Comme l'a révélé Bastamag, le dispositif d'hébergement PRAHDA, qui fait partie de la jungle foisonnante des nouveaux dispositifs aux acronymes variés, a été financé pour moitié par un prêt de la Banque de développement du Conseil de l'Europe, et pour moitié par six investisseurs : Aviva France, BNP Paribas Cardif, la CDC, CNP Assurances, la Maif, et Pro BTP. Le fond d'investissement ainsi constitué est rémunéré à 3,5 %, voire plus en fonction de la réalisation des objectifs du dispositif.
https://www.bastamag.net/Speculer-sur-l-insertion-des-demandeurs-d-asile-en-France-un-nouvel
L'une des missions du PRAHDA est d'accueillir des personnes assignées à résidence dans le cadre d'une décision d'expulsion, et de préparer leur expulsion. Ceci s'intègre dans une inflexion de la politique gouvernementale amorcée dans la seconde moitié du quinquennat précédent : passer de laisser les gens à la rue et les expulser de manière aléatoire, à héberger plus pour expulser plus. Les cibles prioritaires désignées par la circulaire du 20 novembre 2017 sont les personnes ayant reçu une réponse négative à leur demande d'asile, les demandeur-se-s d'asile en procédure Dublin, les personnes étrangères sortant de prison, les travailleur-se-s sans-papier.
L'expulsion des personnes déboutées de leur demande d'asile et en procédure Dublin passe notamment par le développement des dispositifs d'assignation à résidence. La voie traditionnelle vers l'expulsion, l'enfermement en centre de rétention, va par contre se trouver engorgée par l'allongement de la durée de rétention, alors qu'après le 20e jour d'enfermement la probabilité d'expulser la personne devient marginale, et par l'enfermement de demandeur-se-s d'asile en procédure Dublin avant même que soit déterminé le pays responsable de leur demande d'asile, c'est-à-dire avant que ces personnes ne soient expulsables.
Une issue possible de ce dilemme auquel va dès cette année être confronté le système rétentionnaire, enfermer plus longtemps ou expulser plus, est d'ouvrir de nouvelles places de rétention. Cela peut se faire à partir du budget de l'État, mais on peut aussi se demander, impératifs budgétaires obligent, s'il ne serait pas fait appel à des fonds privés, comme pour le PRAHDA. De la marchandisation de l'accueil et de l'assignation à résidence, on passerait à la marchandisation de la rétention. Du même coup, des investisseurs privés seraient intéressés à la continuation et l'amplification de la politique menée, source de profit, comme c'est déjà le cas dans d'autres domaines des politiques migratoires comme la surveillance des frontières.