Les lèche-bottes font le succès de la régrolution d'Emmanuel Macron

Petit moment d'anthologie de la paresse journalistique. Comment s'étonner de la nullité du débat public en France et de la dérive institutionnelle (régression sociale, atteinte aux droits de l'Homme) ? L'art de l'obséquiosité rhétorique et la souplesse du contorsionniste expliquent le succès du double langage présidentiel. Il ne mène pas une "révolution" mais une "régrolution".

https://www.franceculture.fr/emissions/le-billet-politique/le-billet-politique-lundi-18-decembre-2017

Le président qui dénonce "la honte de la République" du service public audiovisuel ne rechigne pas à s'en servir, ce qu'il ne pourrait pas faire avec un service public comme souhaitent en avoir un ceux qui y travaillent...

Pour Macron, l'audiovisuel public est "la honte de la République"

 

Il n'y a pas que le journaliste-cinéaste à critiquer mais aussi la direction d'un média public qui accepte de programmer une telle mystification tout en évoquant la possibilité de supprimer le journalisme d'enquête.

Aucune question ni interpellation sur le contournement du droit fondamental par le président de la République, tant en matière de droit sociaux que de droits de l'Homme, pourtant annoncé lors de la campagne.

Emmanuel Macron ne mène pas une révolution mais une régrolution.

La régrolution est à la régression sociale et la violation des droits de l'Homme - dont les porteurs les plus emblématiques de la volonté présidentielle sont Muriel Pénicaud et Gérard Collomb (dont Hervé Le Bras démontre le caractère infondé de l'action du ministre de l'intérieur sur France culture) -  ce que la révolution est au progrès social et à l'affirmation des droits de l'Homme.

Emmanuel Macron est un régrolutionnaire, un contre-révolutionnaire, un nouveau Joseph de Maistre.

La platitude complaisante des questions posée contraste avec la gravité de la démonstration publique du contournement de la constitution et de la confiscation du pouvoir par le président :

Comment Emmanuel Macron se comporte en « DRH - Le Monde

" Mais ces rendez-vous ultimes de validation à l'Elysée se font sans la présence du ministre de tutelle, au risque de fragiliser l'autorité de ces derniers, qui se voient court-circuités par l'échelon présidentiel. " Dans la tradition républicaine, le président ne convoque jamais les hauts fonctionnaires car c'est aux ministres de rendre des comptes devant le Parlement, rappelle l'historien Nicolas Roussellier, auteur de La force de gouverner (Gallimard, 2015). S'il a une quelconque influence sur un haut fonctionnaire, il rompt avec la vieille idée de souveraineté nationale. "  "

(...) " hors périodes exceptionnelles, souligne ce professeur à Sciences Po, il y a toujours eu une barrière invisible entre les élus de la nation et la haute administration, censée être impartiale " .

Dans le milieu des hauts fonctionnaires, cette nouvelle pratique fait réagir. " On n'a jamais vu ça! Si Macron contourne les ministres, l'ordre républicain n'est plus respecté, s'indigne un commis de l'Etat formé à l'ENA. L'administration n'est pas supposée être en rapport direct avec le président. Elle est sous l'autorité des ministres. " Pour ce responsable, qui comme tout haut fonctionnaire ne peut pas témoigner à visage découvert, la méthode Macron pose " un sujet politique et un sujet managérial. Ça va loin : non seulement le président nomme des ministres experts au gouvernement, mais en plus il les court-circuite. C'est le triomphe de la technocratie! "

Cet article établit que le président est seul responsable de la politique actuelle, ses ministres ne sont que des paravents pour supporter les critiques, des boucliers ministériels, pour prendre les coups et concentrer les critiques sur leurs personnes. Un boulot de DRH...

Le "président des riches" agit en loucedé, en marionnettiste. Comme il le fait avec l'information publique et ceux qui acceptent de s'y compromettre.

 

Cette collusion bienveillante démontre l'inertie persistante d'un comportement :

" Un fonctionnaire quelconque, un ministre, un directeur de théâtre ou de journal, peuvent être quelquefois des êtres estimables ; mais ils ne sont jamais divins. Ce sont des personnes sans personnalité, des êtres sans originalité, nés pour la fonction, c'est-à-dire pour la domesticité publique.  " Baudelaire - Mon coeur mis à nu

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Il n'y a pas de fatalité. Vichy n'est pas un accident de l'histoire, mais la conséquence d'une abdication, d'une paresse.

La complaisance des journalistes favorise la politique de brutes :

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Voir ce que donne au niveau européen l'absence de critique sérieuse des programmes et des politiques :

En Autriche, l'Intérieur, la Défense et la diplomatie à l'extrême droite

 

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