La violence collective apparaît au Néolithique avec la propriété

Plusieurs sites archéologiques - des fosses communes de personnes abattues par flèches ou haches en pierre polie - signalent la violence collective au Néolithique avec la sédentarisation et l'appropriation des biens communs (agriculture, élevage). Cet héritage de la prééminence de l'autorité sur la solidarité s'observe toujours dans le discours des promoteurs de la réforme néolibérale.

https://www.persee.fr/doc/rea_0035-2004_2001_num_103_3_4833

Le Paléolithique des peuplades de chasseurs-cueilleurs a connu des actes de violence qui restent pour la plupart des cas isolés. Le Néolithique paraît s'en distinguer par la mise à jour de plusieurs fosses communes, ce qui coïncide au moment où l'humanité se sédentarise et s'approprie la maîtrise et l'exploitation des biens communs. L'affirmation de la violence collective apparaît avec celle de la propriété et du pouvoir. Cette violence collective va se spécialiser et s'organiser efficacement. Elle va marquer l'histoire à travers l'émergence de la guerre et l'affirmation d'identités nationales, au mépris de l'humain, de son bien-être général.

La solidarité paléolithique peut être considérée comme un des éléments de la survie de l'espèce humaine pendant plusieurs centaines de milliers d'années alors qu'elle a été confrontée à des conditions difficiles. L'histoire souligne ainsi sur l'origine naturelle de la solidarité alors que la mise en concurrence des humains sur les biens, qui est apparue plus tard, conduit à la destruction ; laquelle est incompatible avec un modèle rationnel censé caractériser l'intelligence humaine, notamment depuis les Lumières. Relativiser cette incompatibilité revient à considérer que l'histoire dément l'idée d'une "banalité du mal", il n'y a pas de fatalité à la violence, et que l'histoire politique consacre plutôt l'idée d'une intelligence du mal. Les derniers milliers d'années d'évolution la montre plus mobilisée à consacrer son intelligence à faire le mal - par la guerre notamment - plutôt que le bien - une paix toujours impossible. L'actualité confirme une société de brutes diplômées, où le verbe sert à travestir ou justifier la violence. Les évènements de la faculté de droit de Montpellier posent la question de la validité des valeurs enseignées : " Apparence ou conscience ? "

C'est la question de fond de la politique actuelle d'ultimatum à vouloir imposer de force un cadre de société où la solidarité s'efface devant l'autorité sous la contrainte. L'humanité est ainsi demeurée incapable de corriger son basculement d'une société fondée sur la solidarité à une société violente depuis le Néolithique malgré plusieurs milliers d'années de "progrès" ; progrès humain indéniablement technique mais défaillant - voire absent - intellectuellement et politiquement.

Laborit synthétisait cette contradiction entre le progrès technique et l'absence d'intelligence dans son article " L'automobiliste du Néandertal " - mettre un produit technologique dans les mains d'une personne alors supposée être une brute. Les découvertes de l'archéologie remettent en cause cette métaphore. L'état des connaissances actuelles fait qu'il n'est plus du tout certain que l'humanité y perdrait à être conduite par un Néandertalien.

Le passage du Paléolithique au Néolithique date la systématisation de la perversion dans l'action publique. Mis-à-part les exemples de violences institutionnelles, l'actualité de cette perversion se manifeste dans la régression sociale - prohibée en droit - et l'inversion normative (1).

L'archéologie met les décideurs contemporains face à leurs contradictions, en considération d'où l'humanité vient et des épreuves qu'elle a su traverser avec succès grâce à la solidarité, au collectif. Elle est une science tournée vers l'avenir. Le savoir du passé lointain alerte pour le futur sur l'importance de la solidarité et du pratage. C'est le bien être-général qui fait société, pas la compétition qui promeut la loi du plus fort, favorise la division et engendre la violence.

