Quand des soraliens lyonnais potachent antisémite…et brouillent le combat contre l’islamophobie

Sur le site d’Egalité & Réconciliation Rhône-Alpes (les partisans lyonnais d’Alain Soral), un texte aux relents antisémites à propos d’un cours que j’ai effectué dans le cadre de l’Université Populaire de Lyon…

Sur le site d’Egalité & Réconciliation Rhône-Alpes (les partisans lyonnais d’Alain Soral), un texte aux relents antisémites à propos d’un cours que j’ai effectué dans le cadre de l’Université Populaire de Lyon…

 

 

En février dernier, j’ai présenté un cours en trois séances à l’Université populaire de Lyon : « Les années 1930 reviennent et la gauche est dans le brouillard » (voir mon précédent billet sur Mediapart avec les liens pour écouter les séances : « Retour des années 30 et panade à gauche »). La deuxième séance, intitulée « Quatre figures actuelles du brouillage idéologique : Laurent Bouvet, Jean-Claude Michéa, Eric Zemmour, Alain Soral » (18 février 2014), a suscité l’ironie nauséabonde de fans d’Alain Soral (1) sur leur site : « Philippe Corcuff, une figure actuelle du brouillage idéologique ? », par Philéas Dubois (pseudonyme individuel ou collectif ?), Égalité & Réconciliation Rhône-Alpes, 4 mars 2014

 

Entre huit et dix soraliens lyonnais, dispersés dans la salle du TNP de Villeurbanne, avaient d’ailleurs assisté au cours du 18 février et avaient occupé par leurs interventions l’essentiel de l’heure de débat qui a suivi le cours. Avec quel contenu ? Des questions et des objections rédigées à l’avance, peu soucieuses de ce qui allait être dit dans le cours, recrachées maladroitement comme de la propagande mal digérée par des hommes de 20 à 30 ans aux allures d’étudiants, qui se sont repliés à la fin, ensemble et en ordre. Bref de bons petits soldats d’une nouvelle cause vérolée ! L’un d’entre eux a filmé le débat (qui traditionnellement n’est pas enregistré à l’Université Populaire de Lyon), mais finalement cela n’a pas été mis en ligne. La crainte que mes réponses à leurs propos n’incitent à réfléchir de manière critique ceux qui seraient tentés par ce nouveau manichéisme confusionniste ?

 

Une figure émergente de la rebellitude : le potache antisémite

 

Les néo-rebelles d’internet sont partisans de la rigolade. On demeure dans la tradition potache, mais on rigoooole autrement…avec « les juifs », « les nazis »... Génération Dieudonné ! On adoooore ainsi relativiser les crimes du nazisme, en grappillant ici et là les petits plaisirs de la transgression. L’antisémitisme ? On tourne autour, avec ironie bien sûr. On préfère exhaler des relents judéophobes avec la dérision propre au conformisme du « politiquement incorrect ». Parfois on se lâche un peu plus. Rien que pour voir si frôler l’abject aide à mieux exister ? Par exemple, en parlant ainsi d’Alain Soral :

« honni de ces médias sous prétexte, justement, d’un antisémitisme qui serait incompatible avec l’exercice du débat d’idées ».

Ou en se focalisant sur Eric Zemmour en tant que « journaliste vedette malgré tout parce que juif ». Enfin le photomontage peut en dire plus avec une économie de moyens :

 

Photomontage site Egalité et Réconciliation Rhône-Alpes 4 mars 2014 Photomontage site Egalité et Réconciliation Rhône-Alpes 4 mars 2014

 

 

Á la manière d’un publicitaire ordinaire dans la machinerie capitaliste, il faut être capable de produire sans cesse de « nouvelles » images fun…Ici la figure du « complot anarcho-juif » renouvelle le stock traditionnel. Histoire de capter un moment l’attention du « client » potentiel !

 

Aigreurs contre le service public de l’enseignement supérieur et de la recherche

 

Mon statut d’universitaire comme les activités associatives de l’Université Populaire de Lyon sont renvoyés dans le texte signé par Philéas Dubois à « une propagande d’Etat » portée par « les intellectuels d’Etat », stipendiés par lui pour effectuer cette sale besogne. On trouve dans ce cas un écho à la haine du service public de l’enseignement supérieur et de la recherche qu’exprime à plusieurs reprises Alain Soral lui-même. Par exemple, en dévalorisant l’ensemble des savoirs universitaires avec ses petits bras dopés au conspirationnisme et à l’essentialisme, que critiquent justement radicalement les sciences sociales aujourd’hui :

« L’Histoire nous démontrant que derrière la prétention à la scientificité des sciences humaines, sociologie, économie…se cache toujours l’idéologie des vainqueurs. » (2)


Un des « intellectuels d’Etat » balayé d’un revers de main de manière dérisoire par Soral le mégalo (eu égard à l’ampleur de son « œuvre » !) ? Pierre Bourdieu qui aurait accédé au Collège de France « malgré l’indigence de son œuvre » et même à cause d’elle (3)…Pierre Bourdieu qui a tout particulièrement mis en cause les schémas simplistes des théories du complot et des approches essentialistes des groupes humains (4).

