Ignacio Ramonet trumpisé ?

Critique d’un article d’Ignacio Ramonet, ancien directeur du « Monde diplomatique » et président d’honneur d’Attac, paradoxalement complaisant vis-à-vis du candidat républicain : le milliardaire Donald Trump ! Par Antoine Bevort et Philippe Corcuff


Ignacio Ramonet trumpisé ?

Le rapt néoconservateur sur la critique et le brouillard confusionniste à gauche

 

Par Antoine Bevort et Philippe Corcuff

 

Nous sommes tous les deux chercheurs en sciences sociales et engagés dans une conception critique et émancipatrice de la gauche, soucieux d’une transformation radicalement démocratique des institutions et de la société dans une perspective internationaliste. Nous sommes particulièrement inquiets des faibles réactions tant du milieu des sciences sociales que des courants critiques de la gauche face aux avancées néoconservatrices en France et dans d’autres pays. Or, le contexte d’extrême droitisation idéologique et politique apparaît périlleux (1), et cela d’autant plus que certaines zones de la gauche ont la vision brouillée par les usages confusionnistes de thèmes de gauche par l’extrême droite (2).

 

Quelques figures ont joué un rôle particulièrement significatif ces dernières années. Étienne Chouard s’est fait un nom dans les gauches critiques par ses prises de position sur son blog pour le non au Traité constitutionnel européen en 2005. Cet écho s’est prolongé dans les mouvements citoyens à travers ses interventions en faveur d’une rénovation démocratique via le recours au tirage au sort. Or, dans ses thèmes et ses relations (notamment avec Alain Soral), il participe à des passages confus entre gauche et extrême droite, et est même devenu un pilier du confusionnisme montant (3). L’économiste Jacques Sapir vient de l’extrême gauche soixante-huitarde et était encore récemment considéré comme un sympathisant du Front de gauche. Il défend depuis quelque temps une alliance entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen pour sortir de l’euro (4). Plus récemment, le journaliste Ignacio Ramonet a tenu des propos ambigus sur le candidat républicain à l’élection présidentielle américaine, Donald Trump (5). Ignacio Ramonet n’est pas n’importe qui dans ce qu’on appelle la gauche radicale depuis le mouvement social de 1995 : à l’origine de la création d’associations Attac en France (juin 1998) et dans le monde à partir de son éditorial du Monde diplomatique de décembre 1997 intitulé « Désarmer les marchés » (http://www.monde-diplomatique.fr/1997/12/RAMONET/5102), président d’honneur d’Attac, directeur du Monde diplomatique de 1990 à 2008 et actuel président de l’association Mémoire des Luttes. Cependant, avant de revenir plus précisément sur les propos de Ramonet, il nous faut préalablement les mettre en contexte par rapport aux menaces néoconservatrices qui planent aujourd’hui sur la critique.

 

Une critique sociale déréglée sous la coupe de l’extrême droite ?

 

Parallèlement et en interaction avec les poussées électorales du Front national, une trame idéologique néoconservatrice structurée par une obsession identitaire et dotée de tonalités xénophobes, sexistes, homophobes et nationalistes s’est mise en place en France. Alain Soral est une des principaux protagonistes du pôle antisémite, avec une aura de « rebelle » dans l’underground d’internet et parmi les jeunes générations. Éric Zemmour incarne une des figures les plus visibles du pôle islamophobe et négrophobe, avec une aura de « rebelle » dans les médias, adossée à des succès éditoriaux, et des échos dans les générations plus âgées. Ce néoconservatisme idéologique a particulièrement gagné en influence sur internet, où il a un poids souvent insoupçonné (6). Or, cette idéologie néoconservatrice est en train d’arraisonner la critique sociale, traditionnellement ancrée à gauche en étant adossée à un horizon émancipateur.

