Schengen: la France m'a tuer

La décision prise par le gouvernement français de maintenir jusqu’au 30 octobre 2018 un contrôle aux frontières intérieures en vigueur depuis le 13 novembre 2015 met, de fait, fin au système de libre circulation issu du « Code frontières Schengen ».

Dans le programme présidentiel de la candidate du Front national, figurait la suspension du système de libre circulation des personnes issu du « Code frontières Schengen ».

C’est ce vœu que réalise, de fait, le gouvernement français, qui a informé dans la semaine du 3 avril 2018 la Commission européenne de sa décision de prolonger ses contrôles aux frontières intérieures pour six mois supplémentaires, du 30 avril au 30 octobre 2018.

Un précédent billet a rappelé que ces contrôles aux frontières intérieures avaient été réintroduits pendant un mois à partir du 13 novembre 2015 non en raison des attentats survenus ce jour, comme avait pu le faire croire l’intervention du président de la République d’alors, mais pour la tenue à Paris de la COP 21 du 30 novembre au 11 décembre 2015 – la demande de rétablissement avait été adressée à la Commission européenne le 16 octobre 2015 (Emmanuel Macron, européen dans le discours, souverainiste dans les actes). C’est ensuite au nom de la persistance de la menace terroriste que ces contrôles ont été systématiquement prolongés depuis, par tranches de six mois.

Alors même que la loi « antiterroriste » du 30 octobre 2017 a considérablement renforcé les contrôles d’identité aux frontières et dans le territoire français, le gouvernement a notifié à la Commission européenne, le 3 octobre 2017, sa décision de prolonger le contrôle aux frontières intérieures du 30 octobre 2017 au 30 avril 2018 en dérogation au principe de libre circulation des personnes, motif pris de la persistance de la menace terroriste. Le 28 décembre 2017, le Conseil d’Etat a validé cette décision gouvernementale, à la suite d’une interprétation constructive et pour tout dire erronée du « Code frontières Schengen » (Le Conseil d’Etat décode Schengen).

Comme il fallait s’y attendre, le gouvernement vient donc de récidiver pour six mois supplémentaires, en invoquant une fois de plus la persistance de la menace terroriste, alors pourtant qu’il n’a jamais pu être démontré jusqu’à présent que de tels contrôles avaient ou auraient utilement pu éviter la réalisation d’un seul attentat en France.

Dans le même temps, l’intrusion le 30 mars 2018 de cinq douaniers français dans la gare italienne de Bardonecchia a, selon la presse italienne, révélé « le visage de la France de Macron sur la question des frontières ». Ainsi que le rapporte la rédaction de Médiapart, « les éditorialistes n’ont pas de mots assez durs contre la France et Emmanuel Macron. La Repubblica parle de 'principes violés' et dénonce le 'vrai visage' de la France qui serait apparu dans cette affaire. L’éditorialiste du quotidien de centre gauche estime que l’Italie est ravalée par son voisin au rang de ‘province méridionale d’une forteresse assiégée’. Dans le Corriere della Sera, Massimo Nava, élargit le propos et souligne que ‘Emmanuel Macron ne sort pas de la logique nationale, que ce soit sur les migrants, sur les chantiers navals ou sur les opérations militaires’ ». 

 Les « regrets » exprimés par le ministre de l’Action et des comptes publics ne sauraient masquer l’essentiel : dans les discours présidentiels d’Athènes et de la Sorbonne, la France se présente comme européenne ; en pratique, elle défait l’Union européenne et braque progressivement de plus en plus d’Etats membres.

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