esprit quasi punk des premiers textes de JBP (Spinoza encule Hegel, La Belle de Fontenay, L’homme à l’oreille Croquée, Nous avons tué une sainte, RN 86…). Il y a parfois, dans le style, un parfum de Frédéric Dard, San-Antonio pour les intimes, notamment sur tout le passage final, qui rappelle les grandes diatribes d’un San-A à la dérive, mal élevé, mal embouché, définitivement pessimiste et tentant vainement de résister à une misanthropie trop confortable pour le satisfaire. Il y a beaucoup de déchets chez San-A, certes, mais il y a aussi du bon, voire du très bon (C’est évidemment ce dernier dont il est question ici).

Chez Jean-Bernard Pouy, et singulièrement dans MA ZAD, la part « d’auto fiction », transparait à chaque page, donnant une humanité particulière et attachante à ce monument définitif à la grande nullité universelle. Un livre à lire donc, et je dirais même à lire vite car il va porter une lumière différente sur l’actualité ZADiste de l’avenir proche… De quoi se marrer…

Pablo Cueco

 

* Pour citer Patric Delbourg, poète et auteur délicieux, grand laboureur de calembours, collègue papou et ami de JBP.

 

Editions Gallimard / Série Noire / Sortie en librairie le 11 janvier 2018. 

 

En savoir + 

- On peut lire aussi le recueil « Tout doit disparaître » toujours dans la Série Noire, qui regroupe 5 de ses premiers textes… 

- Lien vers une interview de JBP sur le blog de Stéphane Vallet / Le Club / Médiapart :

https://blogs.mediapart.fr/stephane-vallet/blog/200515/jean-bernard-pouy-le-polar-est-sa-couleur

- Lien vers « Une vanne de JBP » sur le blog de Bernard Gensane / Le Club / Médiapart :

https://blogs.mediapart.fr/bernard-gensane/blog/280315/une-vanne-de-jean-bernard-pouy

- Lien vers « Les tentacules de la Poulpitude » interview de JBP par Pablo Cueco pour le jounal « Les Allumés du Jazz » N° 27 (4ème trimestre 2010), journal téléchargeable en PDF (l’article est en page 6) :

https://www.lesallumesdujazz.com/flow/media-2044-o.html

- Lien vers le wikipédia de JBP :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Bernard_Pouy

- Lien vers le site de l'éditeur :

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Serie-Noire/Romans-noirs/Ma-ZAD

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.