 

Ainsi les néoconservateurs sont en train de voler à la gauche en général et à la gauche radicale en particulier une bonne part de leurs postures et de leurs mots. Il s’agit du mot « critique » en général, mais aussi de la critique du « système », la critique du néolibéralisme, la critique des banques, la critiques de la mondialisation, la critique des médias, la position de rebelle, les mots « peuple », « social », « République », « démocratie », « laïcité », etc. Ce rapt s’effectue sur fond de valorisation du « politiquement incorrect ». Qu’est-ce à dire ? Á l’intérieur de ce piège rhétorique, ce n’est pas la correspondance avec l’observation rigoureuse des nuances du réel qui assure « la vérité » d’une thèse, ni son adéquation avec des critères d’émancipation, c’est uniquement le fait de prendre le contre-pied de ce qui est présenté comme « politiquement correct ». Dans une forme d’automatisme qui n’a plus besoin de développer une argumentation. Dans ce conformisme de l’anticonformisme, les significations sont renversées, puisque le stéréotype devient « levée des tabous », le brouillage confus des repères, « vérité », les diktats de la transgression obligatoire, « liberté ». Par exemple, « l’antiracisme » peut être stigmatisé comme « politiquement correct » et la xénophobie prendre alors des allures « rebelles ». Dans les mains de l’extrême droite, la critique devient une machine perverse, qui détourne l’élan critique en le connectant à la xénophobie et à d’autres logiques discriminatoires (comme le sexisme et l’homophobie).

 

Cet arraisonnement néoconservateur de la critique sociale a été facilité tout d’abord par le contexte politique : d’une part, les effets délégitimants de l’impasse autoritaire du stalinisme sur le pôle communiste de la gauche, qui culmine avec la chute du mur de Berlin en 1989, et, d’autre part, les déceptions successives vis-à-vis du pôle socialiste du fait de sa mise en œuvre de politiques sociales-libérales à partir de 1983. Ce qui a contribué à distendre les liens entre critique sociale et idéaux émancipateurs, tout en brouillant les repères historiques quant à la définition de la gauche. Les résistances à l’aimantation du débat public par une logique d’extrême droitisation en ont été affaiblies.

 

Les liens entre critique sociale et émancipation se sont également distendus dans le champ intellectuel (7). L’ultra-spécialisation des savoirs a contribué à rendre plus difficile les dialogues entre sciences sociales et philosophie. Or, de plus en plus, les sciences sociales ont développé une critique de moins en moins référée à des appuis émancipateurs, alors que l’émancipation devenait surtout une branche de la philosophie politique. Les tensions entre la sociologie critique de Pierre Bourdieu et la philosophie de l’émancipation de Jacques Rancière sont particulièrement significatives des écarts creusés entre critique et émancipation, malgré quelques efforts en ce sens (8). Par ailleurs, au sein des pensées critiques s’efforçant d’échapper à l’ultra-spécialisation, le face-à-face entre la nostalgie de la catégorie philosophique traditionnelle de « totalité » et la dilution « postmoderne » du sens laisse peu de place à une reformulation de pensées globales, à la fois critiques et émancipatrices. Or, la totalité apparaît inadéquate vis-à-vis de la diversification des savoirs et le postmodernisme tend à perdre de vue des repères globaux sur la réalité.

Autre obstacle dans le monde académique : un usage corporatif répandu du thème de « la neutralité axiologique », non pas comme horizon régulateur légitime invitant à prendre en compte les effets des présupposés des chercheurs quant aux valeurs sur leurs analyses, mais comme une injonction à rester à l’écart des débats de la cité et à bannir l‘engagement. Cette posture empêche nombre de chercheurs en science sociales d’entrer dans l’arène politico-idéologique, même quand certains de leurs acquis récents sont attaqués frontalement par l’idéologie néoconservatrice. Nous pensons en particulier à deux figures rhétoriques actives dans les discours d’extrême droite :

1) le conspirationnisme (9) qui, se focalisant sur les manipulations conscientes et cachées de quelques individus ou groupes puissants pour rendre compte de la réalité, s’oppose aux explications pluri-factorielles des sciences sociales, avec la place faite au non-conscient porté par des structures sociales comme à l’aléatoire et aux effets non intentionnels de l’action ;

2) l’essentialisme (10), c’est-à-dire la constitution en essences, en entités homogènes et durables, des réalités observables (pour les néoconservateurs, des essences négatives, comme « l’islam », « l’Europe », « l’Allemagne », « la mondialisation », « l’immigration », « le multiculturalisme » ou « le communautarisme », et des essences positives, comme « la nation », « la France », « le peuple », « la République » ou « la laïcité »), souvent critiqué par les sciences sociales aujourd’hui ; via l’attention aux processus historiques de construction de ces réalités comme à la diversité des logiques qui les travaillent et à leurs contradictions.