C'est dans un sens identique que Pierre Bourdieu paraît conclure son soutien aux cheminots grévistes en 1995 " Ce que j'ai voulu exprimer en tous cas, peut-être maladroitement - et j'en demande pardon à ceux que j'aurais pu choquer ou ennuyer -, c'est une solidarité réelle avec ceux qui se battent aujourd'hui pour changer la société : je pense en effet qu'on ne peut combattre efficacement la technocratie, nationale et internationale, qu'en l'affrontant sur son terrain privilégié, celui de la science, économique notamment, et en opposant à la connaissance abstraite et mutilée dont elle se prévaut, une connaissance plus respectueuse des hommes et des réalités auxquelles ils sont confrontés. " 28 févr. 2018, Par michel.rotfus

Claude Lévy Strauss revient aussi par la fenêtre " Plus important encore est peut-être le coup de pied à l’âne dont Lévi-Strauss est l’objet de la part d’instances politico-académiques, aussi bien de gauche que de droite, qui s’en prennent à la notion de structure elle-même : le néo-libéralisme, avec son culte de l’individualisme et son hostilité séculaire envers tout ordre collectif en général, gouvernemental en particulier ; le postmodernisme, avec ses antipathies pour les « récits magistraux » et les « catégories essentialisées », ses penchants pour les « discours contestés », les « limites poreuses » et autres formes d’ambiguïté ; et enfin les divers mouvements d’émancipation de groupes minoritaires pour lesquels les « structures » dominantes sont l’ennemi à abattre. Nous vivons à l’âge anti-structurel. " Marshall Sahlins in  " L’anthropologie de Lévi-Strauss " traduit par Suzanne Chappaz et relu par Sophie Chevalier sur Ethnographiques.org

" Vers la Libération " d'Herbert Marcuse est-il invité à connaître un regain ?

La contradiction de l'organisation sociale et ses incohérences institutionnelles posent la question de fond du débat judiciaire au procès de l'affaire dite de Tarnac. Yldune Lévy explique sur France Inter que sa formation préhistorienne lui a appris à mettre en perspective sur le temps long les arguments d'autorité d'aujourd'hui :

" Moi personnellement, je ne me sens ni anarchiste ni ultra, et sur un échiquier politique qui ne m’appartiendra jamais, si je dois me définir, je dirais plutôt que je suis communiste, mais pas au sens du parti communiste, au sens du commun. Je crois en une perspective révolutionnaire, c’est-à-dire assez simplement que je crois au bouleversement possible de l’ordre des choses, et donc à la transformation du monde. Je réfute l’idée que le capitalisme occidental serait le seul horizon possible. Ma formation à moi, c’est préhistorienne, du coup cela a construit mon rapport au monde, et 2.000 ans d’Histoire à l’échelle de l’humanité, désolée, mais c’est bien peu. "

La préhistoire poserait alors la question de l'origine naturelle - consubstantielle à l'humanité - du communisme, ou tout au moins de la solidarité, de la fraternité. Un champ d'études politiques d'avenir qui paraît échapper à l'attention des ministres de l'éducation nationale.

 

 

Note :

- 1 : l'inversion normative est un stratagème rhétorique(qui s'avère être un sophisme) consistant à faire prévaloir un argument ajuridique (économique par ex.) ou d'invoquer une norme inférieure (un règlement par ex.) pour faire échec à des droits fondamentaux ou des impératifs catégoriques ; la politique contemporaine procède essentiellement par inversion normative (cf. les différentes réformes dont le motif est économique et non pas juridique, donc insusceptible de modifier le droit - et qui font obstacles aux droits fondamentaux, doit constitutionnel, droits de l'homme, droits sociaux, etc. - ces réformes sont donc des escroqueries intellectuelles)

 

 

Prolonger :

 

1) Persée : "Aux origines de la guerre : actes de violence et massacres dans le néolithique européen" Alain Beyneix

 

2) Carbone 14 le magazine d'archéologie de France culture :

a) " Ma préhistoire à moi ! " A la croisée de la préhistoire et de la philosophie, que peut penser un grand témoin de l’archéologie, comme Marcel Otte ? 