 

Sur ce plan, les délires du pôle Soral-Dieudonné hésitent entre deux logiques contradictoires :

 

1) le pôle du doute illimité vis-à-vis des connaissances constituées, ce que mon collègue Fabien Jobard a justement appelé un « relativisme hyperbolique » (« La troublante séduction Dieudonné », Mediapart, 22 janvier 2014) ;

 

et 2) la certitude subjective de détenir quelque chose comme « la vérité » (substantif au singulier qui revient souvent sous la plume de Philéas Dubois ou de Soral) en un sens absolu.

 

Ces deux orientations contradictoires sont justement rejetées l’une et l’autre par les sciences sociales contemporaines pour lesquelles les savoirs établis de manière rigoureuse sont toujours partiels et provisoires.

 

Le service public de l’enseignement supérieur et de la recherche constitue un des principaux lieux de production réglée par des procédures contrôlées de ces savoirs raisonnés et argumentés en France, en Europe et dans d’autres pays du monde ; lieu fragile, car marqué aussi par des conformismes académiques et menacé par des réformes managériales d’inspiration néolibérale. Le réseau des Universités Populaires alternatives se présente comme un espace associatif constitué dans un rapport critique avec les savoirs universitaires : rapport, car il s’inspire de la rigueur universitaire (à la différence du confusionnisme soralien), et critique, car il s’efforce de proposer des cheminements à l’écart de certaines tendances conformistes de l’institution universitaire, tout en étant davantage ouvert sur la cité. Or l’anarchisme de salon d’un Soral (qui n’hésite pas à citer Proudhon et Bakounine !) s’approprie de manière fort primaire la critique anarchiste de l’Etat, en la confondant avec sa simple diabolisation. Les grandes figures de l’anarchisme (comme justement Proudhon et Bakounine) furent, au contraire, des promoteurs des services publics, mais dans un cadre non étatique.

 

Itinéraire d’un antiraciste ordinaire : du « complot islamo-gauchiste » au « complot anarcho-juif »

 

Dans le climat actuel de concurrence des racismes et des antiracismes, ce n’est pas simple d’être antiraciste. Surtout quand on s’efforce de mettre en cause la xénophobie non pas, avant tout, pour prendre la défense des « musulmans », des « juifs », des « Noirs » ou des « Roms », mais afin de préserver la fragile possibilité d’une commune humanité. Dans ce contexte, si j’ai été pendant plusieurs années identifié comme un pion dans « le complot islamo-gauchiste », je vais pouvoir devenir, avec le texte d’Egalité & Réconciliation Rhône-Alpes, l’âme du « complot anarcho-juif » !

 

J’ai quitté en décembre 2004 Charlie Hebdo (au sein duquel j’étais titulaire d’une chronique depuis avril 2001) à cause de divergences avec Philippe Val, en particulier à propos de la place donnée à la diabolisation de l’islam depuis l’arrivée de Fiammetta Venner et de Caroline Fourest courant 2003 (5). Ici il faut bien séparer la tradition de l’athéisme militant incarnée par le Charlie Hebdo historique et la diabolisation discriminatoire de l’islam que ma démission visait. D’ailleurs, en mai 2009, quand Fiammetta Venner et Caroline Fourest quitteront Charlie Hebdo, dans le sillage du départ de Philippe Val pour la direction de France Inter, Charlie Hebdo retrouvera, avec Charb à sa tête, son athéisme militant classique, sans logique discriminatoire particulière vis-à-vis de l’islam. C’est pourquoi nous avons apporté, avec Philippe Poutou, notre soutien à l’équipe de Charlie Hebdo face aux menaces violentes dont elle était l’objet lors de « la deuxième affaire des caricatures » dans un communiqué publié sur Mediapart le 20 septembre 2012 : « Contre l’islamophobie, pour le droit à la caricature de Charlie Hebdo ».

 

Dans la perspective ouverte par mon départ de Charlie Hebdo en décembre 2004, j’ai insisté sur deux choses dans mes interventions publiques sur le terrain antiraciste :

 

1) le combat contre l’islamophobie qui, après les diverses « affaires du voile » renforcées par les effets des attentats du 11 septembre 2001, est venue nourrir des discriminations postcoloniales affectant les populations immigrées et issues de l’immigration ;

 

et 2) la nécessité de sortir des divisions du mouvement antiraciste en travaillant à faire converger les luttes contre l’islamophobie et les luttes contre l’antisémitisme (avant même de démissionner de Charlie Hebdo, avec la tribune réalisée avec Nadia Benhelal et publiée par le journal Le Monde le 13 octobre 2004 : « Nous sommes tous des juifs musulmans ! »).

