Pascale Brachet
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Billet de blog 9 janv. 2022

Monsieur le Premier Ministre, ne parlez pas pour moi je m'en charge

Monsieur le Premier Ministre, vous avez parlé en mon nom sans vous être enquis de mon avis. Ne parlez pas pour moi. Ne parlez pas pour nous, on s'en charge ! (1)

Pascale Brachet
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Monsieur le Premier Ministre, j'ai appris avec consternation les propos du Président de la République concernant les français non vaccinés (Oui, le degré zéro de la pédagogie sanitaire ...).  Impossible de ne pas réagir ici en vous entendant le soutenir, devant le Sénat puis l'Assemblée Nationale le 5 janvier dernier, et ce en invoquant l'opinion des français.es :

"[...] je me rends très régulièrement dans les services de soins critiques, ce qu’a dit le Président de la République, je l’entends partout. Vous le savez, il y a une forme d’exaspération de nos concitoyens à se voir imposer un certain nombre de contraintes, alors que d’autres font le choix de s’en affranchir, avec toutes les conséquences que cela a [...] Les propos du Président de la République s’inscrivent en parfaite cohérence avec ce que nous faisons – et vous le savez ! –, c’est-à-dire pousser à la vaccination et responsabiliser toujours davantage celles et ceux de nos concitoyens qui s’y refusent. C’est capital, y compris pour contrer l’exaspération légitime de ceux – ils sont immensément nombreux – qui font l’effort de se conformer aux règles de la vie civique [...] Mais je m’interroge : qui outrage la Nation ? Qui fracture la Nation ? Qui conduit, dans nos services d’urgence, les soignants à faire des choix éthiques dramatiques ? C’est une infime minorité". (Sénat, séance du 5.01.2022, intervention de J Castex)

Monsieur le Premier Ministre, je suis vaccinée et ne partage absolument pas votre jugement moral concernant les personnes non vaccinées. Celles et ceux qui n'ont pas pu ou pas voulu se faire vacciner ne m'exaspèrent pas. Que vous parliez en mon nom m'exaspère. Que vous utilisiez la contrainte que j'ai subie - quand bien même j'avais décidé de me faire vacciner - comme argument contre d'autres français.es, m'exaspère. Peut-être mon exaspération est-elle partagée par des citoyennes et citoyens "immensément nombreux".

"Il faut le dire, oui nous avons une difficulté avec les non-vaccinés. Mesdames, messieurs, les députés, je vous prends à témoin : combien de fois avons-nous discuté de ces questions ici, et combien de fois ai-je dit à mes concitoyens, comme le Président de la République, que lutter contre cette pandémie supposait toute une série d’actions, que je n’énumérerai pas ? Il faut, outre l’adoption de dispositions législatives ou réglementaires, la responsabilité individuelle de chaque citoyen de la République.  Oui, les citoyens de la République doivent exercer leurs responsabilités. Être responsable, être libre, ce n’est pas contaminer impunément les autres. Ce n’est pas surcharger nos services de soins qui sont déjà soumis à rude épreuve. Ce n’est pas cela la conception de la République et de la citoyenneté. Je suis sûr que vous partagez, dans votre immense majorité, cette conception des choses qui est de bon sens". (Assemblée Nationale, 1ère séance du 5.01.2022-Intervention de J Castex)

Voici quelles réponses apportent, brillamment, des blogueurs sur Médiapart : Lettre ouverte au Président (à propos de votre cynisme et de notre lucidité) et Lettre d'un irresponsable à ses responsables. Et cette "lettre aux "Député⸱e⸱s, Sénatrices et Sénateurs [...] afin que vous mesuriez les conséquences des décisions gouvernementales sur la santé de nos concitoyen·ne·s." Lettre d'une médecin généraliste indignée, interdite de soigner, qui m'a beaucoup touchée car elle fait écho pour moi à la décision de ma jeune consœur Jess, également professionnelle de santé, qui a refusé de se faire vacciner.

Lutter contre cette pandémie suppose en outre, le grand public commence à l'apprendre et vous le  savez parfaitement, de rendre accessible à toutes et tous la vaccination, au lieu de nous cantonner à nos frontières nationales ou européennes. Il est donc tout à fait scandaleux de prétendre que les non-vacciné.es - les nôtres - seraient seul.es responsables des contaminations.

[…] S’il y a une chose que nous avons apprise, c’est qu’aucune région, aucun pays, aucune communauté et aucun individu n’est en sécurité tant que nous ne sommes pas tous en sécurité [...] Aucun pays ne peut user de la vaccination pour se sortir seul de cette pandémie. Plus l’inégalité vaccinale persistera, plus ce virus aura de possibilités de se propager et d’évoluer d’une manière que nous ne pouvons ni prédire ni prévenir. Nous sommes tous concernés [...] Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus (29.11.2021-Allocution liminaire du Directeur général de l'OMS à l'occasion de la session extraordinaire de l'Assemblée mondiale de la santé)

