Coronavirus macronensis : Macron new born Trump énormément

« Tout ira bien, c’est totalement sous contrôle »; « Ça va disparaître un jour, comme un miracle » : ce que Trump a dit en deux tweets, Macron l’a étendu sur une demie-heure avec son allocution du 13 avril. Pas de pénurie (donc ce scandale sanitaire va continuer) ; déconfinement à partir du 11 mai (sinon ce sera notre faute) ; Pas de crise économique. Ce lundi de Pâques, Emmanuel passe à la télé.

C'est sans doute un reste d'amour-propre de ses derniers soutiens qui retient Emmanuel Macron de trumpiser totalement sa communication. Quand même pas ça. Mais une stratégie est bien là, avec les rumeurs lancées par des comparses (pas un mot dans l'allocution présidentielle d'un abandon de la réforme des retraites, donc on ne sait plus, on n'a plus prise), et l'énoncé d'une réalité parallèle.

Dans cette réalité parallèle, les pénuries, matérielles et en personnels, que l'on rencontre dans le système de santé, comme dans les Ehpad et les autres services intervenant auprès des personnes vulnérables, le scandale sanitaire que représente leur persistance plus de deux mois et demi après que la pandémie ait atteint la France, disparaissent derrière la geste héroïque d'un peuple combattant le virus sous l'égide de son président.

On comprend donc, si on revient à la réalité dans laquelle nous vivons, que les pénuries continueront, et que des personnes continueront à mourir, qui auraient pu vivre si des mesures adéquates avaient été prises. S'il est question d'un grand plan pour l'hôpital, ce n'est bien sûr pas pour maintenant, pour faire face à l'épidémie, c'est pour plus tard, un jour.

Dans la réalité parallèle, le confinement continue jusqu'au 11 mai. Pourquoi le 11 mai ? Parce que c'est un lundi, jour des ravioli et de l'allocution présidentielle en période de coronavirus. Mais pour ça il faut que nous soyons sages et que nous appliquions les règles du confinement. Si le déconfinement ne pouvait pas commencer le 11 mai, ce serait donc notre faute. Pourtant on n'est pas obligé de prendre les enfants pour des imbéciles.

Dans la réalité dans laquelle nous vivons, le semi-confinement continue donc, avec des personnes obligées d'aller travailler même quand ce n'est pas nécessaire, dans des conditions de sécurité sanitaire parfois hasardeuses. Le virus circule donc toujours, même si c'est de manière plus limitée.

Le 11 mai - si nous sommes sages - un dispositif étrange se mettra en place.

Les écoles rouvriront. Les gens qui ont un travail y retourneront. Mais les universités resteront fermées. Dans la réalité parallèle, aucune explication n'est donnée à cette exception. Dans la réalité dans laquelle nous vivons, on devine la peur de la colère sociale, qui se cristallise sur les étudiants - les autres, on les matera. Il n'est d'ailleurs pas question de levée de l'état d'urgence sanitaire.

Les personnes vulnérables resteront confinées. C'est logique, puisqu'avec le vrai-faux confinement le virus aura continué à circuler.

Pour conjurer le virus dans cette phase de déconfinement, trois mesures sont annoncées :

- un masque pour tout le monde - il est question de travail et de transports en commun - en fait le "un masque" n'est pas très précis - potentiellement tout le monde devrait y avoir accès, soixante-sept millions de personnes, il est préconisé d'en changer toutes les quatre heures, et c'est tous les jours aussi longtemps qu'il faudra - retenons qu'il devrait y avoir des masques et que c'est encore très confus;

- un dépistage de "toutes les personnes présentant des symptômes" - la pénurie continuera donc, un peu moins qu'actuellement puisqu'on pourra dépister au-delà des personnes en état grave - mais il s'agit d'une aide au diagnostic, pas d'un moyen de contrer une épidémie en dépistant les personnes porteuses du virus, y compris ne présentant pas de symptômes, et en prenant des mesures pour qu'elles ne contaminent pas d'autres personnes - le virus continuera donc à circuler;

- une application permettant de savoir si on a été à proximité d'une personne contaminée - mais s'il y a une pénurie de tests et qu'on ne peut pas savoir si on a été soi-même contaminé-e, ça sert à quoi ? Est-ce qu'on doit aller s'auto-confiner ? - en fait l'application n'a un intérêt sanitaire que si, quand une personne est dépistée positive au coronavirus, elle conduit les personnes qui l'ont approchée à aller se faire dépister, ce qui suppose qu'il y a des tests en suffisance - sinon, cette application ne servira qu'à enrichir qui la commercialise, à entretenir un climat de peur, et à nous faire accepter un dispositif de pistage de nos déplacements et de nos interactions.

Dans le monde parallèle, il n'y a pas non plus de crise économique. Aujourd'hui, en temps d'épidémie, nous sommes protégé-e-s par un chef aussi clairvoyant que compatissant. Puis nous marcherons sur le chemin de la reconstruction vers un avenir radieux, derrière ce chef qui nous ouvre les portes du futur.

La campagne de l'élection présidentielle est donc lancée. Mais d'ici à 2022, il y a encore du temps, et dans la réalité dans laquelle nous vivons, deux obstacles : un scandale sanitaire et une crise économique d'une profondeur encore imprévisible.

 

 

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