 

Enfin, autre facteur facilitant l’arraisonnement de la critique par l’extrême droite : le fait que la gauche radicale renaissante à partir de 1995 ne se rende pas souvent compte du danger, croyant qu’elle a toujours la main en matière de critique sociale. Cette arrogance aveuglante repose notamment sur trois erreurs associées et partagées par de nombreux secteurs des courants les plus critiques de la gauche :

1) la croyance selon laquelle la gauche radicale aurait par nature une prééminence en matière intellectuelle ;

2) le nombre important dans cet espace politique restreint d’« esprits forts » pensant qu’ils maitrisent intellectuellement le cours du monde ;

3) la vision idéaliste, contrairement aux proclamations « matérialistes », selon laquelle le contenu des idées serait moteur.

Cet auto-aveuglement freine terriblement les efforts pour reformuler une critique sociale de nouveau fermement arrimée à l’émancipation, en nette rupture avec les pièges néoconservateurs. Car il faudrait mener fermement la bataille culturelle en réinventant un imaginaire de gauche contre l’hégémonisation idéologique et politique néoconservatrice, tout en sachant que le combat des idées ne concerne pas que les idées, qui ne sont pas en elles-mêmes toutes-puissantes, mais aussi des actions, des mobilisations, des dispositifs pratiques comme des cadres institutionnels.

 

Ambiguïtés confusionnistes d’Ignacio Ramonet vis-à-vis du néoconservatisme de Donald Trump et enjeux pour la gauche de la gauche

 

C’est dans ce contexte périlleux de dérèglement des rapports entre critique sociale et émancipation, d’extension d’un brouillard confusionniste entre des thèmes de gauche et des thèmes d’extrême droite comme d’arraisonnement néoconservateur de la critique sociale que les ambiguïtés d’un récent article d’Ignacio Ramonet sur Donald Trump (11) ajoutent à l’inquiétude. Car Ramonet, à travers la direction du Monde diplomatique pendant 18 ans et la création d’Attac, constitue une des figures publiques historiques des gauches critiques. Avec lui, le confusionnisme idéologique contamine donc le cœur de la gauche de gauche.

 

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Qu’avance Ramonet dans son texte ? Il affirme que si Donald Trump est tant critiqué par les médias et les élites, ce n’est pas tant pour ses déclarations « ignobles et odieuses » à propos des « immigrés mexicains illégaux », des « migrants musulmans » ou des « LGBT » - que Ramonet met en cause fort heureusement ! - mais parce que le candidat du Parti Républicain dénonce les grands medias comme la globalisation économique, en proposant en fait des mesures politiques en rupture avec l’orientation néolibérale. Le milliardaire américain rejoindrait ainsi l’antilibéralisme de gauche et donc « l’esprit fort des esprits forts », Ramonet lui-même ! Ramonet repère sept « options fondamentales » de Trump que « les grands médias passent systématiquement sous silence ». Il s’agit en fait de sept zones d’intersections confusionnistes entre néoconservatisme et gauche radicale, dont Ramonet ne semble pas se rendre compte de la portée :

1) « En premier lieu, les journalistes ne lui pardonnent pas ses attaques frontales contre le pouvoir médiatique. »

2) « Une autre cause des attaques médiatiques contre Trump : sa dénonciationde la globalisation économique »

3) « Trump est un fervent protectionniste. »

4) « Autre option dont les médias parlent peu : son refus des réductions budgétaires néolibérales en matière de sécurité sociale. »

5) « Dénonçant l’arrogance de Wall Street, Trump propose également d’augmenter de manière significative les impôts des traders spécialisés dans les hedge funds (fonds spéculatifs) qui gagnent des fortunes. »

6) « En matière de politique internationale, Trump s’est fait fort de trouver des terrains d’entente à la fois avec la Russie et avec la Chine. Il veut notamment signer une alliance avec Vladimir Poutine et la Russie pour combattre efficacement l’organisation État islamique (Daesh) même si pour l’établir Washington doit accepter l’annexion de la Crimée par Moscou. »