 

Les billets que j’ai consacrés au racisme sur Mediapart (depuis avril 2008 que j’y tiens un blog) sont symptomatiques de cette double orientation :

 

. une série de textes en quatre parties autour de l’islamophobie et de la judéophobie (consistant principalement en la reprise de textes anciens) sous le titre générique « Périls sur l’antiracisme en France » en août 2008 : « (I) Entre islamophobie, judéophobie et Proche-Orient », 1er août 2008 ; « (II) Nous sommes tous des juifs musulmans ! », 4 août 2008 ; « (III) Le cas Ilan Halimi », 5 août 2008 ; et « IV Du Proche-Orient à l’affaire Siné », 6 août 2008;

 

. « Le NPA, le foulard et l’émancipation : avec Ilham Moussaïd », 12 février 2010;

 

. « De la diabolisation de l’islam », 11 avril 2011 ; repris avec mon autorisation sur Oumma.com, 11 avril 2011;

 

. « Nous sommes tous des juifs musulmans laïcs ! », 29 mars 2012;

 

. « La quête spirituelle de Diam’s et la diabolisation de l’islam », 19 octobre, 2012 ; repris avec mon autorisation sur Oumma.com, 25 octobre 2012;

 

. « Zemmour abject contre Taubira », 21 décembre 2013 ; qui ajoute à la question de l’islamophobie la question de la négrophobie.

 

Ces diverses analyses et prises de position publiques ont pu alors alimenter sur internet la dénonciation de ma supposée proximité avec les islamistes. C’est, par exemple, le cas des commentaires associés à un extrait de mon intervention à l’émission « Ce soir (ou jamais !) » du 3 février 2010 posté sur Youtube par le groupe laïcard et islamophobe aux accointances d’extrême droite Riposte laïque (pervertissant le bel idéal de laïcité), pointant le supposé « rapprochement », que j’aurais incarné, « de l’extrême gauche et des islamistes ».

 

Aujourd’hui, je serais donc tombé, sous l’œil pénétrant d’Egalité & Réconciliation Rhône-Alpes, dans le camp d’un « complot anarcho-juif »…

 

Antiracisme : refaire converger les luttes contre l’islamophobie, l’antisémitisme, la négrophobie, la romophobie…

 

Le thème du « deux poids, deux mesures » entre antisémitisme et islamophobie constitue un axe de la propagande soralienne à destination des publics musulmans dans la logique d’une exacerbation de la compétition entre antiracismes et entre racismes C’est un thème qui a été discuté à la suite de questions des partisans d’Egalité et Réconciliation Rhône-Alpes lors des échanges qui ont suivi le cours du 18 février dernier. Le texte de Philéas Dubois ne l’aborde pas frontalement, et ne fait pas état de mes réponses. Mon argumentation tient en quatre points :

 

a) Je ne mets pas sur le même plan l’antisémitisme et l’islamophobie dans l’analyse de la société française : 1) l’antisémitisme a constitué une logique structurante au sein de la société française, de la fin du XIXe siècle à la Libération (Edouard Drumont – dont Alain Soral a réédité aux éditions Kontre Kulture La France juive de 1886 – en a été une figure publique en fondant la Ligue nationale antisémitique de France en 1890 et en bataillant contre Emile Zola au cours de l’affaire Dreyfus), ce qui n’est plus le cas aujourd’hui même si l’antisémitisme est toujours présent et même réactivé ; et 2) l’islamophobie encastrée dans une série de discriminations postcoloniales constitue aujourd’hui, par contre, une logique structurante dans la société française.

 

b) Si l’antisémitisme et l’islamophobie n’ont pas la même importance dans la structuration de la société française aujourd’hui, il faut combattre l’un et l’autre fermement pour les mêmes raisons : le refus de toute xénophobie au nom d’une éthique de la commune humanité.

 

c) Les élites politiques et médiatiques apparaissent souvent aujourd’hui plus vigilantes (fort heureusement) vis-à-vis de l’antisémitisme et plus poreuses (malheureusement) vis-à-vis de l’islamophobie. Cela n’est pas lié à un fantasmatique « complot juif » (pseudo-explication soralienne), mais, entre autres, à deux facteurs : 1) la prise de conscience publique progressive (et non immédiate) après la deuxième guerre mondiale du caractère terrifiant de la mécanique du judéocide nazi ; et 2) la montée d’une islamophobie étatique à partir des années 1980 dans la gestion de l’immigration postcoloniale, bien analysée par les sociologues Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed (6), renforcée plus récemment par l’usage électoraliste de thèmes islamophobes pour chasser sur les terres du FN du côté su sarkozysme et de « la droite décomplexée » et, depuis, au-delà jusqu’à des secteurs de la gauche.

