Référendum ADP : la soudaine incompétence informatique du gouvernement

"Ce site n’est actuellement pas compatible avec Internet Explorer" : le site officiel du RIP n’est pas compatible avec le navigateur par défaut de Windows, le système d’exploitation le plus répandu. Un gouvernement aux abois à l’heure de la guérilla informatique.

C'est un bandeau qui apparaît en premier sur la page d'accueil du site du ministère de l'intérieur dédié au Référendum d'Initiative Partagée : "Ce site n’est actuellement pas compatible avec Internet Explorer". Suivent les logos de quatre navigateurs internet qui sont compatibles avec le site.

https://www.referendum.interieur.gouv.fr/

Concrètement, ça veut dire que si vous avez Internet Explorer sur votre ordinateur, et si vous voulez signer pour qu'un référendum ait lieu, vous devez installer un nouveau logiciel et apprendre à vous en servir.

Pourtant, nous vivons dans un monde où l'usage de fichiers contenant des informations portant sur des millions de personnes est quotidien. L'Union européenne travaille à l'interopérabilité de fichiers contenant des millions d'objets aussi complexes que des données biométriques qu'il s'agit de rapprocher et de comparer (voir ici et ).

Pourtant, l'Union européenne justement sait faire marcher une site permettant la collecte d'au moins un million de signatures pour les Initiatives Citoyennes Européennes, sans problème apparent avec tel ou tel navigateur, fonctionnant en plusieurs langues, permettant le recueil de signatures pour plusieurs initiatives en parallèle.

https://ec.europa.eu/citizens-initiative/public/welcome?lg=fr

Pourtant, la candidate proposée par le gouvernement français pour la prochaine Commission européenne aurait pour portefeuille le marché intérieur, avec selon sa lettre de mission (pdf, 562.8 kB) trois axes de travail dont le premier s'intitule "l'économie et la société numériques" ("renforcer la souveraineté technologique de l'Europe", "intelligence artificielle", "législation sur les services numériques", "marché unique de la cybersécurité", "plan d'action en matière d'éducation numérique"...)

En bref, on sait faire un site capable de collecter quelques millions de signatures, compatible avec les différents navigateurs internet, en particulier les plus utilisés, même avec très peu de bonne volonté.

Concrètement, il y a une vraie difficulté à la base pour mobiliser les signatures de 10% du corps électoral, soit quelques 4 millions 700 mille personnes - le référendum d'initiative partagée en tant que procédure n'a pas été conçu par le législateur pour aboutir. On peut donc s'interroger sur l'état d'esprit d'un gouvernement qui en vient à ce genre de sabotage minable, alors qu'il dispose de tant d'autres moyens, à commencer par le silence médiatique et institutionnel.

 

Capture d'écran de la page d'accueil du site officiel Capture d'écran de la page d'accueil du site officiel

 

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