7) « Enfin, Trump estime qu’avec son énorme dette souveraine, l’Amérique n’a plus les moyens d’une politique étrangère interventionniste tous azimuts. »

Les points de 1 à 6 pourraient être tout à fait défendus en France par Éric Zemmour, Alain Soral ou Marine Le Pen, en association avec des dérives identitaires, xénophobes et discriminatoires analogues à celles de Trump. Ramonet confond ainsi des parentés lexicales entre thèmes de gauche et thèmes d’extrême droite avec un contenu commun. Or, le fait que la version gauche de ces thèmes est inscrite dans une cadre émancipateur, à l’opposé du cadre discriminatoire de la version néoconservatrice, devrait leur donner un sens radicalement différent. Ce qu’oublie Ramonet, participant ainsi sans le vouloir à une porosité confusionniste accrue entre thèmes de gauche et d’extrême droite.

 

Ramonet laisse aussi entendre qu’il n’y aurait qu’un usage - celui simpliste et manichéen promu par les discours de Trump - des critiques des médias, de la globalisation et de la finance. Et que, de plus, ces critiques seraient nécessairement adossées à une orientation protectionniste. Or, Attac défend par exemple aujourd’hui un point de vue différent, altermondialiste, c’est-à-dire pour lequel, « un autre monde est possible » et pas seulement « une autre nation est possible », ce qui suppose l’émergence d’alternatives associées du local au mondial. On trouve ici implicitement chez Ramonet une première convergence avec le néoconservatisme actuel qui défait les attaches internationalistes de la critique sociale de gauche pour l’enfermer dans un cadre national. Une seconde convergence implicite renvoie, avec le point 6, au tropisme poutinien de certains secteurs de la gauche de la gauche.

 

Si Ramonet, par les ambiguïtés de son analyse du contenu des discours de Trump, alimente le confusionnisme rampant, il le fait aussi par son mode d’argumentation même en lui donnant des colorations conspirationnistes vis-à-vis des médias. Car il aurait fallu à Ramonet, tel un James Bond ou un Fox Mulder (X-Files) de la critique, « fendre le mur de l’information » pour découvrir des vérités prétendument cachées « que les grands médias passent systématiquement sous silence ». Et les journalistes manipuleraient les choses intentionnellement parce qu’ils ne « ne pardonnent pas ses attaques frontales contre le pouvoir médiatique » à Trump. Ce soupçon complotiste vis-à-vis des médias s’avère factuellement erroné. Reprenons les sept points de Ramonet :

1) L’hostilité de Trump à l’égard des médias est un fait bien connu, dont la presse mondiale rend abondamment compte.

2) Sa critique de la globalisation est couverte par les médias. C’est par exemple le cas sur la chaîne d’information continue CNN (12).

3) Le protectionnisme de Trump n’est pas, non plus, si caché que cela, puisque le Wall Street Journal en parle (13) !

4) Sur le refus de réductions budgétaires, le site du magazine économique Forbes dément Ramonet (14).

5) Quant aux impôts sur les traders, cela n’est pas non plus inconnu des « grands médias » comme…le Wall Street Journal (15).

6) La collaboration avec la Russie est également sur la place publique et constitue même un des principaux arguments de campagne d’Hillary Clinton contre son concurrent.

7) Enfin, sur le caractère moins interventionniste de la politique étrangère de Trump, c’est notamment traité dans le New York Times (16).

Si rapide à dégainer contre ses « chers confrères » supposés manipulateurs, Ramonet pourrait s’efforcer de s’astreindre à un minimum déontologique en matière de journalisme : vérifier ses sources plutôt que de diffuser des contre-vérités.

 

Lucide à l’égard de la xénophobie du candidat républicain et ce qu’il nomme fort justement son « autoritarisme identitaire », Ramonet apparaît néanmoins fasciné par le milliardaire. N’est-ce pas l’attrait pour la figure du « chef providentiel », qu’il a précédemment adulé chez le communiste autoritaire Fidel Castro ou chez le « démocrate autoritaire » Hugo Chávez, bien à l’écart des grandes proclamations démocratiques ? Et le supposé enracinement « populaire », en opposition aux « élites » (dont fait amplement partie le milliardaire ultramédiatisé !), des discours de Trump, qui aurait « su interpréter, mieux que quiconque, ce qu’on pourrait appeler la "rébellion de la base" », apparaît consolider cette fascination ambivalente. L’ambiguïté est particulièrement manifeste dans deux passages de son texte :