"L'inégalité en matière de vaccination donne aux variants un laissez-passer pour se déchaîner - en ravageant la santé des populations et des économies aux quatre coins du monde".-António Guterres - Selon le Secrétaire général, la réponse à la pandémie et du système financier international révèle des échecs de gouvernance qui sont aussi des échecs moraux. (16.12.2021-« Nous ne pouvons pas vaincre une pandémie de manière non coordonnée », avertit le chef de l’ONU)

"Le premier ministre Jean Castex a estimé vendredi qu'il "n’est pas admissible que le refus de quelques millions de Français de se faire vacciner mette en risque la vie de tout un pays et entame le quotidien d’une immense majorité de Français qui a fait preuve de responsabilité depuis le début de cette crise." Il n'est pas non plus admissible que le refus de quelques gouvernements dont Emmanuel Macron et Jean Castex d’autoriser les pays du Sud à produire des vaccins mette en risque la vie de tout un pays et de nombreuses populations à travers le monde. Car aujourd'hui Moderna et Pfizer sont les seuls bénéficiaires de cette situation. Personne ne sortira de la pandémie sans un accès large aux rares outils dont nous disposons contre le COVID-19" écrit Pauline Londeix (19.12.2021-COVID : les candidats à la présidentielle 2022 doivent soutenir la levée des brevets)

Vous nous prenez pour des quiches Monsieur le Premier Ministre2.

Je ne suis pas dupe : vous n'avez rien à nous dire et à nous apprendre, nous connaissons vos arguments sans cesse rebattus, les bons d'un côté et les mauvais de l'autre façon western. Mais le domaine de la prévention n'a rien à voir avec le Far West.

"Convaincre" n'est ni l'outil ni l'objectif d'une démarche de prévention. Prévenir d'un risque et d'un dommage, c'est informer sur les bienfaits sans omettre les méfaits (dialectique toujours présente en médecine), expliquer, faciliter et susciter la réflexion, accompagner, "aller vers" celles et ceux qui n'ont accès ni à l'information ni aux soins. Et c'est aussi parallèlement écouter, prendre en compte la situation de l'autre, comprendre ce qu'ielle vit dans son environnement et utiliser son expertise. Ce n'est pas, surtout pas, adopter la posture de vouloir convaincre donc considérer, comme vous le faites, qu'on a raison à 100% et que l'autre, objet et non sujet de la prévention, doit in fine l'admettre. La prévention s'inscrit au contraire dans une démarche collaborative, et parfois communautaire (ah ... terme actuellement proscrit !). Dans ces conditions d'écoute mutuelle, de partage et de respect de l'autre, l'adhésion de la population concernée peut être extrêmement forte (cf la réduction de la contamination VIH chez les usagers de drogues). Et contraindre n'est pas prévenir, Monsieur le Premier Ministre.

Je conclus mon billet par :

  • L'intervention d'une jeune médecin, Alice Desbiolles, médecin de santé publique, épidémiologiste et auteure. Pourquoi elle ? Parce qu'elle annonce son absence de conflits d'intérêt. Parce que son propos est à la fois très clair, très "pro", pertinent et volontairement "situé" sur le plan éthique. Parce qu'au travers de ces qualités d'intervention, rares, elle m'a touchée. Parce qu'elle est une femme, parité oblige si l'on compte les médecins présents sur les plateaux télévisés. Parce qu'elle est jeune et qu'on entend trop de sexa- et septuagénaires nettement moins concernés par l'avenir de l'humanité et de la planète .5.01.2022-Interview du Dr Alice Desbiolles. Merci à Jess, que j'ai citée plus haut, de m'avoir communiqué cette vidéo. Car oui, Monsieur le Premier Ministre, les refus de vaccination peuvent être réfléchis, nourris de doutes légitimes au regard des aspects politiques des décisions gouvernementales, appuyés sur des informations justes et vérifiables, et dignes de respect.
  • Ce qui constitue ma boussole, la lecture de la revue Prescrire depuis mes années d'études, soit depuis la naissance de ce mensuel : choisir un soin, pour moi, et conseiller mes proches passent par l'évaluation faite par Prescrire, seule revue médicale indépendante car financée uniquement par ses abonnements Covid-19 Des informations fiables et utiles dans la revue Prescrire : être informée pour choisir. Je me suis fait vacciner en mai 2021, après que la revue ait publié le 1er avril 2021 (!) " INTÉRESSANT-Malgré les incertitudes qui subsistaient fin février 2021, Prescrire conclut de l'évaluation des données que la balance bénéfices-risques du tozinaméran et du vaccin covid-19 ARNm-1273 est nettement favorable pour prévenir la maladie covid-19 dans beaucoup de situations. Et Prescrire a attribué à ces deux vaccins la rare cotation "Intéressant"."

Je vous souhaite bon courage, Monsieur le Premier Ministre, pour dénouer comme votre "responsabilité" vous y engage, la colère, la suspicion et la rébellion qu'ont induit "légitimement" auprès d'une partie de la population vos propos et ceux d'E. Macron. Couvrir d'invectives des français.es entre le procès du Médiator et celui de la Dépakine, c'est très culotté.

(1) "Ne nous libérez pas, on s'en charge", slogan féministe

(2) "On nous prend pour des quiches", humour féministe

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