 

d) Antisémitisme et islamophobie (ainsi que les autres xénophobies : négrophobie, romophobie…) sont travaillés par des mécanismes analogues (voir encore une fois les analyses d’A. Hajjat et de M. Mohammed : 7), notamment des penchants essentialistes (prendre les groupes humains comme des « essences », c’est-à-dire des entités homogènes et durables) et conspirationnistes (faire de la manipulation cachée le facteur principal de l’histoire humaine en général et de tel ou tel événement en particulier), mais revêtent aussi des tonalités particulières et prennent sens dans des contextes à chaque fois spécifiques. C’est pourquoi on doit être à la fois sensibles à leurs spécificités et à leurs points de jonction dans la réarticulation d’un mouvement antiraciste pluraliste.

 

Il y a des réponses à la xénophobie par la xénophobie (c’est le cas de la réponse soralienne ou de certaines réponses communautaristes). Si l’on veut combattre la xénophobie en général, et pas seulement telle ou telle xénophobie, il faut tenter de refaire converger les luttes contre les xénophobies dans un cadre antiraciste partagé aimanté par la boussole de la commune humanité, sans pour autant écraser les spécificités des diverses logiques discriminatoires.

 

 

Notes :

 

(1) Sur les partisans d’Alain Soral, voir les repères fournis par le chercheur en science politique Haoues Seniguer, « La galaxie Alain Soral : de l’extrême droite néo-traditionnaliste catholique aux néo-Frères musulmans », Le Huffington Post, 22 décembre 2013.

(2) Alain Soral, Comprendre l’Empire, Paris, Éditions Blanche, 2011, pp.17-18.

(3) Ibid., p.108.

(4) Voir P. Corcuff, « La sociologie de Pierre Bourdieu : une nouvelle critique sociale », Mediapart, 16 juin 2009.

(5) Voir « Philippe Corcuff quitte Charlie Hebdo », site Bellaciao, 3 décembre 2004.

(6) A. Hajjat et M. Mohammed, Islamophobie. Comment les élites françaises fabriquent le « problème musulman », Paris, La Découverte, 2013.

(7) Ibid., chapitre 11 « Antisémitisme et islamophobie », pp.177-195.

 


* Post-Scriptum 1 (16 mars 2014) :


On me signale que l'article d'Egalité & Réconciliation Rhône-Alpes me concernant est dorénavant disponible sur le site national d'Egalité & Réconciliation : http://www.egaliteetreconciliation.fr/Philippe-Corcuff-une-figure-actuelle-du-brouillage-ideologique-24075.html, 15 mars 2014. Une montée en division nationale du nauséabond?


* Post-Scriptum 2 (3 avril 2014) :


. Les partisans lyonnais d'Alain Soral ont réagi à ma critique (cette fois en postant la vidéo de la discussion ayant suivi mon cours du 18 février dernier), entre goût pour la galéjade et rhétorique de « la propagande », les installant alors un peu plus dans une BHLisation de l’a-pensée : « Courrier du cœur », par Philéas Dubois, site Égalité & Réconciliation Rhône-Alpes, 31 mars 2014.

 

. Un prolongement de la critique des discours soraliens et de leur adresse particulière aux milieux musulmans a été effectué avec le chercheur Haoues Seniguer : « Quand les disciples d’Alain Soral nauéabondent à Lyon », par Philippe Corcuff et Haoues Seniguer, Rue 89 Lyon, 3 avril 2014.

 


* Post-Scriptum 3 (8 avril 2014) :


. La rédaction nationale d'Égalité & Réconciliation a réagi à l'article du 3 avril 2014 publié sur Rue 89 Lyon, entre logorrhée verbale à la place de la conceptualisation, obsessions à la place des faits et haine du service public de l'enseignement supérieur et de la recherche à la place de la rigueur intellectuelle : "Philippe Corcuff récidive", par la rédaction d'Égalité & Réconciliation, site Égalité & Réconciliation, 4 avril 2014; par ailleurs une coquille (rectifiée depuis) sur la date d'une vidéo d'Alain Soral est montée en mayonnaise comme preuve d'une "prose mensongère"...


. Une partie des trolls soraliens ayant trusté les commentaires de l'article de Rue 89 Lyon m’inclut dans le fameux complot "sioniste", méconnaissant, tout à leurs fantasmes, mon soutien à la cause palestinienne. Voir, par exemple, récemment : "Communiqué de Philippe Corcuff quant au nécessaire respect de la liberté d'expression de la cause palestinienne à l'IEP de Lyon", site de BDS France, 26 mars 2014.


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