- « Avant tout le monde, il a perçu la puissante fracture qui sépare désormais, d’un côté les élites politiques, économiques, intellectuelles et médiatiques ; et de l’autre côté, la base populaire de l’électorat conservateur américain. Son discours anti-Washington, anti-Wall Street, anti-immigrés et anti-médias séduit notamment les électeurs blancs peu éduqués mais aussi – et c’est très important –, tous les laissés-pour-compte de la globalisation économique. »

- « Il s’adresse à cette partie de l’électorat américain gagné par le découragement et le mécontentement, et aux gens lassés de la vieille politique et du système des "privilégiés", des "castes". À tous ceux qui protestent et qui crient : "Qu’ils s’en aillent tous !" ou "Tous pourris !", il promet d’injecter de l’honnêteté dans le système et de renouveler le personnel et les mœurs politiques. »

Et si Ramonet avait écrit cela de Marine Le Pen dans Le Figaro ou Causeur ?

 

Bourdieu, reviens, ils vont devenir fous !

 

Les ambiguïtés du texte de Ramonet, entre distanciation critique et séduction, constituent une trace fort éloquente des effets de deux des moteurs principaux de l’extrême droitisation en cours : l’aimantation et le confusionnisme. Elle devrait inciter la gauche de la gauche à un retour critique sur elle-même, ses impensés et ses faiblesses, afin de pouvoir rebondir dans une conjoncture idéologique et politique qui lui est nettement moins favorable. Pour cela, elle devrait retrouver de l’humilité afin de comprendre qu’elle a, pour l’instant, perdu la main et qu’elle se fait même grignoter progressivement son patrimoine par une dynamique venant de l’extrême droite. Quand la gauche radicale a été relancée dans l’après-1995, la renaissance publique de la critique a surfé sur une mise en cause sommaire des médias, relevant souvent de la simple diabolisation, et sur une dénonciation rudimentaire du néolibéralisme, peu soucieuse au départ d’un décryptage des mécanismes structurels du capitalisme et de ses contradictions inspiré de Marx. Si, depuis, des courants comme Attac ont affiné l’analyse, les discours les plus publics sont largement restés marqués par ce manichéisme originel. Ce sont ces formes simplistes de la critique qui sont aujourd’hui réutilisées par les Zemmour, Soral ou Le Pen, mais déconnectées d’un horizon émancipateur au profit d’une hystérisation identitaire, avec davantage d’écho que celui rencontré aujourd’hui par une gauche de la gauche plus marginalisée.

 

Il est urgent de retrouver les voies d’une critique sociale nuancée adossée à des perspectives émancipatrices. Gauche de gauche réveille-toi, où il sera bientôt trop tard ! Bourdieu, reviens, ils vont devenir fous !

 

Notes :

(1) Voir avec des éclairages pour une part différents : Luc Boltanski et Arnaud Esquerre, Vers l’extrême. Extension des domaines de la droite, Bellevaux, Éditions Dehors, 2014 ; Jean-Loup Amselle, Les nouveaux rouges-bruns. Le racisme qui vient, Fécamp, Éditions Lignes, 2014 ; et Philippe Corcuff, Les années 30 reviennent et la gauche est dans le brouillard, Paris, Éditions Textuel, collection « Petite Encyclopédie Critique », 2014.

(2) Voir Antoine Bevort, « La mouvance confusionniste de l’extrême droite », blog d’Antoine Bevort, 5 juin 2016, http://antoinebevort.blogspot.fr/2016/06/la-strategie-confusionniste-de-lextreme.html.

(3) Voir Antoine Bevort, « Étienne Chouard : pour que les choses soient vraiment claires… », blog d’Antoine Bevort, 7 juin 2016, http://antoinebevort.blogspot.fr/2016/06/etienne-chouard-pour-que-les-choses.html.