« Toutes les civilisations, antérieures ou éloignées, indiquent pourtant la voie aux solutions élaborées depuis trois millions d’années et jamais mises en échec: composer avec les forces naturelles, omnipuissantes, omniprésentes et éternelles, douées d’esprit elles aussi ». A n’en pas douter, pour Marcel Otte, l’archéologie anthropologique nous place devant des responsabilités inouïes.

Bibliographie :

b) " Et l’Occident s’éveilla ! " Les chemins de la protohistoire avec Jean Guilaine professeur au Collège de France

C’est une Histoire avant l’Histoire, celle d’une période, décisive dans la construction de nos sociétés contemporaines, celle où l’Homme commença à imposer sa marque sur notre planète.  

La Protohistoire est une exceptionnelle accélération de l’Histoire : en cinq millénaires émergeront l’agriculture et le monde rural, la fabrication des premiers paysages, mais aussi les premières dégradations de l’environnement par notre humanité… 

Si longtemps les maîtres-mots pour décrire ces sociétés ont été l’alliance, la coopération et la solidarité, cette époque « sans histoire » vit parallèlement l’émergence de la violence de masse, la guerre devenant peu à peu un véritable moteur économique, avec l’apparition du combattant à plein temps…

A y regarder de plus près, cette période de la protohistoire porte sur des problématique en lien direct avec nos propres interrogations sociétales 

Bibliographie :

 

3) Musée de l'Homme : actuellement " Néandertal l'expo " du 28.03.2018 au 07.01.2019

« Néandertal n’était ni supérieur, ni inférieur à l’homme moderne, il était différent. La hiérarchisation est contraire à la démarche scientifique. Rien n’est fixé ou linéaire, l’évolution humaine est buissonnante, tant d’un point de vue biologique que culturel ». Marylène Patou-Mathis, commissaire scientifique de l’exposition.

Sur France culture, dossier : Sur les traces de Néandertal

 

4) Dalloz : Les barbares : mœurs et civilisation. Réflexions à propos de la loi « Asile et immigration maîtrisée »  Par Romain Boucq le 07 Mars 2018

« En refusant l’humanité à ceux qui apparaissent comme les plus "sauvages" ou les plus "barbares" de ses représentants, on ne fait que leur emprunter une de leur attitude typique. Le barbare c’est celui qui croit à la barbarie. » Cette citation de Claude Lévi-Strauss accompagne tous ceux qui œuvrent au quotidien à la défense des droits des étrangers. (...)

 

5) " L'Âge de la Régression - Pourquoi nous vivons un tournant historique " Collectif  « Comment en sommes-nous arrivés là? Quelle sera notre situation dans cinq, dix ou vingt ans? » Publié le 13 avril 2017

Nous vivons un tournant historique.
Ascension de partis nationalistes (Front national), démagogie (Donald Trump), repli sur soi (Brexit), tendances autoritaristes (Hongrie et Pologne), appels à la « grandeur » et à la « pureté » nationale (Narendra Modi en Inde, Vladimir Poutine en Russie), vague générale de xénophobie et de crimes haineux, brutalisation des discours politiques, complotisme, « ère post-vérité », appels à l’érection de murs toujours plus nombreux, toujours plus hauts...
Tout se passe comme si nous assistions à un grand retour en arrière. Comme si la peur et la violence l’emportaient sur les espoirs d'ouverture nourris ces trois dernières décennies.
Quinze intellectuels, chercheurs et universitaires de renommée internationale explorent les racines de la situation qui est la nôtre aujourd'hui et que l’on peut appeler une grande régression. Ils la replacent dans son contexte historique, élaborent des scénarios possibles pour les années à venir et débattent des stratégies susceptibles de la contrecarrer.
Ce livre représente la première tentative de penser un moment extrêmement déroutant et de dresser une sorte de portrait moral de nos sociétés actuelles. Publié en treize langues, le livre paraît simultanément dans le monde entier.

 

6) France culture : Le concept d' '" euréka terroriste " pour expliquer la barbarie

 

7) Le Parisien : Massacre à la hache polie dans l'Alsace préhistorique

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