Patrick Cahez (avatar)

Patrick Cahez

Ligue des droits humains et Amnesty international Bruxelles ; MRAP Dunkerque ; SUD intérieur et Observatoire du stress de France Télécom Paris

Abonné·e de Mediapart

303 Billets

2 Éditions

Lien 2 mars 2025

Patrick Cahez (avatar)

Patrick Cahez

Ligue des droits humains et Amnesty international Bruxelles ; MRAP Dunkerque ; SUD intérieur et Observatoire du stress de France Télécom Paris

Abonné·e de Mediapart

Betharram, un épiphénomène, au-delà des abus sexuels dans l'Église en France ?

Les abus sexuels sur mineurs dans l'Église catholique en France sont des agressions sexuelles commises par certains clercs et agents pastoraux. En 2021, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église décrit ce phénomène comme étant massif et systémique (216 à 330 000 victimes). Ce fourvoiement institutionnel n’est malheureusement pas limité à la religion.

Patrick Cahez (avatar)

Patrick Cahez

Ligue des droits humains et Amnesty international Bruxelles ; MRAP Dunkerque ; SUD intérieur et Observatoire du stress de France Télécom Paris

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Ces crimes confrontent la religion - et ceux et celles qui s’en réclament -  à la question paradoxale de l’incohérence, de la contradiction, à couvrir des actes et des personnes qui blasphèment son enseignement et ses préceptes.

Betharram n’est malheureusement qu’un épiphénomène d’un contexte général dans lequel s’inscrit le scandale et sans lequel il n’aurait pas pu exister.

Au-delà de la religion, ce pharisianisme interroge et s’observe également dans la mansuétude politique, administrative et judiciaire de celles et ceux qui ont reçu mandat ou fonction de garantir l’efficacité des droits des personnes et le respect de la dignité. Les scandales judiciaires d’Outreau ou de Tarnac en sont une illustration.

Il y a là le signe d’une société globalement formelle, superficielle, reposant sur l’inertie et l’entretien d’une illusion des apparences, aux dépends du fond. La rigueur élémentaire à respecter l’esprit des règles et l’ordre juridique est trop souvent absente. La norme apparaît donc ainsi institutionnellement accessoire. Cette pratique donne alors le sentiment que la règle ne s’impose et qu’elle n’est impérative que pour celles et ceux qui n’ont pas la charge de veiller à son respect. Le gardien de la règle veille sur elle comme le surveillant général de Betharram se préoccupait de la santé des pensionnaires. C’est la critique que formule l’université à l’égard du Conseil constitutionnel.

Par delà les murs et les motifs invoqués pour se justifier de l’inaction, le scandale de Betharram illustre la nature discriminatoire de la hiérarchie sociale du régime des notables, comme Jacques Ellul qualifait le premier empire, qui se perpétue aujourd’hui dans l’extrême-centre (Pierre Serna) ou le bloc bourgeois (Bruno Amable). Tout comme la répression sanglante des manifestants, des Gilets jaunes ou des écologistes, rappelle le parti de l’ordre qui réprima la Commune.

Le débat public qu’engendre l’affaire de Betharram montre la persistance d'une prétention à penser pouvoir s’exonérer des règles, qui caractérise l’initié et le distingue du profane ; lequel, paradoxalement, doit obéir à un enseignement qu’il n’a pas reçu ou lui est refusé ! La conception de l’ordre social du pouvoir actuel, qui demande aux médias de le relayer  complaisamment à destination des électeurs, est d’obéir à l’inconnu.

C’est sur cette injonction paradoxale que repose et fonctionne la société. Injonction paradoxale du Droit lui-même : nul n’est censé ignorer la loi ; puisqu’il n’est enseigné qu’à une toute petite fraction de la population. Il n’y a pas que la religion qui entretient le mystère et favorise les abus.

Le législateur en est le premier responsable en faisant échec à la légistique et en procédant par inversion normative pour imposer inconventionnellement une politique de régression sociale prohibée.

Il n’y a pas que des femmes ou des enfants de violés en France. La loi l'est régulièrement. La culture du viol s’observe au-delà des personnes, dans la pratique de l’Assemblée nationale et du Sénat à adopter des textes contraires aux normes supérieures et impératives. Quand ce n’est pas le résultat des élections qui est violé.

Mais le premier ministre ne le sait pas ou plus ? L’Élysée va-t-il reprocher à la démocratie d’être en mini-jupe pour justifier la burqa libérale autoritaire qu’il impose ? Cet intégrisme ne gène pas les contempteurs de l’islamogauchisme, de l’écoterrorisme, du wokisme, ... faux concepts vides inventés pour disqualifier l’opposition, faute d’argument.

Romain Gary déplorait l’importance de la connerie. L’actualité confirme abondamment une inertie de la médiocrité, une tendance lourde au fascisme mou du mépris et de l’indifférence.

Le débat est lui-même la victime d’un rapport de forces, qui tord le bras aux faits pour contraindre l’opinion à consentir ce qu’elle refuse ; au risque sinon de subir la violence institutionnelle, la répression policière et judiciaire, la brutalisation des rapports sociaux - malgré leur condamnation - à côté desquelles les violences de Betharram n’ont rien d’anachroniques.

À moins que ce soit la mentalité qui gouverne qui est anachronique. Celle d’un nouveau monde rétrograde, avec la puissance nucléaire et l’intelligence artificielle. De quoi nourrir l’ubris d’une brute augmentée en quête de l’homme prométhéen.

_____________________________

Prolonger :

Les enfants martyrs de Riaumont

Pendant des décennies, les pensionnaires du village pour enfants de Riaumont, à Liévin, géré par une communauté catholique intégriste, ont été victimes de maltraitances et de violences sexuelles. Une enquête édifiante et des témoignages déchirants qui remettent en cause l'attitude des pouvoirs publics. Arte 60 min - Disponible jusqu'au 09/06/2025

Viols sur mineurs : de Bétharram à Bergerac, une nouvelle affaire étouffée par Bayrou

Pris dans la tourmente des révélations, le Premier ministre est empêtré dans ses dénégations et ses mensonges, sur son rôle et sa responsabilité dans le scandale de Notre-Dame de Bétharram, devenu une affaire Bayrou. 

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.