(4) Voir Jacques Sapir, « Réflexions sur la Grèce et l'Europe », blog RussEurope, 21 août 2015, http://russeurope.hypotheses.org/4225 et « Quelle campagne présidentielle ? », site Russia Today en français, 13 septembre 2016, https://francais.rt.com/opinions/26268-quelle-campagne-presidentielle, ainsi que le reportage de Mediapart : « A Fréjus, le Front national met en scène une poigné d’intellectuels amis », 17 septembre 2016, https://www.mediapart.fr/journal/france/170916/frejus-le-front-national-met-en-scene-une-poignee-d-intellectuels-amis.

(5) Dans Ignacio Ramonet, « Les 7 propositions de Donald Trump que les grands médias nous cachent », site Mémoire des Luttes, 21 septembre 2016, http://www.medelu.org/Les-7-propositions-de-Donald-Trump .

(6) Voir Dominique Albertini et David Doucet, La Fachosphère. Comment l’extrême droite remporte la bataille du Net, Paris, Flammarion, 2016, et Antoine Bevort, « Les trente sites politiques français ayant le plus d’audience sur le Web », Mediapart, 21 octobre 2016, https://blogs.mediapart.fr/antoine-bevort/blog/211016/les-trente-sites-politiques-francais-ayant-le-plus-d-audience-sur-le-web-0.

(7) Voir Philippe Corcuff, Où est passée la critique sociale ? Penser le global au croisement des savoirs, Paris, La Découverte, collection « Bibliothèque du MAUSS », 2012.

(8) Voir notamment Luc Boltanski et Nancy Fraser, Domination et émancipation. Pour un renouveau de la critique sociale, débat présenté par Philippe Corcuff, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, collection « Grands débats : Mode d’emploi », 2014.

(9) Voir notamment Philippe Corcuff, « "Le complot" ou les mésaventures tragi-comiques de "la critique", Mediapart, 19 juin 2009, https://blogs.mediapart.fr/philippe-corcuff/blog/190609/le-complot-ou-les-mesaventures-tragi-comiques-de-la-critique, et Antoine Bevort, « Comment contenir la diffusion des théories complotistes dans la jeunesse ? », blog d’Antoine Bevort, 3 juillet 2016, http://antoinebevort.blogspot.fr/2016/07/comment-contenir-la-diffusion-des.html.

(10) Voir Philippe Corcuff, « Guide politique de vigilance anti-essentialiste. Contribution à la critique du national-étatisme montant et d’autres dogmatismes dans la gauche radicale et les mouvements sociaux critiques », Les Possibles (revue en ligne éditée à l’initiative du Conseil scientifique d’Attac), n° 10, été 2016, https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-10-ete-2016/dossier-droits-justice-et-democratie/article/guide-politique-de-vigilance-anti-essentialiste.

(11) I. Ramonet, « Les 7 propositions de Donald Trump que les grands médias nous cachent », art. cit.

(12) Voir « Trump slams globalization, promises to upend economic status quo », by Jeremy Diamond, CNN, June 28, 2016, http://edition.cnn.com/2016/06/28/politics/donald-trump-speech-pennsylvania-economy/.

(13) Voir « Donald Trump Lays Out Protectionist Views in Trade Speech », by Reid J. Epstein and Colleen McCain Nelson, The Wall Street Journal, June 28, 2016, http://www.wsj.com/articles/donald-trump-lays-out-protectionist-views-in-trade-speech-1467145538.

(14) Voir « Social Security: Where Clinton and Trump Stand », by Richard Eisenberg, Next Avenue Blog, Forbes Sites, August 8, 2016, http://www.forbes.com/sites/nextavenue/2016/08/08/social-security-where-clinton-and-trump-stand/#199aa4fa4f40.

(15) Voir « Donald Trump’s Tax Pitch Could Miss Trade’s Strike Zone », by Greg Ip, The Wall Street Journal, October 5, 2016, http://www.wsj.com/articles/donald-trumps-tax-pitch-could-miss-trades-strike-zone-1475693535.

(16) « Transcript: Donald Trump on NATO, Turkey’s Coup Attempt and the World », The New York Times, July 21, 2016, http://www.nytimes.com/2016/07/22/us/politics/donald-trump-foreign-policy-interview.html?_r=1.

 

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Ce texte paraît simultanément le mardi 8 novembre 2016 sur http://antoinebevort.blogspot.fr/ et sur https://blogs.mediapart.fr/philippe-corcuff/blog.

 

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